POINT DE VUE

Omicron en France : comment limiter l’impact de l’épidémie ?

Pr Gilles Pialoux

Auteurs et déclarations

24 décembre 2021

TRANSCRIPTION/ADAPTATION (vidéo enregistrée le 18 décembre 2021)

Bonjour. Gilles Pialoux, je suis ravi de vous retrouver pour la dernière fois de l’année 2021, qui fut assez éreintante pour l’infectiologue que je suis, à l’hôpital Tenon et aussi professeur à Sorbonne université.

Évidemment, on va terminer par un point sur la COVID, même si tout est assez confus.

Nous allons aborder deux ou trois sujets et le premier sujet, probablement, c’est l’école – sujet à la fois éminemment politique et éminemment scientifique, mais le grand écart entre le politique et le scientifique est assez saisissant sur ce sujet.

Mieux dépister à l’école

Qu’est-ce qu’on peut dire de l’école à la date du 16 décembre ? Il y un niveau de circulation très important, contrairement à ce qu’a dit à la fois le ministre de l’Éducation nationale et à la fois certains représentants de la société française de pédiatrie. On a des incidences, par exemple, dans la tranche 6-10 ans, datées du 6 décembre, qui sont à 1 082 pour 100 000, alors que, par exemple, dans les plus de 18 ans on est à 460 pour 100 000. Donc une circulation virale très importante – on est toujours évidemment avec du variant delta, une préoccupation majeure alors qu’on ne voit pas de plan de dépistage proposé de manière systématique en milieu scolaire, notamment en milieu d’école primaire aussi, et puis aussi les sixièmes, c’est-à-dire les moins de 12 ans, qui ne sont pas vaccinés.

 
On ne voit pas de plan de dépistage proposé de manière systématique en milieu scolaire.
 

Une bonne nouvelle, toutefois, c’est à la fois l’avis du Conseil scientifique et puis aussi l’avis du comité national d’éthique consultatif, du CCNE, sur la vaccination qui a été extrêmement clair sur ce point, même s’il a émis quelques réserves. Le comité d’éthique dit que les données de sécurité en vie réelle provenant des pays ayant débuté la vaccination – on pense d’ailleurs aux États-Unis avec plus de 3 millions d’enfants vaccinés – s’avèrent rassurantes.

La mise en place de cette politique de vaccination chez les 5-11 ans doit évidemment se faire à la fois dans la pédagogie, dans l’organisation et avec un suivi – c’est ce que commande le CCNE. Un suivi pharmacoépidémiologique dans la tranche d’âge 5 à 11 ans est important.

Evidemment, tout sera complexe pour l’organisation pratique de cette vaccination, notamment est-ce qu’elle sera faite en milieu scolaire ?

Une vaccination des enfants aussi bénéfique au niveau individuel

Cette vaccination des 5 à 11 ans est non seulement bénéfique au niveau populationnel, mais aussi au niveau individuel, compte tenu de ce que l’on sait du nombre d’hospitalisations certes faible [mais existant] et de la survenue de COVID long. Anthony Fauci, qui conseille le président des États-Unis, avait émis que 3 % à 7 % des enfants ayant le COVID pouvaient faire un COVID long et, évidemment, on comprend bien, même si la définition nosographique du COVID long n’est pas très claire, que commencer un COVID long à 10 ans, ce n’est pas tout à fait la même chose que le commencer à 75 ans.

 
Cette vaccination des 5 à 11 ans est non seulement bénéfique au niveau populationnel, mais aussi au niveau individuel.
 

La bonne nouvelle, c’est que le variant omicron ne devrait pas mettre en péril les autotests, les tests antigéniques qui sont utilisés en milieu scolaire, puisque les deux mutations qui sont observées sur la protéine N sont intégrées dans les modèles d’autotest. C’est une dimension importante – faut-il encore qu’il y ait une politique large de dépistage.

Des rappels efficaces

On a des données rassurantes, issues de Grande-Bretagne, qui montrent qu’avec les trois injections, c’est-à-dire les deux injections plus le rappel, on a une efficacité en termes d’efficacité sur les formes cliniques autour de 65 % à 75 %, ce qui est moins, effectivement, que les 85 %-90 % que l’on observait avec le variant delta, mais qui laisse quand même une marge assez forte. La durée de rappel a été raccourcie – donc on est plutôt à quatre mois par rapport aux deux premières injections ou à la dernière injection. Cette notion de rappel qui booste d’un facteur 10 le taux d’anticorps circulants est vraiment majeure, et avec les variants d’apparition récente, on est vraiment dans une logique titre-dépendant. C’est-à-dire que plus vous avez d’anticorps, finalement, plus vous êtes protégé et qu’on verra si le variant omicron nécessite d’adapter les vaccins ARN.

 
Cette notion de rappel qui booste d’un facteur 10 le taux d’anticorps circulants est vraiment majeure.
 

Vacciner les pays du Sud

Une dernière chose : comme vous le savez, l’OMS a boosté, si l’on peut dire, la mise à disposition d’un nouveau vaccin qui est le vaccin Novavax, qui est un vaccin que l’on connaissait déjà avec un grand fabricant vaccinal indien qui est capable d’obtenir, semble-t-il, plus de 2 milliards de doses vaccinales.

On se rapportera aux essais d’efficacité de Novavax qui ont été publiés dans le New England en juin 2021 et qui montraient quand même une efficacité de 89,7 % sur les formes d’hospitalisation et aussi une efficacité importante sur la transmission.

C’est un vaccin de sous-unités protéiques, un autre modèle vaccinal – donc ce vaccin, même s’il n’est pas disponible en France, vient enrichir l’arsenal, parce que la conclusion de cette année, c’est que si on ne vaccine pas les pays du Sud, on n’arrivera pas à s’en sortir et on maintiendra une circulation virale qui fera le lit des variants de préoccupation.

 
Si on ne vaccine pas les pays du Sud, on n’arrivera pas à s’en sortir et on maintiendra une circulation virale qui fera le lit des variants de préoccupation.

Le problème de l’Afrique du Sud notamment, qui a aussi été souligné par un certain nombre de publications, c’est de conjuguer à la fois une couverture vaccinale très faible, autour de 27 % pour la population jeune, et un taux de prévalence du VIH dans les quartiers, notamment dans la région de Pretoria où est apparu le variant omicron, qui est autour de 30 % et qu’évidemment, ces deux conjonctions ont fait l’émergence.

Il ne s’agit pas de stigmatiser ces populations, mais évidemment on comprend bien que la politique pour l’Afrique du Sud, ça sera à la fois de monter son niveau de vaccination, d’arrêter, peut-être d’exporter des vaccins, de convaincre ces populations et aussi de récupérer les 2 millions sur les 8 millions de personnes vivant avec le VIH qui n’ont pas accès aux traitements antirétroviraux dans ce pays, qui a quand même donné deux variants importants dans les variants de préoccupation de l’OMS – les VOC.

Des règles pour des fêtes de fin d’année réussies

Merci et bonnes fêtes de fin d’année. Donc, vous savez, la règle pour les fêtes de fin d’année, c’est de limiter le nombre de personnes – on ne sait pas le chiffre –, de faire très attention aux personnes ultra-vulnérables, et on ajoute à la liste des personnes ultra-vulnérables celles qui sont à distance de leur deuxième injection, les mesures barrières, les autotests dans le sapin et la distanciation le plus possible que l’on peut chez des personnes qui ont reçu trois doses.

Voilà – meilleurs vœux à vous.

 

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