La revue de presse en oncologie

L’actualité 2021 en oncologie

Dr Constance Thibault

Auteurs et déclarations

16 décembre 2021

Le Dr Constance Thibault a sélectionné 5 études marquantes de 2021 sur de nouveaux traitements dans les cancers du sein, du rein, de la vessie, de l’œsophage et du col de l'utérus.

TRANSCRIPTION

Bonjour à tous et bienvenue sur Medscape. Je suis le Dr Constance Thibault, oncologue médicale à l’hôpital européen Georges Pompidou, à Paris, et je vais résumer en quelques minutes les principales actualités en cancérologie qui ont pu être présentées cette année, en 2021.

ASCENT : le sacituzumab govitécan dans le cancer du sein triple négatif

Commençons par une étude que j’ai trouvé intéressante dans le cancer du sein triple négatif. Elle évaluait le sacituzumab govitécan, un anticorps conjugué ciblant Trop-2, une protéine transmembranaire surexprimée dans un certain nombre de cancers et notamment les cancers du sein triple négatifs, et qui est couplé au SN-38, le métabolite actif de l’irinotécan. Dans le cadre d’une étude de phase III appelée  ASCENT , le sacituzumab govitécan était comparé à une chimiothérapie, qui pouvait être l’éribuline, la vinorelbine, la capécitabine ou la gemcitabine, chez des patientes avec un cancer du sein triple négatif préalablement prétraité. À noter que les patientes avec des métastases cérébrales étaient exclues de l’étude. Sur le plan du design, c’était une étude relativement simple, randomisée, avec un critère de jugement principal qui était la survie sans progression radiologique. Et les résultats sont vraiment majeurs, étant donné qu’en termes de survie sans progression radiologique on passe de 1,7 mois à 5,6 mois, donc un hazard ratio à 0,41 ; et en termes de survie globale, on a quasiment un doublement de la survie globale – 6,7 mois versus 12,1 mois, un hazard ratio à 0,48 ; et en termes de taux de réponse objective, on passe de 5 % à 35 %. Concernant la toxicité, c’est largement gérable : principalement de la toxicité hématologique et digestive – neutropénie, anémie, diarrhée. C’est ce qui a conduit les autorités de santé, et notamment les autorités françaises, à donner une autorisation temporaire d’utilisation de la molécule très récemment, en fin d’année.

 
En termes de survie globale, on a quasiment un doublement de la survie globale.
 

CHECKMATE 274 : le nivolumab dans le cancer de la vessie

L’autre nouveauté que j’ai trouvée intéressante – et je vais regrouper les données de trois études – c’est l’intérêt de l’immunothérapie en adjuvant dans 3 cancers : le cancer urothélial – donc vessie et voies excrétrices supérieures –, le cancer du rein et le cancer de l’œsophage.

Concernant le cancer de la vessie et des voies excrétrices supérieures, ce sont les résultats de l’étude CheckMate 274 qui évaluait le nivolumab comparé au placebo en traitement en postopératoire pendant un an. Pour être inclus, les malades devaient avoir soit une maladie résiduelle après une chimiothérapie néoadjuvante – donc une tumeur pT2, pT3, pT4 ou N+, malgré une chimiothérapie néoadjuvante – ou à ne pas avoir reçu une chimiothérapie néoadjuvante et ne pas être éligibles à une chimiothérapie adjuvante à base de sels de platine. Le suivi est de 21 mois, donc un peu court, mais malgré tout il y a déjà une différence statistiquement significative en termes de survie sans récidive à 12 mois, étant donné qu’on passe de 47 % à 63 % avec un hazard ratio à 0,70, et quand on regarde la population de patients traités avec une tumeur PD-L1+ le hazard ratio descend à 0,50. Quand on regarde les analyses en sous-groupes, on a quand même l’impression que les malades qui tirent un bénéfice important du traitement par immunothérapie en adjuvant, ce sont ceux avec une maladie infiltrante persistante après une chimiothérapie néoadjuvante – ce qui tombe bien, parce que ce sont des maladies très agressives – et ce sont essentiellement les patients avec des cancers de la vessie et non les patients avec des tumeurs de la voie excrétrice supérieure. On n’a pas encore les données de survie globale et on n’a pas encore d’autorisation de mise sur le marché.

KEYNOTE 564 : le pembrolizumab dans le cancer du rein

Concernant le cancer du rein, c’était l’étude KEYNOTE 564 qui évaluait le pembrolizumab en comparaison au placebo chez les patients avec des cancers du rein à cellules claires avec un haut risque de récidive – quasiment 1 000 malades inclus, un suivi relativement similaire de 24 mois, donc un peu court, mais là encore, une différence statistiquement significative en termes de survie sans récidive à 24 mois étant donné qu’on passe de 66 % à 77 %. On n’a pas encore les données en termes de survie globale, mais cela a quand même conduit la FDA, donc les autorités américaines, à donner une autorisation de mise sur le marché pour cette molécule aux États-Unis. Pour l’instant, il n’y en a pas en Europe.

CHECKMATE 577 : le nivolumab dans les cancers de l’œsophage

L’étude CHECKMATE 577 évaluait le nivolumab en comparaison au placebo dans les cancers de l’œsophage sachant qu’on pouvait inclure des patients soit avec des tumeurs de l’œsophage de stade 2 ou 3 en résection complète, soit des tumeurs de la jonction œsogastrique, dans le cadre de cette étude. Au total, quasiment 800 patients étaient inclus, avec un suivi médian de 24 mois ; une des DFS est nettement améliorée, étant donné qu’elle est doublée : on passe de 11 mois à 22 mois en termes de survie sans récidive. En termes de survie globale, on n’a pas encore les données, mais malgré tout, cela a quand même conduit l’agence européenne du médicament (EMA) à donner une autorisation de mise sur le marché en Europe.

KEYNOTE 826 : immunothérapie en 1ère ligne en association à la chimiothérapie dans le cancer cervical

Enfin, la dernière étude porte sur l’immunothérapie en première ligne de traitement en association à la chimiothérapie chez les patientes avec un cancer du col de l’utérus. C’est l’étude KEYNOTE-826, qui évaluait le pembrolizumab ou le placebo en association au carboplatine plus taxol, plus ou moins le bévacizumab. Le critère de jugement principal de cette étude était la survie sans progression radiologique et la survie globale – c’était un critère composite – avec un peu plus de 600 patientes inclus et des résultats qui sont en faveur de l’association chimio +  immuno, une survie sans progression radiologique qui passe de 8 à 10 mois et qui est significative, un hazard ratio à 0,62, et en termes de survie globale à 2 ans, là encore une différence statistiquement significative – 42 % versus 53 % et un hazard ratio à 0,64. En termes d’analyse en sous-groupe, on a quand même l’impression que les malades qui en tirent un bénéfice ce sont les patientes dont la tumeur expriment PD-L1, et c’est la raison pour laquelle l’agence américaine du médicament a récemment octroyé une autorisation de mise sur le marché aux États-Unis, mais uniquement chez les patientes avec une tumeur exprimant PD-L1. Pour l’instant, en Europe, il n’y a pas encore d’autorisation de mise sur le marché, mais on espère que cela viendra rapidement.

Sur ce, je vous souhaite à tous de très belles fêtes de fin d’année et je vous dis à bientôt sur Medscape.

 

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