COVID-19 et grossesse: une étude française confirme les risques de complications et de naissances prématurées

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

9 décembre 2021

Paris, France - Une étude rétrospective française portant sur les données hospitalières de près de 245 000 naissances confirme le risque accru de naissance prématurée et de complication obstétricale chez les femmes infectées par le Covid-19 pendant leur grossesse [1]. Les taux de pré-éclampsie/éclampsie ou d’hémorragie du postpartum sont doublés, tandis que le risque de grande prématurité est multiplié par trois.

Publiée au même moment, une autre étude menée en Allemagne se montre plus rassurante en ce qui concerne les répercussions de l’infection sur le foetus. Chez les femmes enceintes présentant un Covid-19 associé à des symptômes légers à modérés, aucun signe d’altération du développement du cerveau de l’enfant n’a été constaté par les chercheurs [2].

« Protéger les femmes enceintes »

Dans l’étude française, « la majorité des complications obstétricales sont augmentées chez les femmes enceintes infectées par le SARS-CoV2 », plus particulièrement celles en surpoids ou présentant des comorbidités, comme une hypertension ou un diabète, a précisé auprès de Medscape édition française, le Dr Sylvie Epelboin (hôpital Bichat Claude-Bernard, AP-HP, Paris), principale auteure de l’étude.

« Ces résultats montrent qu’il faut absolument protéger les femmes enceintes contre le Covid-19, en les encourageant à se faire vacciner, y compris avec la dose de rappel », conformément aux recommandations internationales, a ajouté la gynécologue-obstétricienne.

Dès l’arrivée de l’épidémie de Covid-19, des inquiétudes se sont exprimées au sujet des femmes enceintes. Les risques accrus de complications maternelles et néonatales avaient en effet été démontrés lors de précédentes épidémies à coronavirus, notamment avec celui lié au syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV), détecté pour la première fois en 2012.

Des études ont rapidement suggéré que les femmes enceintes infectées par le SARS-CoV2 ont davantage de risque de développer une forme grave de la maladie, nécessitant une hospitalisation. Une fois hospitalisées, elles sont plus souvent mises sous ventilation et davantage admises en réanimation [3]. La complexité de la prise en charge peut alors amener les équipes médicales à provoquer un accouchement prématuré.

 
Ces résultats montrent qu’il faut absolument protéger les femmes enceintes contre le Covid-19, en les encourageant à se faire vacciner, y compris avec la dose de rappel  Dr Sylvie Epelboin
 

Près de 17% de naissances prématurées

Alors que de nombreux travaux se sont focalisés sur l’évolution de l’état de santé des femmes enceintes hospitalisées en raison d’une complication de l’infection, l’étude conduite par le Dr Epelboin et ses collègues a colligé tous les cas de femmes enceintes testées positives au SARS-CoV2 lors de leur admission à l’hôpital pour un accouchement, qu’importent les symptômes.

Pour cela, ils ont repris les données concernant près de 245 000 naissances enregistrées, après 22 semaines de grossesse, dans la base de données française des hospitalisations entre janvier et juin 2020. Parmi ces naissances, 847 concernaient des femmes avec un diagnostic de Covid-19 lors de leur admission. La majorité d’entre elles ont donc été infectées lors du troisième trimestre de grossesse.

Pendant cette première vague épidémique, les femmes enceintes infectées étaient en moyenne légèrement plus âgées que les femmes enceintes non infectées (31,5 ans vs 30,5 ans, avec une part de 7,4% de femmes infectées de plus de 40 ans). Elles présentaient également davantage de comorbidités, comme l’obésité  (16,4% vs 8,4%) ou l’hypertension (1,9% vs 0,9%).

Après ajustement sur les facteurs de risque, l’analyse révèle un taux de naissance prématurée (naissance à moins de 37 semaines de grossesse) de 16,7% chez les femmes enceintes infectées, contre 7,1% chez les femmes non infectées. Le taux de prématurité sévère (<28 semaines de grossesse) est respectivement de 2,2 et 0,8%. Pour la très grande prématurité (< 22 semaines), il est de 2,4% et 0,8%.

Hausse importante des complications vasculaires

Concernant les complications obstétricales, « nous avons été surpris par la hausse importante du risque de complications vasculaires », a souligné le Dr Epelboin, en évoquant notamment le sur-risque de pré-éclampsie et d’éclampsie observé chez les femmes infectées, « qui met largement en péril la santé de la mère et de l’enfant ».

 
Nous avons été surpris par la hausse importante du risque de complications vasculaires  Dr Sylvie Epelboin
 

Chez ces femmes, le taux d’hypertension gestationnelle est presque doublé (2,3% contre 1,3%). Il en est de même pour l’hémorragie du post-partum (10% contre 5,7%). Pour la pré-éclampsie/éclampsie, le taux est également deux fois plus élevé (4,8% contre 2,2%). S’agissant des événements thromboemboliques, ils apparaissent trop rares pour une analyse pertinente.

L’analyse confirme également la tendance des femmes enceintes à développer des formes graves de la maladie puisque le risque d’être admis en réanimation est beaucoup plus élevé dans cette population. Le taux d’admission en unités de soins intensifs est ainsi de 5,9%, contre 0,1% chez les femmes non infectées.

« Nos résultats sont cohérents par rapport aux études rapportant des complications maternelles et néonatales potentielles chez les femmes enceintes positives au Covid-19 », soulignent les auteurs. Si les corrélations entre l’infection et ces complications sont clairement établies, le lien de cause à effet n’est pas pour autant prouvé, rappellent-ils.

Cette étude a l’avantage d’être très exhaustive en incluant toutes les naissances survenues en maternité pendant la première vague épidémique. Néanmoins, le Dr Epelboin note que des cas de Covid-19 asymptomatiques ont pu passer inaperçu puisque les tests de dépistage ont commencé à être utilisés de manière systématique à l’hôpital seulement à partir de mars 2020.

Les risques de complications pourraient en conséquence être plus importants encore. « Si quelques cas asymptomatiques de Covid-19 ont été placés dans le groupe témoin, les différences dans les risques observés entre les deux groupes ne seraient que renforcées », souligne la gynécologue.

L’analyse porte également sur une période qui précède l’arrivée du variant delta, potentiellement plus nocif. Néanmoins, « il n’y a pas eu davantage de signaux d’alerte avec ce variant chez les femmes enceintes ».

Pas d’effet sur le cerveau du foetus

Dans l’étude allemande, le Dr Sophia Stöcklein (Ludwig Maximilian University of Munich, Allemagne) et ses collègues ont voulu évaluer les éventuelles conséquences sur le développement du cerveau du foetus lorsque la mère a été atteinte d’une forme légère à modérée de Covid-19 pendant la grossesse.

Ils ont effectué des examens radiologiques chez 33 femmes enceintes infectées par le SARS-CoV2 en moyenne après 18 semaines de grossesse. Les symptômes les plus fréquents étaient une perte ou une altération du goût et de l’odorat, une toux sèche, de la fièvre ou une respiration difficile. Ils n’ont pas impliqué une hospitalisation.

Les examens, réalisés en moyenne à 28 semaines de grossesse, n’ont pas révélé de développement anormal au niveau du cerveau des foetus. « Dans notre, étude, il n’y a aucune preuve que l’infection de la mère par le SARS-CoV2 pendant la grossesse a un effet sur le développement du cerveau de l’enfant », a commenté le Dr Stöcklein.

A noter toutefois que le risque de retard de croissance du fœtus est évoqué dans les cas plus graves de Covid-19 nécessitant une hospitalisation. Interrogé par Medscape édition française au sujet de la prise en charge des femmes enceintes en réanimation pour aggravation de Covid-19, le Pr Olivier Picone (Louis-Mourier, AP-HP, Colombes) a indiqué que le cerveau du foetus est examiné par imagerie après la prise en charge de la mère.

« On craint les effets de l’hypoxie au niveau du cerveau fœtal chez les patientes gravissimes. En sortie de réanimation, l’anatomie du cerveau du fœtus est évalué par échographie et IRM pour s’assurer que le manque d’oxygène n’a pas eu de conséquence sur son développement », a-t-il précisé.

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