POINT DE VUE

Laissés pour compte du Ségur, les médecins d'Ehpad ne veulent plus vacciner les autres salariés

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

8 décembre 2021

Actualisation — Le 20 décembre, les syndicats SMCG-CSMF et SNGIE ont annoncé suspendre leur action sur la vaccination des salariés des EHPAD suite à une reprise des négociations avec le cabinet de Madame Brigitte Bourguignon, Ministre déléguée chargée de l’Autonomie. Les syndicats SMCG-CSMF et SNGIE disent avoir « bon espoir » que leurs revendications pour obtenir une revalorisation pour les médecins coordonnateurs en EHPAD dans le cadre des accords du Ségur de la Santé aboutissent «d’une manière juste et équitable comme les autres personnels des EHPAD».

 

Paris, France / 8 décembre — Les médecins coordonnateurs sont-ils les grands oubliés du Ségur de la Santé ? Alors que l’ensemble des personnels de la fonction publique hospitalière, mais aussi le personnel des Ehpad ont eu droit à des revalorisations salariales, les médecins coordonnateurs en Ehpad n’ont eu droit à…rien.

Est-ce parce qu’ils n’ont pas été sollicités pendant la pandémie ? Bien au contraire. Ils ont dû s'acquitter de l'organisation des tests antigéniques des salariés d'Ehpad, du renseignement des résultats dans la base de données SI-DEP, de la programmation des visites des médecins traitants destinées à préparer la vaccination de leurs patients, de la surveillance des résidents vaccinés, de la vaccination des résidents et des personnels de l'établissement dans lequel ils exercent, rappelle le Syndicat national des généralistes et gériatres intervenant en Ehpad (SNGIE).

Les syndicats de médecins coordonnateurs (SNGIE, mais aussi le SMCG-CSMF) avaient protesté dès janvier 2021 contre l’absence de revalorisation salariale des médecins coordonnateurs dans le cadre des accords du Ségur de la santé, signé en juillet 2020. 

En juillet dernier, excédé par l’absence de dialogue social avec le ministère de la santé sur cette  question, les syndicats de médecins coordonnateurs, appuyés par des syndicats de médecins hospitaliers et libéraux et par des centrales syndicales (CFE-CGC, SNPGH, Jeunes médecins, CSMF, SNMH, SNGIE, SNGC) lançaient un premier mouvement social en boycottant leur participation aux commissions, comités et cellules des ARS, en refusant de délivrer les données sur le taux de vaccination des résidents des Ehpad, en refusant de vacciner le personnel soignant des Ehpad.

Dr Pascal Meyvaert

Ce premier mouvement social n’ayant pas donné ses fruits, le SNGIE et le SMCG-CSMF ont décidé de lancer, ce 1er décembre, la grève des vaccination des personnels des Ehpad par les médecins coordonnateurs : « Tant que cette injustice ne sera pas réparée, les médecins coordonnateurs d’EHPAD s’en tiendront strictement à leurs 14 missions fixées par le Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF), et donc ne vaccineront plus les équipes de leurs établissements », ont déclaré les syndicats, dans un communiqué du 1er décembre dernier. Le Dr Pascal Meyvaert, président du SMCG-CSMF, a bien voulu nous expliquer les raisons de la colère des médecins coordonnateurs.

Medscape édition française : Pourquoi selon vous les médecins coordonnateurs n'ont-ils pas été revalorisés ?

Dr Pascal Meyvaert : C'est une question qu'il faut poser au ministère de la Santé. Ce que je peux vous dire, c'est que l'on nous a d'abord expliqué que cette absence de revalorisation était liée à la disparition de la loi Grand âge, mais à titre personnel, je ne vois pas le lien entre la loi Grand âge et la revalorisation des médecins coordonnateurs dans le cadre du Ségur de la santé.

Quelles sont vos revendications salariales ?

Dr Pascal Meyvaert :  Nous demandons la même revalorisation que l'ensemble des personnels des Ehpad c'est-à-dire 183 euros mensuels. Nous demandons que cette injustice à laquelle nous avons été soumis soit réparée.

Vous aviez déjà initié un mouvement social en juillet, qu'a-t-il donné ?

Dr Pascal Meyvaert : Je n'ai pas l'impression que cela ait abouti à quoi que ce soit. Pour information, je suis président depuis le 9 novembre donc je n'ai pas du tout participé aux mouvements auparavant. Mais je me suis engagé, au vu du nombre de médecins coordonnateurs qui s'étaient engagés à démissionner à ce moment-là, afin de relancer des négociations sur ce sujet des revalorisations salariales des médecins coordonnateurs. Nous avons donc retenu comme nouveau moyen d'action le refus de vacciner le personnel soignant par les médecins coordonnateurs. Il reste essentiel pour nous que le personnel d'Ehpad soit vacciné jusqu'à la troisième dose. Nous n'y sommes pas du tout opposés, au contraire nous incitons le personnel à se faire vacciner. En revanche, nous demandons à ce que ce ne soit pas les médecins coordonnateurs qui le fassent pour les personnels d'Ehpad.

 
Nous demandons la même revalorisation que l'ensemble des personnels des Ehpad c'est-à-dire 183 euros mensuels.
 

Votre grève a été dénoncée notamment par la fédération des associations nationales des médecins coordonnateurs et du secteur médico-social (Mcoor) qu'en pensez-vous ?

Dr Pascal Meyvaert : Soit ils ont mal lu notre communiqué de presse, soit ils ne l'ont pas compris. Je ne comprends pas que l'on puisse se désolidariser d'un rattrapage salarial qui nous a laissé de côté. Je ne vois pas ce qu'ils ont à gagner à ne pas revendiquer une augmentation salariale.

Dans le dernier PLFSS, il est dit que le temps de médecins coordonnateurs sera augmenté, qu'en pensez-vous ?

Dr Pascal Meyvaert : D'un point de vue théorique c'est une bonne mesure. D'un point de vue pratique je n'en suis pas si sûr. Car je ne suis pas certain que l'on va trouver des médecins qui vont accepter d'augmenter leur temps de travail en Ehpad, parce que souvent, les médecins coordonnateurs sont des médecins généralistes qui ont par ailleurs une activité libérale. Je ne suis pas non plus persuadé que cela va augmenter l'attractivité du métier pour les médecins. Donc dans l'absolu, c'est une bonne chose, mais j'ai peur que ce soit au final une mesure répulsive pour la profession de médecin coordonnateur. Cela pourrait avoir comme conséquence de diminuer le nombre de médecins coordonnateurs.

Quid de la démographie des médecins coordonnateurs ?

Dr Pascal Meyvaert : la démographie des médecins coordonnateurs est en baisse, mais nous avons toujours autant de mal à avoir des chiffres précis sur le nombre de postes non pourvus. À la louche, la tutelle évoque 25 à 30% de postes non pourvus, budgétisés mais non pourvus. La tendance est à la diminution de ce taux d'occupation des postes.

 
La tutelle évoque 25 à 30% de postes non pourvus, budgétisés mais non pourvus.
 

Depuis la publication de votre communiqué, et le début de votre grève, les pouvoirs publics ont-ils pris langue avec vous ?

Dr Pascal Meyvaert : Oui, j'ai eu un contact vendredi après-midi et le ministère de la santé s'est engagé à nous rencontrer, et à écouter nos revendications. J'espère que ce rendez-vous débouchera sur des mesures concrètes et c'est ce pourquoi nous allons nous battre. Nous devrions être recontactés cette semaine.

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