« Bras Covid » post-vaccination : des réactions cutanées impressionnantes mais peu graves

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

6 décembre 2021

Paris, France – Quelles sont les réactions cutanées retardées possibles d'une injection d'un vaccin contre le Covid-19 ? Presqu'un an après le début des campagnes de vaccination, les dermatologues commencent à décrire de ce qu'ils observent. Ces réactions retardées, c'est-à-dire qui surviennent plusieurs jours à la vaccination sont rares, surprenantes parfois, non graves qui ne contre-indiquent en rien l'injection d'une seconde ou troisième dose, a insisté le Pr Brigitte Milpied (dermatologue, CHU Bordeaux) qui présente les premiers résultats de l'étude française COVACSKIN à l'occasion des Journées Dermatologiques de Paris (JDP 2021)[1].

« On s'est assez vite rendu compte qu'il y avait deux types de réactions retardées : certaines au niveau du site d'injection et d'autres distantes du site d'injection et beaucoup plus diffuses », indique la dermatologue. Ces réactions surviennent très majoritairement lors de la première injection et ne se reproduisent que dans un tiers des cas à la seconde et sont alors de moindre intensité.

Elles ont été détaillées notamment dans trois études menées avant le lancement de COVACSKIN par des équipes américaines [1], espagnoles [2] et italiennes [3], et leurs résultats sont confirmés par l'étude française.

Un bémol pour toutes ces études : il est difficile d'avoir une estimation claire de l'incidence car celle-ci a été calculée selon les remontées qu'en ont fait les médecins. Or, face à des réactions cutanées non graves et résolutives, les sous-déclarations semblent évidentes.

Le COVID Arm

« S'il fallait retenir une réaction cutanée retardée potentielle après injection d'une dose d'un vaccin à ARNm, ce serait le « Covid arm », c'est tout à fait nouveau, du jamais vu, et dont la dénomination a même été retenue par les CDC américains », explique-t-elle.

Le « COVID arm » est un effet rare, avec une incidence de 0,8 à 1%, au niveau du site d'injection et qui est spécifique des vaccins à ARNm. Il survient dans un délai de 7 à 10 jours après la première injection, et de 2 à 3 jours après la deuxième injection.

« C'est une espèce de grand placard rouge et gonflé d'environ dix centimètres ou plus. C'est une réaction violente dans son expression clinique », décrit-elle. Avant de rassurer : « Mais non sévère. Même si c'est impressionnant, cela se résout très bien en quelques jours et sans traitement ». La plaque disparait entre quelques jours et trois semaines environ.

 
S'il fallait retenir une réaction cutanée retardée potentielle après injection d'une dose d'un vaccin à ARNm, ce serait le « Covid arm », c'est tout à fait nouveau, du jamais vu. C'est une espèce de grand placard rouge et gonflé d'environ dix centimètres ou plus. Pr Brigitte Milpied
 

S'il ne s'agit « absolument » pas d'une réaction allergique à un excipient du vaccin, que peut-on dire du mécanisme ? Le Pr Milpied avance l'hypothèse d'une réaction d'hypersensibilité retardée. Les examens histologiques montrent la présence de spongiose.

Les réactions cutanées à distance

Les réactions cutanées retardées à distance surviennent généralement 7 jours après l'injection de la première dose du vaccin anti-Covid. Le délai est plus court après la deuxième dose. S'il s'agit d'une récidive, qui concerne 40 % de ceux qui ont eu une réaction à la première dose, pour un patient sur trois la réaction est similaire, pour un patient sur trois la réaction est moins importante et elle est plus importante pour le dernier tiers.

Ces réactions sont de trois types :

  • de type urticaire/angiooedèmes et éruptions morbilliformes

  • des manifestations proches des réactions décrites lors de l'infection au Covid-19, c'est-à-dire des pseudo-engelures, des réactions aux produits de comblement (fillers), des réactivations virales (herpès et zona), des réaction pityriasis rosé-like.

  • Des exacerbations ou des récurrences d'une dermatose connue, tel que la dermatite atopique, le psoriasis, le lichen plan, la vascularite, la pemphigoïde bulleuse, ...

Là encore pour le « COVID arm » il s'agit de manifestations non graves et spontanément résolutives dont les mécanismes restent non-identifiés.

Les confirmations rassurantes de COVACSKIN

Pilotée par la Société Française de Dermatologie (SFD), l'étude COVACSKIN a reposé sur l'envoi de questionnaires à des dermatologues libéraux et hospitaliers entre juin 2021 et fin septembre 2021. Au 30 septembre, 196 dossiers ont été recueillis. Les premières analyses confirment les données de la littérature publiée à ce sujet, à savoir la prédominance des femmes (122 vs 74 hommes), un âge moyen autour de 50 ans (56 ans ici), l'absence d'antécédent observé dans le cadre de vaccinations antérieures (81 % sans antécédent) et la quasi-totalité des réactions ont été déclenchées par une injection d'un vaccin à ARNm.

Concernant les réactions cutanées, la plupart se sont manifestées après la première injection (146/196 soit 74,5%), avec un délai d'apparition de 5,6 jours et 25% d'entre elles étaient des réactions localisées, le fameux « COVID arm » décrit dans la littérature publiée sur le sujet.

« On est là pour dire ce qu'on observe. On n'est pas là pour effrayer la population ni pour vous rassurer pour le plaisir », clarifie Brigitte Milpied qui poursuit : « si on vous rassure, c'est parce qu'on a suffisamment de recul et de données. D'accord, on s'interroge sur les mécanismes, mais ce ne doit en aucun cas être un frein pour la vaccination qui doit se poursuivre ».

 

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