Uvéite et risque accru de MICI

David Desmet

Auteurs et déclarations

1er décembre 2021

Taiwan — Selon les auteurs d’une nouvelle étude réalisée à Taiwan, « les patients qui souffrent d’uvéite présentent aussi un risque significativement accru d’être victimes d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin » [1]. De quoi inciter les ophtalmologues à être plus attentifs aux éventuelles autres plaintes susceptibles de trahir une MICI chez les patients qui se présentent avec une uvéite…

Dépister les MICI

Le terme d'uvéite désigne tout un éventail de maladies inflammatoires touchant l'intérieur de l'œil, réparties en une série de sous-types en fonction de leur cause sous-jacente. Une équipe taiwanaise a voulu examiner de plus près le lien entre cette problématique et les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin ou MICI – une relation qui a son importance non seulement pour les gastroentérologues qui suivent des patients MICI, mais évidemment aussi pour les ophtalmologues qui posent régulièrement des diagnostics d'uvéite dans leur pratique quotidienne.

Pour son étude de cohorte rétrospective, les experts taiwanais se sont basés sur les données de la Taiwan National Health Insurance Research Database (la source probablement la plus utilisée pour la recherche médicale dans leur pays) pour la période du 1er janvier 2002 au 31 décembre 2013. Les chercheurs ont commencé par identifier un groupe de patients victimes d'une uvéite, qu’ils ont apparié à un groupe contrôle pour l'âge et le sexe. Ils ont ensuite calculé l'incidence cumulative des MICI dans les deux groupes. À l'aide d'un modèle de régression de Cox multivarié, ils ont pu calculer le hazard ratio ajusté (HRa) après correction pour l'hypertension, le diabète, l'hyperlipidémie, l'obésité et le tabagisme. Au total, leur analyse a inclus 198 923 sujets victimes d'une uvéite et pas moins de 397 846 contrôles (âge moyen de la cohorte : 47,7 ± 18,9 ans).

Les résultats sont éloquents : l'incidence cumulée des MICI était clairement plus élevée dans le groupe uvéite que chez les sujets contrôles (4,13 % versus 1,48 %, p < 0,0001) et une analyse de régression de Cox univariée confirmait que ces patients présentaient un risque accru de MICI (HR 1,47, IC 95 % 1,43-1,52 ; p < 0,0001). Ce lien restait significatif à l'analyse de régression multivariée, avec un HR ajusté de 1,44 (IC 95 % 1,39-1,49 ; p < 0,0001). D'après les résultats de l'analyse de sous-groupes, il semble toutefois que le risque accru n'existe que pour la maladie de Crohn (HRa : 1,49, IC 95 % 1,44-1,54) et ne se vérifie donc pas pour la rectocolite hémorragique (HRa : 1,03, IC 95 % 0,92-1,15).

 
L'incidence cumulée des MICI était clairement plus élevée dans le groupe uvéite que chez les sujets contrôles.
 

Tout en concédant que leur étude a forcément toutes les limitations propres à une analyse rétrospective, les auteurs soulignent que ses résultats ne peuvent être ignorés. Il ressort notamment encore de leurs recherches qu'il existe « un lien substantiel entre d'une part l'hypertension, l'hyperlipidémie et le tabagisme et de l'autre les MICI ». Le message à retenir s'adresse évidemment avant tout aux ophtalmologues, qui devraient veiller à informer les patients victimes d'une uvéite de ce risque accru. Idéalement, la situation devrait ensuite suivie de près par le médecin de famille, qui pourra aussi le cas échéant rechercher une éventuelle maladie inflammatoire de l'intestin.

 

Initialement publié sous l’intitulé Uvéite et risque accru de MICI. Publié sur Mediquality, membre du réseau Medscape.

 

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