Les HU en plein marasme ou quand la carrière universitaire ne séduit plus

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

30 novembre 2021

Paris, France — Un peu moins de la moitié des chefs de clinique assistants (CCA) se lancent dans la carrière universitaire, qui ne séduit plus. Le syndicat Jeunes médecins propose des pistes pour sortir les hospitalo-universitaires de leur marasme.

Difficile de concilier la clinique, l'enseignement et la recherche

Est-ce une lame de fond ou juste un épiphénomène ? Sur les réseaux sociaux, de nombreux hospitalo-universitaires jettent l'éponge. Tel le Dr Jacques Thibaud, qui a consacré un fil info (thread) sur Twitter à sa démission de son poste de MCU-PH (maitre de conférence des universités - praticien hospitalier). « Pourquoi cette décision, alors que j’ai tout juste 33 ans, investi là-dedans depuis ma 2e année de médecine, une voie tracée vers un poste de PU-PH, un parcours souvent jugé "sans faute" et une grosse motivation ? Les maux du système sont profonds », commence-t-il. Et d'énumérer, un par un, au fil de ses posts les multiples "maux" de ce système. À commencer par la difficile conciliation entre les trois principales missions du statut d'hospitalo-universitaire : la clinique, l'enseignement et la recherche. « Aujourd’hui, il faut dire les choses clairement : exceller dans cette triple valence est devenu impossible. Une illusion. D’ailleurs personne ne défend ça hors de France. »

Qui sont les hospitalo-universitaires ?

Le statut d’hospitalo-universitaire (HU) est-il à bout de souffle ? C'est cette hypothèse qu'a exploré le syndicat Jeunes médecins, en exposant ce 16 novembre les résultats de son enquête sur l'attractivité des carrières hospitalo-universitaires. Ce focus permet aussi de mieux connaitre la population des HU, et de détailler leurs conditions d'exercice. Au total, 250 répondants de toutes spécialités ont répondu à cette enquête, dont la moyenne d'âge s'établit à 34 ans, composés d'une courte majorité d'hommes (55,6%). La plupart ont été chefs de clinique (72,6%) mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, parmi ceux qui ont choisi le clinicat, seuls 57,4% l’ont fait pour devenir HU. Une proportion non négligeable d'entre eux sont devenus CCA (chef de clinique des universités-assistant des hôpitaux) pour profiter du secteur 2 (21,5%), ou pour parfaire leur formation initiale (8,3%).

Seulement 44,5% des CCA se lancent dans une carrière universitaire

Autre donnée essentielle : seulement 44,5% des CCA se lancent dans une carrière universitaire. Pour ceux qui choisissent le statut de HU, l'attrait pour la recherche semble être la principale motivation (43%).

 
Pour ceux qui choisissent le statut de HU, l'attrait pour la recherche semble être la principale motivation (43%).
 

Pour ceux qui renoncent, soit la majorité d'entre eux (53,5%), les causes sont multiples. Le manque d'attrait financier, la carence de la protection sociale, sont les principaux motifs de renoncement (71,4%). D'autres causes affleurent néanmoins, comme la trop grande "politisation" des carrières (30,3%), l'absence de débouchés (10%), le déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée (9%).

Vie privée vs vie professionnelle

Pour ceux qui se lancent dans la carrière HU, tout n'est pas rose, loin de là. Ainsi, au chapitre de l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, 40% ne sont pas satisfaits des modalités du congé maternité, la même proportion juge que l'équilibre entre le professionnel et le privé n'est pas bon, la moitié d'entre eux éprouvent des difficultés à faire garder leurs enfants...

Un tiers du temps consacré aux soins

Qu'en est-il de l'accomplissement de la triple valence « clinique/enseignement/ recherche » auxquels s’ajoute les fonctions de manager ? La médiane de temps consacré aux soins est de 31,6%, celle consacrée à la recherche clinique de 1 jour par semaine, la recherche fondamentale occupe moins d'un jour par semaine, et l'enseignement 10h par semaine (pour 88,7% des répondants). Mais comme toujours le diable est dans les détails : ainsi 16% des HU ne bénéficient jamais de repos de sécurité. Et la médiane du nombre de publications n'était que de quatre en 2020.

Recherche : des conditions de travail qui laissent à désirer

Pour ce qui est de la recherche clinique, on s'aperçoit que les conditions d'exercice sont difficiles : la moitié d'entre eux ne bénéficient pas du matériel nécessaire pour faire leur recherche. Idem pour la recherche fondamentale : « 66% ne bénéficient pas de financement dans le cadre d'un cursus de recherche ». La valence enseignement semble la plus délaissée de toutes : non seulement les HU ne consacrent que quelques heures par semaine à l'accomplissement de cette activité, mais ils estiment aussi, pour 76,5% d'entre eux, qu'elle n'est pas valorisée. Seulement 53% des HU ont bénéficié d'une formation à la pédagogie, et 46% utilisent leur propre matériel pour enseigner... Les HU se plaignent aussi d'un manque de formation en management : moins de 10% d'entre eux ont bénéficié d'une formation en management, et 50% se sont eux-mêmes payés cette formation.

Fuite des HU hors de l'hôpital

Le statut HU, en tant que tel, pose question. Aussi pour 60% des répondants, il semble aller de soi de disposer d'universitaires en dehors des CHU, et 60% des répondants aimeraient que leurs émoluments d'universitaire soient pris en compte dans le calcul de leur retraite. Ils souhaiteraient (85%), à l'instar des PH, bénéficier de temps additionnel, et 81% voudraient maintenir une activité clinique pendant leur période d'enseignement/recherche. En matière de parité, une écrasante majorité (83,7%) pensent que le nombre de femmes universitaires n'est pas représentatif du nombre de femmes médecins.

« Actuellement nous rencontrons un gros problème : la valence universitaire est corrélée au CHRU, il n'y a pas de possibilité de faire de l'enseignement ou de la recherche en dehors des CHRU. Mais la crise hospitalière touche maintenant les CHRU, d'où la fuite des HU hors de l'hôpital. Qui plus est, le privé, qui accède au financement Merri (destinée à financer des activités de recherche, d’enseignement et d’innovation, NDLR), attire les chercheurs ce qui ne joue pas en faveur de l'hôpital public », analyse le Dr Emmanuel Loeb, président du syndicat Jeunes médecins. Nous ne comprenons pas non plus pourquoi les HU sont toujours positionnés en tant que chefs de pôles ou chefs de service dans les CHRU, alors même qu’ils doivent déjà s’acquitter de leur triple mission. »

Les propositions de Jeunes médecins pour redorer le blason des HU

  1. Instaurer un temps de travail pour chaque valence et contractualiser le temps de recherche

  2. Revaloriser les valences enseignements et management

  3. Arrêter la nomination à vie des PUPH

  4. Instaurer de la transparence sur l’attribution des postes

  5. Revaloriser la carrière des HU et intégrer le temps de travail hospitalier dans le calcul de la retraite

  6. Financer les mobilités des HU

  7. Faciliter l’obtention de financement pour la recherche

  8. Favoriser l’accès aux postes de CCA aux futurs universitaires titulaires

  9. Valoriser le congé maternité et mieux équilibrer le temps de vie personnel et le temps de vie professionnel

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....