Baisse de la prescription d’antibiotiques en 2020 : l’effet COVID

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

22 novembre 2021

France ― En 2020, une baisse de 17% de la consommation d’antibiotiques, exprimée en nombre de doses définies journalières (DDJ), a été observée et une baisse de 18% en nombre de prescriptions par rapport à ce qui était attendu pour 2020, selon une étude publiée dans le BEH [1]. Un effet à attribuer probablement aux mesures d’hygiène renforcées à la distanciation sociale – confinement inclus – mises en œuvre pendant la période Covid, et à la baisse du nombre de consultations médicales et donc des prescriptions. A moins que cela ne traduise un changement durable des comportements des patients et des médecins.

Le Covid-19 fait mieux que plans et programmes d’action

Alors que la consommation d’antibiotiques fait depuis 20 ans l’objet d’une surveillance systématique dans l’ensemble des pays de l’Union européenne, la France fait régulièrement office de mauvais élève, se classant, dans le secteur de ville, parmi les pays où l’utilisation des antibiotiques est la plus élevée. Différents plans et programmes d’action ont été mis en place pour réduire les consommations – dont la fameuse campagne « les antibiotiques, c’est pas automatique » –, pour autant l’écart entre la consommation française et la consommation moyenne européenne est resté de l’ordre de 30%, bien qu’une orientation à la baisse ait été notée dans le pays entre 2010 et 2019.

Les études réalisées par le GIS-EPI-PHARE, et analysées ici par le BEH, montrent, quant à elles, que, de par une forte diminution de l’utilisation des antibiotiques en 2020, l’année dernière marque un tournant. Ce qui fait dire aux auteurs de l’article que le « Covid-19 a permis d’accomplir, de façon très rapide, ce que ces plans et programmes d’action n’ont que très partiellement réussi à obtenir : une baisse importante de la consommation d’antibiotiques dans le secteur de ville ».

Deux indicateurs retenus

Les données utilisées proviennent du SNDS, géré par la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam). Elles concernent les remboursements des prescriptions d’antibiotiques à usage systémique (codés J01– classification ATC) qui sont dispensées en ville, quelle que soit l’origine de la prescription et quel que soit le régime d’affiliation de l’assuré. Ces données intègrent les prescriptions hospitalières lorsque celles-ci sont honorées par les officines de ville métropolitaines et d’outre-mer. De même, les prescriptions destinées à des patients résidant dans certains Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) sont prises en compte. Deux indicateurs quantitatifs ont été retenus. Le premier présente la consommation en nombre de doses définies journalières (DDJ), selon la méthodologie préconisée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Le deuxième est construit à partir du nombre de prescriptions. Ces deux indicateurs sont exprimés pour 1 000 habitants et par jour.

Une baisse importante a été observée en 2020, notamment pour l’amoxicilline

Quel que soit l’indicateur étudié, la consommation d’antibiotiques à usage systémique a diminué entre 2010 et 2020, mais s’est fortement accentuée en 2020 (figure 1).

En 2020, une baisse de la consommation est intervenue dans toutes les classes d’antibiotiques, mais « c’est dans la classe la plus prescrite, les pénicillines à large spectre (représentant, en 2020, 34,2% de la consommation totale en DDJ), que cette baisse a été la plus importante » observent les auteurs. Cela correspond essentiellement à l’amoxicilline, « l’antibiotique le plus prescrit et le plus utilisé dans le secteur de ville ». En revanche, il est intéressant de noter que la consommation dans d’autres classes d’antibiotiques a été peu impactée par la Covid-19. « Malgré leur moindre utilisation en 2020, les pénicillines à large spectre restent les plus prescrites (33,5%) ».

 
C’est dans la classe la plus prescrite, les pénicillines à large spectre, que cette baisse a été la plus importante.
 

 

Pour ce qui est de la répartition par classes d’âge, c’est chez les personnes âgées de plus de 64 ans que la baisse de consommation la plus importante a été observée en 2020, la consommation n’a réellement commencé à diminuer qu’à partir de 2017.

La baisse de la consommation est aussi marquée chez les enfants de moins de cinq ans et chez ceux âgés de 5 à 14 ans, mais s’inscrit, pour ces classes d’âge, dans une moindre utilisation des antibiotiques est observée depuis 2012 : « les baisses observées entre 2012 et 2019 ont été respectivement de 17,3% pour les enfants de moins de 5 ans et de 22,3% pour les enfants dont l’âge est compris entre 5 et 14 ans ».

Mais qu’il s’agisse des consommations mesurées en nombre de DDJ ou du nombre de prescriptions, « une baisse importante a été observée en 2020, quelle que soit la classe d’âge considérée » précisent les auteurs.

En 2020, après une baisse par rapport aux résultats attendus de 37,2% à 14,9% selon les classes d’âge, « les taux de prescriptions s’établissaient à 2,18 pour les 0-4 ans, 1,08 pour les 5-14 ans, 1,76 pour les 15-64 ans et 2,35 pour les 65 ans et plus ».

25% de prescription d’antibiotiques en moins chez les généralistes en 2020

Les généralistes restent les principaux prescripteurs d’antibiotiques, à l’origine de l’initiation de 72% d’entre elles en 2020. Leurs prescriptions sont celles qui ont le plus diminué au cours de ces dix dernières années : -20,4% entre 2010 et 2019, puis -24,9% rien que pour l’année 2020 (données non corrigées de la tendance).

Les prescriptions des médecins spécialistes ont connu un profil d’évolution assez similaire, avec également une baisse importante en 2020, évaluée à 15,2%.

Pour expliquer la baisse brutale observée en 2020 dans le secteur ambulatoire – qui a excédé, par son ampleur, toutes celles qui ont été enregistrées depuis 2010 –, la pandémie de Covid-19 figure en bonne place au travers de son impact important tant sur les comportements individuels, que sur les relations sociales, ou encore sur le renforcement des mesures d’hygiène.

On se souvient qu’elle a aussi entraîné une baisse des recours aux soins courants en ville, en particulier durant le premier confinement. En 2020, « le nombre de consultations auprès des médecins généralistes a diminué de 8,8%, et les consultations des spécialistes de 7,7% par rapport à 2019 », indique le BEH. A noter aussi que l’activité des chirurgiens-dentistes a été très fortement réduite.

Dans le détail, les données recueillies ne permettent pas de définir l’impact réel du confinement et des mesures d’hygiène sur l’incidence des maladies infectieuses traitées par antibiotiques. Même si les auteurs notent, pendant l’année 2020, une baisse de la prévalence de pathologies virales courantes (comme la grippe) « qui donnent parfois lieu à des traitements antibiotiques ». A l’opposé, si « le moindre recours au système de soins a certainement permis d’éviter des prescriptions inutiles, il a pu également se traduire par des non-prescriptions, alors qu’une antibiothérapie eût été justifiée », modulent-ils.

Une tendance européenne

Cette observation n’est pas propre à la France. Au Danemark, où la consommation d’antibiotiques est plus modérée que chez nous, le nombre de traitements antibiotiques d’avril à fin décembre 2020 a diminué de 15% par rapport à la même période de 2019 et, en Allemagne, peu consommateur d’antibiotiques dans le secteur de ville, la consommation mesurée en nombre de DDJ par habitant et par an a baissé de 24% en 2020 par rapport à 2019, rapportent les auteurs. Il est de fait difficile d’affirmer que cette réduction a contribué au « bon usage » des antibiotiques étant donné qu’elle « a aussi été observée dans la plupart des pays européens, même ceux dont l’utilisation des antibiotiques était déjà très modérée » considèrent les auteurs.

Une chose est sure : « l’année 2020 ne peut donc être analysée dans le prolongement des années 2010 à 2019 car elle constitue une rupture dans la tendance qui s’était dégagée au cours des années précédentes ».

Cette réduction de la consommation perdurera-t-elle dans le temps ? Autrement dit, la pandémie a-t-elle modifié durablement les comportements des patients et des professionnels de santé en faisant « prendre conscience que de meilleures mesures d’hygiène ainsi que la vaccination contribuent à prévenir les infections », s’interrogent les auteurs. Si c’était le cas, écrivent-ils, ce serait la voie ouverte « à un nouveau « paradigme » pour lequel une moindre prescription des antibiotiques n’est pas perçue comme une moins bonne prise en charge ».

 

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