L’épidémie de COVID-19 flambe à nouveau en Europe : le point

Anne-Gaëlle Moulun

18 novembre 2021

France« Il y a une reprise globale du nombre de cas de Covid-19 en Europe, avec une hétérogénéité entre les pays[]», souligne le Pr Rodolphe Thiébaut, professeur de santé publique à l’université de Bordeaux et directeur d’une équipe Inserm/INRIA à Medscape édition française. En effet, selon l’OMS, 2 248 433 cas ont été enregistrés ces sept derniers jours et 28 885 décès[2].

« Aujourd’hui, en Europe, il y a un gradient Est-Ouest et Nord-Sud assez marqué. Les zones préservées sont très à l’Ouest », complète le Pr Bruno Lina, virologue à Lyon et membre du Conseil scientifique.

Ainsi, les pays d’Europe de l’Est et d’Europe centrale partagent quelques points communs, en particulier une faible couverture vaccinale et une très forte incidence du virus, mais aussi une très forte mortalité.

« Plusieurs de ces pays sont en train d’atteindre le pic de contamination, mais pas encore de mortalité », observe le Pr Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève, pour Medscape.

Ainsi les Pays Baltes, Lituanie, Lettonie et Estonie sont en décroissance épidémique, tandis que la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Serbie et la Moldavie connaissent toujours une mortalité alarmante avec des chiffres très élevés de contamination.

La Bulgarie, pays de 7 millions d’habitants avec un taux de couverture vaccinale de seulement 44 %, « est en décroissance épidémique », indique le Pr Flahault. Le pays a rapporté jusqu’à 4600 cas par jour au moment de son pic et compte aujourd’hui 2000 cas par jour et 160 décès quotidiens. « C’est une vague colossale de mortalité », commente l’épidémiologiste.

« En Bulgarie, ils ont atteint des niveaux de circulation du virus qui n’ont jamais été atteints en France. Le taux d’incidence est 2 à 3 fois plus élevé qu’au cours des premières vagues. Débordé, leur système de santé est en rupture totale. Ils sont obligés d’envoyer des patients en-dehors de leur pays pour y être hospitalisés », souligne le Pr Lina pour Medscape.

La Roumanie est également dans une situation préoccupante. Malgré 71 % de couverture vaccinale, ce pays de 19 millions d’habitants a connu un pic de 14 000 contaminations par jour et 445 décès. « Aujourd’hui, ils en sont à 2500 contaminations quotidiennes et 300 décès. Cela reste très élevé », note le Pr Flahault.

En Bulgarie, ils ont atteint des niveaux de circulation du virus qui n’ont jamais été atteints en France. Débordé, leur système de santé est en rupture totale  Pr Bruno Lina

En Russie, pays de 145 millions d’habitant où seulement 42 % de la population a reçu au moins une dose de vaccin, les contaminations et les décès ont atteint un plateau haut. « Ils sont montés jusqu’à 40 000 contaminations par jour et sont maintenant descendus à 37 000 par jour et 1200 décès. Mais ces chiffres pourraient être sous-estimés d’un facteur deux en raison de discordances entre les sources officielles », met en garde le Pr Flahault.

En Europe, un autre pays se détache par son mauvais bilan : la Grèce. Avec 63 % de vaccinés ayant reçu au moins une dose, dans ce pays de 10 millions d’habitants, l’incidence est en augmentation avec plus de 7000 cas par jour et 100 décès quotidiens. « C’est la plus grande vague jamais observée de contaminations en Grèce, mais aussi de décès », relève l’épidémiologiste.

Pour le Pr Lina, ces chiffres préoccupants sont liés à plusieurs facteurs. « Ces pays conjuguent des comportements humains favorisants, comme le regroupement en espace clos et l’absence d’immunité collective avec un virus qui a un potentiel de transmission extrêmement élevé ». Le Pr Thiébaut ajoute à cela « un relâchement des gestes barrière », qui peut aussi contribuer à expliquer cette cinquième vague.

C’est la plus grande vague jamais observée de contaminations en Grèce, mais aussi de décès Pr Antoine Flahault

Plus grande vague de contamination observée en Autriche et aux Pays-Bas

Plus près de la France, l’Autriche, la Belgique et les Pays-Bas ont également un bilan préoccupant. En Autriche, ils connaissent leur plus grande vague de contamination jamais observée avec bientôt 15 000 cas par jour, contre 700 cas par jour l’année dernière. Dans ce pays de 8 millions d’habitants, le taux de vaccination est de 69 %. « La mortalité continue à monter, avec 40 décès par jour en moyenne et probablement 50 dans une semaine », prévoit le Pr Flahault. « C’est très inférieur aux chiffres de la Grèce et également inférieur à ce qui était observé l’an dernier avec 117 décès par jour lors du pic épidémique », observe-t-il.

Aux Pays-Bas, également, la vague dépasse le pic de l’année dernière. « La préoccupation est particulièrement grande pour les Français, car le pays a presque la même couverture vaccinale, 75 %, et son taux d’incidence tourne autour de 18 000 cas par jour et devrait avoisiner les 22 000 dans une semaine, dans un pays de 17 millions d’habitants », détaille le Pr Flahault. En termes de mortalité, les Pays-Bas enregistrent actuellement 30 décès par jour, mais cela continue à monter. « C’est un peu le même phénomène qu’en Autriche, mais avec une plus grande couverture vaccinale. La mortalité est importante mais reste d’un facteur trois en-dessous des chiffres de l’an dernier », remarque-t-il.

Pays un peu à part, le Royaume-Uni, de même taille que la France, a « une dynamique difficile à prédire », avoue-t-il. « C’est l’un des pays qui a levé toutes les mesures restrictives cet été, dont le port du masque. Ils ont une incidence élevée en plateau avec 40 000 cas par jour depuis mi-juillet. Ils ont une tendance à la hausse alors qu’elle était à la baisse il y a deux ou trois semaines. La mortalité est de l’ordre de 150 décès par jour depuis la mi-août, alors qu’ils ont atteint un pic à 1200 morts par jour. Ils ont une couverture vaccinale de 75 %, proche de celle de la France », développe le Pr Flahault.

Enfin, les pays qui s’en sortent le mieux (pour le moment) sont l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la France, la Finlande, la Suède et Malte. En France, où le taux de vaccination est de 76,8 %, il y a actuellement 12 000 cas par jour lissés sur une semaine et moins de 40 décès quotidiens. « C’est quatre fois moins de décès par jour qu’en Allemagne, où ils en sont à 46 000 cas par jour et environ 200 décès », compare le Pr Flahault. « L’Espagne, la France et l’Italie sont néanmoins en train de remonter », prévient-il. « Avec le seul pass sanitaire, la France a eu une accalmie de 4 semaines en-dessous des 5000 cas par jour, et les Italiens ont tenu 6 semaines avec le green pass. Le Danemark, qui a levé l’obligation du pass le 10 septembre a connu un rebond épidémique 15 jours après », note-t-il.

Pour le Pr Lina, les pays encore relativement épargnés que sont la France, l’Italie et l’Espagne ont plusieurs caractéristiques communes, en particulier un taux de vaccination assez élevé et l’utilisation de mesures d’hygiène et de contrôle : port du masque, distanciation physique, mesures de lavage des mains, « même si c’est moins bien respecté qu’avant ». « Au Danemark, aux Pays-Bas ou en Angleterre, personne ne porte de masque dans la rue », constate le virologue.

L’Espagne, la France et l’Italie sont néanmoins en train de remonter  Pr Flahault

Combiner couverture vaccinale et gestes barrière

Pour lui, « imaginer qu’on puisse s’en sortir juste avec la vaccination, c’est une illusion, car il y a trop de non-vaccinés en France et dans le monde ». De plus, « le schéma à deux doses est incomplet et ne nous permet pas d’avoir une immunité suffisante pour bloquer une reprise épidémique avec les conditions climatiques actuelles et un variant Delta très contagieux ».

Les plus fragiles, 6 mois après la 2e dose, ont une perte de la protection vaccinale ». Rappelant que les non-vaccinés représentent 15 % de la population française et quasiment 90 % des hospitalisations, il note cependant que 10 % des personnes qui sont en réanimation sont correctement vaccinées.

Ainsi, il souligne la nécessité d’une troisième dose de vaccin, en particulier pour les plus fragiles. Le Pr Thiébaut abonde dans son sens et rappelle l’importance des gestes barrière : « Même avec une bonne couverture vaccinale, lever les gestes barrière engendre une nouvelle vague épidémique », souligne-t-il. Parmi ces gestes barrière, le Pr Flahault souligne l’importance de mieux ventiler les espaces clos, une mesure que les pouvoirs publics d’aucun pays n’ont encore encouragée.

Enfin, il cite l’arrivée de nouveaux médicaments contre le virus, « qui pourront réduire la mortalité et la morbidité hospitalière, ce qui les rend intéressant sur le plan individuel, mais aussi en termes de santé publique pour réduire la tension sur les hôpitaux ».

Imaginer qu’on puisse s’en sortir juste avec la vaccination, c’est une illusion, car il y a trop de non-vaccinés en France et dans le monde Pr Lina

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