Cancer du col de l’utérus : un taux diminué de 87% chez les femmes qui ont reçu Cervarix

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

9 novembre 2021

Londres, Royaume-Uni – Une étude en « vie réelle » de suivi du programme de vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) au Royaume-Uni montre des taux de cancer du col de l'utérus 87 % plus bas chez les femmes qui se sont fait vaccinées par Cervarix (vaccin dirigé contre les HPV16 et 18) lorsqu'elles avaient entre 12 et 13 ans en comparaison aux générations précédentes non vaccinées, selon une nouvelle étude publiée dans The Lancet [1].

Les chercheurs ont également constaté des réductions des taux de cancer du col de 62 % chez les femmes vaccinées entre 14 et 16 ans et de 34 % chez les femmes de 16 à 18 ans. Il s'agit de la première preuve directe de la prévention du cancer du col de l'utérus à l'aide du vaccin bivalent Cervarix.

Un impact encore plus important que dans les modèles prédictifs

« Bien que des études antérieures aient montré l'utilité de la vaccination contre le HPV dans la prévention de l'infection au HPV en Angleterre, les preuves directes sur la prévention du cancer du col de l'utérus étaient limitées », a déclaré le Pr Peter Sasieni du King's College de Londres et l'un des auteurs de l'article dans un communiqué du Lancet[2]. « Les premières études de modélisation suggéraient que l'impact du programme de vaccination sur les taux de cancer du col de l'utérus serait substantiel chez les femmes âgées de 20 à 29 ans d'ici fin 2019 ». Cette étude visait donc à quantifier cet impact précoce. Et celui-ci s’avère « encore plus important que les modèles prédictifs », a-t-il déclaré.

Ces résultats sont, par ailleurs, dans la lignée de ceux publiés l’an passé dans le NEJM dans une cohorte de jeunes femmes suédoises, et qui avaient montré là aussi une réduction substantielle du cancer du col de l’utérus avec le vaccin quadrivalent contre les types 6, 11, 16 et 18 (Gardasil).

L'étude a examiné les données des registres du cancer en population entre janvier 2006 et juin 2019 pour sept cohortes de femmes âgées de 20 à 64 ans à la fin de 2019. Trois de ces cohortes étaient constituées de la population vaccinée, avec des femmes ayant reçu Cervarix entre 12-13 ans, 14-16 ans et 16-18 ans respectivement. Ont été mesurées les incidences du cancer du col de l'utérus et de carcinome cervical non invasif (CIN3) dans les sept populations.

A noter que l'Angleterre a initialement utilisé un vaccin bivalent qui protège contre les deux types de HPV les plus courants (16 et 18), responsables d'environ 70 à 80 % de tous les cancers du col de l'utérus et que le programme de vaccination a démarré en 2008, avec des vaccins administrés aux femmes entre 12 et 13 ans et des vaccinations de « rattrapage » proposées aux groupes plus âgés jusqu'à 18 ans. Depuis septembre 2012, le vaccin quadrivalent Gardasil est utilisé à la place de Cervarix bivalent.

97 % de réduction des lésions chez les femmes vaccinées entre 12 et 13 ans

Au cours de la période d'étude, 28 000 diagnostics de cancer du col de l'utérus et 300 000 diagnostics de CIN3 ont été enregistrés en Angleterre. Dans les trois cohortes vaccinées, il y a eu environ 450 cas de cancer du col de l'utérus de moins et 17 200 cas de CIN3 de moins que prévu dans une population non vaccinée. La recherche a montré une réduction des taux de cancer du col de 87 % (avec un intervalle de confiance de 72 à 94 %) chez les femmes ciblées entre 12 et 13 ans (89 % d'entre elles ont reçu au moins une dose du vaccin contre le HPV et 85 % avaient reçu trois injections et étaient complètement vaccinées), de 62 % (IC : 52-71 %) chez les femmes potentiellement vaccinées entre 14 et 16 ans, et de 34 % (IC : 25-41 %) chez celles éligibles à la vaccination entre âgés de 16 à 18 ans (dont 60 % ont reçu au moins une dose et 45 % ont été complètement vaccinées).

Les réductions correspondantes des taux de CIN3 étaient de 97 % chez les femmes vaccinées entre 12 et 13 ans, 75 % chez les femmes vaccinées entre 14 et 16 ans et 39 % chez les femmes vaccinées entre 16 et 18 ans.

« Cette étude fournit la première preuve directe de l'impact de la campagne de vaccination contre le HPV au Royaume-Uni sur l'incidence du cancer du col de l'utérus, montrant une réduction importante des taux de cancer du col de l'utérus dans les cohortes vaccinées. Comme prévu, la vaccination contre le HPV a été la plus efficace dans les cohortes vaccinées à l'âge de 12-13 ans, tranche d’âge qui a connu la meilleure adhésion et parmi laquelle la probabilité d’une infection antérieure était la moins probable », explique le Dr Kate Soldan de l’Agence de sécurité sanitaire UK et co-auteur de l’étude.

Des limites

Les auteurs reconnaissent certaines limites à l'étude. Primo, le diagnostic de cancer du col de l'utérus est rare chez les jeunes femmes. Secundo, la plupart du suivi des femmes des cohortes vaccinées a eu lieu avant l'âge de 25 ans et de petites différences dans l'âge du premier dépistage peuvent avoir un impact important sur les cas de cancer du col de l'utérus enregistrés. Tertio, les populations vaccinées sont encore jeunes, les auteurs soulignent que cela signifie qu'il est encore trop tôt pour évaluer l'impact total de la vaccination contre le HPV sur les taux de cancer du col de l'utérus, même si « les deux infections au HPV les plus courantes contre lesquelles le vaccin bivalent protège sont présentes chez jusqu'à 92 % des femmes diagnostiquées avec un cancer du col de l'utérus avant l'âge de 30 ans. »

Dans un éditorial accompagnant l’article, le Pr Maggie Cruickshank de l'Université d'Aberdeen (Royaume-Uni), et le Dr Mihaela Grigore de l’Université de médecine et de pharmacie de Lasi en Roumanie ont estimé que la réduction relative obtenue sur les cancers du col de l’utérus, espérée avec ce programme de vaccination contre les HPV, confirmait l’efficacité attendue pour ce vaccin [3].

Encourager les programmes de vaccination

« L'ampleur de l'impact de la vaccination contre le HPV observée dans cette étude devrait encourager les programmes de vaccination dans les pays à revenu faible et intermédiaire où le problème du cancer du col de l'utérus est un problème de santé publique bien plus important que dans ceux qui disposent de systèmes de vaccination et de dépistage bien établis », ont-elles commenté.

« Le problème le plus important, outre la disponibilité du vaccin... est l'éducation de la population afin qu’elle accepte la vaccination car un taux élevé de vaccination est un élément clé du succès », ajoutent-elles, précisant que « même dans un pays riche, comme l'Angleterre avec un accès gratuit à la vaccination contre le HPV, la vaccination n'a pas atteint l'objectif de 90 % des filles de 15 ans vaccinées fixé par l'Organisation mondiale de la santé. »

Cette étude, menée par des chercheurs du King's College de Londres, a été financée par Cancer Research UK. Les auteurs n’ont pas indiqué avoir de liens d’intérêt.

 

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