Sondage Ipsos : un quart des Français souffrent de troubles anxio-dépressifs

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

28 octobre 2021

France Le colloque « La psychiatrie à l’heure de la Covid-19, et après ? » organisé lundi dernier au Conseil Economique Social et Environnemental par la fondation FondaMental a été l’occasion de faire le point sur la santé mentale des Français à travers un récent sondage Ipsos. Le Pr Marion Leboyer (Fondation FondaMental) a, de son côté, résumé les liens entre Covid et psychiatrie et proposer des pistes pour une meilleure prise en charge des personnes souffrant de troubles psychiques, en particulier dans le contexte de la crise sanitaire actuelle (voir encadré).

Un quart des Français en souffrance psychique

Près d’un an après avoir sondé les Français sur leur santé mentale, l’Institut Ipsos, a réalisé à la demande de FondaMental une deuxième enquête* sur la période du 24 au 27 septembre 2021, afin d’évaluer comment avait évoluer leur humeur en cette période de crise sanitaire.

*Un échantillon qui a porté sur 1000 Français, représentatifs de la population française, âgés de 18 ans et plus, a été interrogé par Internet selon la méthode des quotas.

Le sondage a demandé aux personnes interrogées de compléter le GAD-7, un test de dépistage du trouble d’anxiété généralisé (TAG). Un score supérieur à 7, synonyme de suspicion de TAG, a été retrouvé pour 26% de l’échantillon. « Soit un peu moins que l’année dernière où on était à 31% (déc. 2020), mais cela reste extrêmement important qu’un Français sur 4 se situe dans cette zone » a commenté Brice Teinturier, directeur général délégué, Ipsos France. Certains publics sont particulièrement concernés, notamment les jeunes âgés de 18 à 24 ans (41%), les personnes qui travaillent dans le secteur de la santé (37%), particulièrement exposées – « aussi au niveau structurel pas seulement à cause du Covid » – et chez les personnes qui ont été malades du Covid (37%). Ce taux est aussi de 35% chez les personnes qui ont pu télétravailler. « Le télétravail, les Français en font un bilan largement positif, mais cela ne veut pas dire pour autant que cela ne s’accompagne pas potentiellement aussi d’effets pervers, susceptibles de porter atteinte à la santé des Français », a commenté Brice Teinturier.

Les résultats du PHQ9, outil de repérage de la sévérité des symptômes dépressifs, sont aussi un indicateur important. Ils montrent que 24% des répondants au sondage peuvent être considérés comme victime de dépression modérée à sévère – dont 13% modérément sévère et sévère – ce qui là encore n’est pas négligeable, mais semble assez stable par rapport à la dernière enquête. « En revanche, nous ne savons pas quels étaient les taux de TAG et de symptômes dépressifs chez les Français avant le Covid ».

Dans le détail, en prenant les dimensions une à une, on se rend compte que certaines sont un peu plus basses désormais (se sentir fatigué, difficultés à s’endormir, se sentir triste…). En revanche, deux ressentis progressent, à savoir la mauvaise estime de soi (40% vs 38%) et l’idée qu’ils seraient « mieux morts » (20% vs 18%).

Mal-informés sur les maladies mentales

A la question de savoir si les Français se sentent bien informés sur les questions de santé mentale, les résultats sont éloquents. Si 58% des personnes interrogées se disent informées sur les professionnels de santé à consulter en cas de questions sur sa santé mentale – un chiffre de mon point de vue faible, juge Brice Teinturier – pour le reste, il ressort du sondage un sentiment massif de méconnaissance. En effet, une majorité de Français disent être mal informés sur les structures disponibles en cas de problème de santé mentale, les facteurs de risque des maladies mentales, la conduite à tenir en cas de problèmes de santé mentale d’un de vos proches…

« Dans ce type de questions, il est important de connaitre l’intensité de la réponse, et ici, les personnes qui disent être « tout à fait bien informées » sur les différents items sous à chaque fois sous la barre des 15%, ce qui est très faible », considère Brice Teinturier.

En demande d’informations et qu’on en fasse plus pour la psychiatrie

« Le constat est que, majoritairement, la population se sent très démunie en termes d’informations, alors même qu’un quart des Français est en situation d’anxiété forte, voire présente des symptômes dépressifs » ajoute-t-il.

« De fait, quand on propose aux Français nombre de mesures visant à les informer, c’est un plébiscite, puisqu’elles reçoivent toutes entre 85 et 90% d’approbation », commente le président d’Ipsos. Et plus de 30% des Français considèrent que ce serait « très important » de former des infirmiers en pratique avancée à la psychiatrie (pour prise en charge plus rapide des patients), d’améliorer la formation des médecins généralistes à la psychiatrie ou encore d’augmenter le nombre de lits dans les établissements afin d'améliorer la prise en charge des patients.

« La conclusion est assez simple, a déclaré Brice Teinturier pour clore sa présentation. Oui, il y a des niveaux d’anxiété élevés dans le pays. Ils ont un peu baissé par rapport à l’année dernière et on est dans une situation de manque d’informations criant, avec des niveaux d’attente extrêmement forts des Français pour augmenter le niveau d’information. »

Covid : un impact fort sur une spécialité déjà à bout de souffle

Après qu’Anne Gautier, co-rapporteur de l’avis du CESE "Améliorer le parcours de soin en psychiatrie", a dressé un tableau peu réjouissant – mais lucide – de la psychiatrie en France (retard à la prise en charge, errance diagnostique, difficulté d’accès à la psychiatrie sectorisée avec des délais indécents, pénurie de pédopsychiatres…), le Pr Marion Leboyer, psychiatre (CHU Créteil) est revenue sur les conséquences du Covid-19 sur la santé mentale des Français qui viennent s’additionner et aggraver les lacunes actuelles de la prise en charge.  Elle a confirmé que la pandémie de Covid-19 s’était accompagnée d’une augmentation mondiale des troubles anxio-dépressifs, en particulier chez les femmes, les jeunes de moins de 24 ans, les personnes en situation de précarité économique et les patients infectés par le Covid-19 (hospitalisés ou non) – dont 1/5 va développer une maladie mentale dans les 90 jours qui suivent l’infection. La présidente de la fondation FondaMental a, par ailleurs, rappelé que les personnes souffrant d’une pathologie mentale pré-existante étaient deux fois plus atteintes par des formes graves de Covid. Pour faire face à ces impacts de la pandémie, la psychiatre préconise de déstigmatiser, d’informer et de détecter, mais aussi de déployer des consultations psy-Covid simples d’accès. Elle prône la création de plateformes numériques dédiées, pour dépister et soigner et insiste sur la nécessité de vacciner de façon prioritaire les personnes atteintes de pathologies mentales – toutes à ce jour ne le sont pas, a-t-elle précisé.

 

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