COVID-19 : rebond automnal ou stabilisation ?

Serge Cannasse

26 octobre 2021

France – Accalmie ou reprise : à quoi doit-on s’attendre pour la suite sur le front du Covid-19 ? L’immunité collective joue-t-elle un rôle ? Le blog CovidTracker analyse la situation [1].

Deux scénarii

Une des principales mesures pour évaluer la gravité de l’épidémie de Covid-19 porte sur le nombre de patients admis en réanimation. Les données actuelles sont mitigées : ce nombre a baissé sensiblement depuis septembre, mais remonte un peu depuis la mi-octobre. D’où les deux scénarii du site CovidTracker pour novembre :

  • l’épidémie se stabilise ainsi que le nombre de lits de réanimation occupés par des patients Covid,

  • ou le virus progresse légèrement mais régulièrement, sans nécessité de nouvelles mesures collectives drastiques, mais avec la perspective de tensions hospitalières en janvier 2022.

L’évolution vers l’un ou l’autre dépend du climat automnal et de la force de l’immunité collective apportée par la maladie et la vaccination.

Une immunité collective « précaire »

La France est actuellement dans ce que les auteurs du site ont appelé « une immunité collective précaire ». Elle est précaire parce que dépendant des comportements (respect des distances sociales, du port du masque, etc) et du climat, qui les influence et a peut-être une action par lui-même sur le virus. Le problème est de définir le « bon » niveau d’immunité collective, noté I% (i majuscule).

Les experts s’accordent pour l’évaluer selon la formule 1 - 1/Ro, où Ro est le taux de base de reproduction du virus. En admettant qu’il soit égal à 3 pour la souche de base, il doit être multiplié par 1,6 pour le variant Alpha, puis encore par 1,6 pour le variant Delta, soit 3 x 1,6 x 1,6 = 7,68. Ce qui conduit à évaluer I% à 1 - 1/7,68 = 0,87, soit 87% de population immunisée par rapport à la population totale (tous âges inclus).

Des calculs compliqués

Cela étant, le Ro, qui procède d’un calcul compliqué, n’est pas stable. Ainsi les auteurs soulignent que si le virus apparaissait seulement maintenant dans une population ayant pourtant acquis les comportements adéquats, il ne serait que de 1,5. L’immunité collective efficace I% s’établirait alors à 75%. À l’été 2021, le R effectif était même à 1,3, faisant passer I% à 70%. Il faut ajouter à cela que Ro varie selon les pays, les tranches d’âge et vraisemblablement les catégories sociales, ce qui ne simplifie pas les calculs.

D’autant qu’il reste deux questions sans réponse claire :

  • Le niveau d’immunité collective effectivement atteint, difficile à évaluer du fait de l’inconnue pesant sur le pourcentage des cas asymptomatiques (estimé par l’Institut Pasteur à 59% des cas répertoriés par les examens sérologiques) ;

  • L’efficacité vaccinale sur la transmission virale.

Au final, le facteur de correction à appliquer sur les prévisions portant sur le nombre de cas, d’hospitalisations et de patients en réanimation varie de 1,54 à 2,4, ce qui est considérable et rend compte des différences entre ces prévisions et les données a posteriori.

Des données instructives

Cela étant, la comparaison entre une vingtaine de pays « développés » est instructive.

  • Les pays où la population est très insuffisamment vaccinée n’ont pas encore atteint le pic épidémique de la dernière vague.

  • Ceux qui ont atteint ce pic (donc avec une épidémie qui décroît ou se stabilise) ont une population vaccinée comprise entre 60 et 75%, la fourchette s’expliquant par les variations du Ro.

  • Quelques pays (Japon, Norvège, Allemagne) ont atteint le pic avec de bas taux d’immunité collective, peut-être par des comportements adéquats liés à leur culture.

  • En revanche, certains pays (Belgique, Israël) où la population est largement vaccinée ont eu des pics assez élevés, sans qu’aucune explication apparaisse actuellement.

En conclusion, si les données actuelles concernant la France continuent à être plutôt rassurantes, les nombreuses inconnues pesant sur la connaissance de l’épidémie doivent inciter à un optimisme tempéré.

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

 

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