4 Franciliennes sur 10 ayant subi des violences conjugales ont été prises en charge par des professionnel.les de santé

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

26 octobre 2021

Ile-de-FranceLes Franciliennes déclarent plus de violences qu’au niveau national (7% contre 6% en France en général). Qui sont les femmes victimes de violence en Ile-de-France ? Les femmes en parlent-elles aux professionnel.les de santé ? Sont-elles entendues ? L’enquête démographique Virage – la deuxième enquête scientifique en France spécifiquement dédiée aux violences – apporte des réponses [1].

Les violences visent majoritairement les femmes

Première conclusion du rapport – plutôt une confirmation - : que ce soit dans le couple, dans la famille, dans les études, au travail ou dans les espaces publics, les violences sont genrées. « Alors que les hommes ont tendance à subir des violences avant 18 ans, l’enquête montre que les femmes sont davantage confrontées à des violences qui peuvent débuter dans l’enfance et qui se perpétuent tout au long de leur vie, que ce soit dans le cadre privé, professionnel ou public », écrivent les auteurs du rapport. Et plus ces violences ont été intenses dans l’enfance, plus le risque d’exposition conjugale est fort. Parmi les Franciliennes ayant vécu des violences très sévères pendant l’enfance, plus d’une sur cinq déclare aussi des violences dans le cadre conjugal (22,1%). Par ailleurs, les femmes confrontées à des violences sexuelles, des violences intrafamiliales ou des violences conjugales sont en moins bonne santé que les hommes qui ont déclaré des faits de violences: au niveau national, l’état de santé des femmes ayant rapporté au moins un fait de violences est davantage détérioré que celui des hommes.

Méthodologie

L’enquête démographique «Violences et rapports de genre» (dite Virage) porte sur les violences interpersonnelles (psychologiques, verbales, physiques et/ou sexuelles) subies dans les douze derniers mois et au cours de la vie, dans les différents espaces de vie: espaces publics, lieux d’études et de travail, relations de couple, cadre familial et entourage proche. Tout au long du questionnaire, les termes de «violence» ou d’«agression» ne sont jamais utilisés, seuls des faits sont décrits. L’enquête Virage a été conduite par l’Institut national d’études démographiques (INED) en 2015 par téléphone auprès d’un échantillon de plus de 27000 femmes et hommes, âgé·es de 20 à 69 ans, résidant en ménage ordinaire sur le territoire métropolitain, dont 4516 personnes résidant en Île-de-France parmi lesquelles: 2 575 femmes et 1941 hommes.

Des violences sexuelles beaucoup plus fréquentes pour les femmes dans le cadre privé

Dans l’enquête, plus d’une Francilienne sur sept (15,3%) déclare avoir vécu au moins une forme d’agression sexuelle (hors harcèlement et exhibitionnisme) au cours de sa vie. Globalement, c’est au sein de l’espace privé, c’est-à-dire dans les relations avec la famille, les proches, les conjoint∙es et exconjoint∙es, y compris les petit∙es ami∙es, que se produisent l’essentiel des viols et des tentatives de viols: trois Franciliennes victimes sur quatre ont vécu des violences dans ce cadre.

Les femmes victimes parlent des violences subies, mais ne sont pas entendues

Par comparaison avec la première enquête sur les violences faites aux femmes en France les femmes parlent aujourd’hui davantage qu’il y a 15 ans des violences subies, notamment des violences au travail, un peu moins des violences dans la famille ou dans le couple. En revanche, il semble que les démarches et les suites de ces démarches ne suivent pas cette évolution puisqu’on observe une faible prise en compte de cette parole par les professionnel·les. « Ces résultats témoignent des limites de l’injonction faite aux victimes de parler : elles parlent mais ne sont pas toujours bien entendues », indique le rapport.

Les violences ne sont pas systématiquement repérées par les professionnel.les de santé

Car contrairement aux idées reçues, les femmes victimes parlent des violences conjugales subies, notamment à leurs proches et/ou à des professionnel·les de santé.

Ainsi, 4 Franciliennes victimes sur 10 ayant subi des violences conjugales ont été prises en charge par des professionnel.les de santé : principalement par un.e médecin dans le cadre d’une consultation (33%), par un.e psychologue (23%), dans le cadre d’une hospitalisation (10%) et plus rarement via la consultation d’un service médico-judiciaire ou médicolégal (10%), note le rapport.

« Lorsqu’une femme consulte un·e professionnel·le de santé, seulement une sur deux obtient un certificat médical : cela laisse penser que les violences ne sont pas systématiquement repérées par ces professionnel·les si les femmes n’en parlent pas spontanément », peut-on lire.

Un tiers des Franciliennes victimes de violence a déposé une main courante

Seule une Francilienne victime de violences conjugales (graves) sur trois a engagé des démarches pour signaler ces violences aux forces de sécurité. Parmi celles qui ont entamé ces démarches, près de quatre sur cinq ont déposé une main courante, et seulement la moitié d’entre elles une plainte. Parmi les femmes qui n’ont pas effectué de démarches judiciaires, une sur cinq déclare pourtant des violences relevant du niveau «très graves» (20,4%).

Quand elles n’ont pas entrepris de démarches judiciaires, une sur deux estimait que cela aurait été inutile (56,5%,) et 43,5% des Franciliennes craignaient des épreuves supplémentaires et/ou avaient peur des conséquences pour elles et/ou pour leurs enfants. Plus d’une femme sur quatre déclare également craindre les conséquences que ces démarches pourraient avoir pour l’agresseur (notamment la prison). A savoir que même quand les femmes signalent les violences, les condamnations restent très minoritaires : « dans un cas sur deux, les démarches judiciaires suite aux violences conjugales n’ont pas abouti à des poursuites pénales », établit le rapport.

Les enfants : co-vistimes des violences conjugales

Une francilienne sur trois déclare qu’un enfant s’est interposé lors des violences exercées par son partenaire sur les 12 derniers mois. Près de 30% des femmes déclarant des violences conjugales au cours de leur vie indiquent que d’autres personnes ont assisté aux violences, en majorité des enfants.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....