Contre les violences gynécologiques, le collège de gynécologie obstétrique publie une charte de la consultation

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

25 octobre 2021

Paris, France— Un mois après l'ouverture d'une enquête judiciaire pour "viols sur mineur" concernant le professeur Émile Daraï à la suite de consultations en gynécologie et obstétrique, le collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) vient de réagir en publiant une charte de la consultation en gynécologie ou en obstétrique.

Signée par cinq autres sociétés savantes (collège des enseignants de gynécologie obstétrique, collège national des enseignants de gynécologie médicale, fédération nationale des collèges de gynécologie médicale, société de chirurgie gynécologique et pelvienne, société française de gynécologie) mais aussi désormais par le SYNGOF, cette charte rappelle en préambule que la « consultation nécessite une écoute, une attitude, un dialogue et un examen physique dans un esprit de bienveillance et de respect mutuel ». Le CNGOF souhaite que les praticiens adhèrent à cette charte et l'affichent dans les lieux d'attente. Le CNGOF ajoute : « Les professionnels ont parfaitement conscience de la particularité de la consultation de gynécologie ou d’obstétrique qui touche à l’intimité psychique et physique des femmes. »

Examen clinique non systématique

Que dit cette charte ? Après avoir rappelé la spécificité de la consultation en gynécologie ou en obstétrique, qui touche à l'intimité des femmes, la charte convient que l'examen clinique n'est pas systématique : « il n’est pas conseillé lors de la première consultation d’une jeune femme pour contraception, en l’absence de symptômes. »

Explications, consentement

Lorsqu'il y a examen clinique, des explications sur ses objectifs et modalités doivent être fournies. Par ailleurs, l'accord oral de la patiente doit être recueilli avant tout examen clinique. La charte rappelle également que l'examen clinique est indispensable dans certains cas : « L’examen fournit des renseignements que l’imagerie ne peut pas apporter (comme l’état de la vulve, du vagin et du col, la mobilité des organes pelviens, la contraction des muscles ou la cartographie des zones douloureuses et la typologie des douleurs, ou encore l’origine de saignements ou de pertes). Il permet aussi la pratique de prélèvements (frottis, examens bactériologiques). »

L'examen clinique peut « comporter une palpation des seins, une palpation abdominale, un toucher vaginal avec gant ou doigtier, et l’usage de matériels médicaux tels qu’un spéculum ou une sonde endovaginale. Dans certains cas, le recours à un toucher rectal après explications peut être justifié ». Aussi pour qu'un étudiant ou un soignant tiers assiste à la consultation, le praticien doit aussi recueillir le consentement de la patiente.

Pudeur, interruption

La charte stipule également que la patiente doit pouvoir se dévêtir à l'abri des regards, et qu'elle peut être assistée d'un accompagnant. La patiente peut aussi interrompre à tout moment l'examen clinique. « Aucune pression, en cas de refus, ne sera exercée sur elle ; il convient alors de l’informer de l’éventuelle nécessité d’un nouveau rendez-vous pour réaliser l’examen, si celui-ci est indispensable, et de l’informer des limites diagnostiques et thérapeutiques que cette absence d’examen clinique peut entrainer. »

Périmètre de la charte

La charte se conclut en définissant le périmètre sur lequel elle s'applique : « Les termes de cette charte s‘appliquent à toutes les explorations d’imagerie gynécologiques (telles les échographies endovaginales, les colposcopies, les hystéroscopies, les hystérographies, les hystérosonographies, les bilans urodynamiques…), qui doivent également respecter la pudeur de la femme. »

Charte insuffisante pour l’association Stop aux violences gynécologique et obstétrique

Contactée par Medscape, Sonia Bisch, présidente et fondatrice de l'association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques pense que cette charte est insuffisante. « Plus que des mots, nous demandons que des mesures soient prises pour remédier aux violences gynécologiques et obstétricales. Il faut changer la formation initiale et continue des médecins : par exemple, au Canada, cela fait trente ans que des patientes expertes interviennent dans la formation des futurs praticiens. Cette charte cultive une fois de plus l'entre-soi médical. Nous demandons aussi que l'État lance une campagne d'informations à l'intention des patientes pour les informer de leurs droits. Peu de patientes savent qu'il faut leur accord pour pratiquer un examen clinique, ou encore que le frottis ne doit pas être systématique. Enfin, nous requérons la mise en place d'un numéro d'urgence pour signaler toute violence obstétrique ou gynécologique. Nous lançons par ailleurs un appel à témoignage car nous savons que le cas d'Émile Daraï est l'arbre qui cache la forêt. »

 

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