Alzheimer : comment les généralistes gèrent-ils la phase prodromique ?

Caroline Guignot

20 octobre 2021

France-- La gestion de la phase prodromique et des premiers stades de la maladie d’Alzheimer est particulière, en l’absence de traitements spécifiques. Afin d’en connaître plus précisément les déterminants, et la façon dont les généralistes font évoluer leurs prescriptions durant l’évolution de la maladie, une équipe francilienne a conduit une analyse longitudinale à partir des données de santé ouvertes de la base THIN[1].

Comparaison des prescriptions de psychotropes avant et post-diagnostic

La patientèle de 2.000 généralistes français a été analysée entre 1996 et 2019 : les auteurs ont identifié les patients ayant un diagnostic de maladie d’Alzheimer (MA) après l’âge de 50 ans, et pour lesquels on disposait d’au moins 2 années d’antériorité par rapport au diagnostic. Deux types d’appariement ont été envisagés avec des personnes de même sexe et de même âge : le premier avec des personnes ayant eu un diagnostic de troubles cognitifs légers (TCL) et le second avec des personnes n’ayant ni diagnostic MA, ni diagnostic TCL. Ce travail a permis de comparer les prescriptions de psychotropes que chacun avait reçues sur la période précédant puis succédant au diagnostic.

Quels médicaments juste avant et au moment du diagnostic ?

Durant la phase pré-diagnostic, les futurs patients atteints de MA étaient plus souvent traités par antidépresseurs (odds ratio 3,18), par antipsychotiques (3,17) et par médicaments antidémence (4,17) que les patients TCL appariés.

Au moment du diagnostic, les médicaments contre la démence, les antipsychotiques et les antidépresseurs ont vu leurs prescriptions augmenter significativement (OR respectif de 7,64, 3,03 et 1,92), tandis que celles des benzodiazépines, des hypoglycémiants ou des antihypertenseurs, qui étaient déjà moins fréquentes avant le diagnostic, connaissaient une baisse significative.

Au cours des 10 années suivant le diagnostic, les prescriptions de médicaments contre la démence ou antidépresseurs ont fortement diminué jusqu’à rejoindre progressivement un taux proche de celui qui existait quelques années avant le diagnostic. De même, les antihypertenseurs et les hypoglycémiants étaient de moins en moins prescrits au fur et à mesure de l'évolution de la maladie. 

« Les différences de prise en charge pré-diagnostic entre les futurs patients atteints de maladie d’Alzheimer et les patients avec des troubles cognitifs légers semblent indiquer que des changements cognitifs subtils sont reconnus et traités comme des symptômes psychiatriques. Aussi, l’annonce du diagnostic de maladie d’Alzheimer modifie radicalement la prise en charge des patients, la priorité étant donnée à la prise en charge des symptômes psychiatriques. La diminution de toutes les prescriptions aux stades avancés semble indiquer que les traitements sont arrêtés et simplifiés. Cette étude apporte donc de nouveaux éclairages sur les pratiques médicales de prise en charge de la maladie d’Alzheimer », conlcuent les auteurs.

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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