COVID-19 : le nombre de tentatives de suicide chez les enfants a bondi pendant la pandémie, selon une étude parisienne

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

14 octobre 2021

Paris, France – La pandémie et les mesures de distanciation sociale pour lutter contre elle ont eu un impact délétère majeur sur la santé mentale des moins de 15 ans. A l'hôpital pédiatrique parisien Robert Debré, les urgences ont enregistré une hausse considérable des passages pour tentative de suicide. Une équipe de l’hôpital parisien a chiffré ce phénomène en se penchant sur les données disponibles entre janvier 2010 et avril 2021. Elle a mis en évidence une augmentation significative à partir de juillet 2020. Les résultats sont détaillés dans un article publié dans JAMA Network Open[1].

« On assiste à une augmentation régulière des passages aux urgences pédiatriques pour tentative de suicide depuis dix ans. Il y a en outre un phénomène de saisonnalité dans les maladies psychiatriques », rappelle le Pr Richard Delorme (pédopsychiatre, Hôpital Robert Debré, Paris), interrogé par Medscape édition française. L'étude qu'il a dirigée s'est attachée à prendre en compte ces deux grands facteurs d'augmentation afin de savoir si la pandémie était un facteur indépendant à cette hausse des cas.

Un bond des tentatives de suicide chez les enfants

Les investigateurs ont recueilli les données de passage aux urgences de l'hôpital Robert Debré pour tentative de suicide des enfants de 15 ans et moins au cours de la décennie janvier 2010-avril 2021. Au total les données de 830 enfants ont été analysées (moyenne d’âge 13,5 ans).

Pendant le premier confinement, le nombre ajusté de tentatives de suicide a diminué de 36 %, en comparaison avec la période de 2019 durant laquelle il y avait eu le moins de tentatives de suicide. De fait en mars et avril 2020, il y a eu 7,8 tentatives de suicide, contre 12,2 tentatives de suicide en juillet et août 2019.

En revanche, à partir du mois de juillet 2020, la hausse des tentatives de suicide dépasse nettement les chiffres des années précédentes. 

Le nombre de tentatives de suicide parmi les enfants aaugmenté considérablement, passant de 12,2 (juillet/août) et 22,5 (novembre/décembre) en 2019, à 38,4 juste avant le deuxième confinement (septembre/octobre) et 40,5 (novembre/décembre) en 2020 ( soit +116% et +299%, respectivement).

 
Il faut savoir aussi que la gravité des actes a également augmenté. Pr Richard Delorme
 

Cette dynamique des tentatives de suicide était indépendante de la saisonnalité et de l’évolution croissante des suicides pédiatriques depuis 10 ans, indiquent les chercheurs.

Tableau du nombre ajusté de tentatives de suicide (2019-avril 2021)

Année

Jan/fév

Mars/avril

Mai/juin

Juil/août

Sept/oct

Nov/déc

2019

17,8

16,1

21,8

12,2

18,5

22,5

2020

23,3

7,8

8,6

20,3

38,4

40,5

2021

38,6

48,7

 -

-

-

-

« Il faut savoir aussi que la gravité des actes a également augmenté. Par exemple les tentatives de suicide médicamenteuses étaient plus lourdes qu'auparavant », indique Richard Delorme qui a constaté que «l 'épidémie avait eu un impact négatif en particulier chez les 8-13 ans ».

Les filles plus touchées

« Ce qui est le plus surprenant, c'est l'impact chez les jeunes filles avec un sexe ratio de 4:1. Habituellement, les tentatives chez les jeunes de moins de quinze ans concernent autant les filles que les garçons avec un sexe ratio de 1:1 », indique le Pr Delorme.

« Tout se passe comme si les phénomènes observés chez les adolescentes de plus de quinze ans s'étaient répandus dans les populations pédiatriques plus jeunes », analyse-t-il. De fait, les tentatives de suicide sont en général plus nombreuses chez les jeunes filles de plus de quinze ans que chez les garçons du même âge.

Quant à avancer une explication, la réponse du pédopsychiatre est lapidaire. Il n'en voit « aucune ».

Restent des hypothèses d'un recours plus important aux soins chez les filles pour lesquelles les périodes de confinement pourraient aussi avoir été plus éprouvantes à cause d'une plus grande implication dans les tâches ménagères, d'une soumission plus importante à l'autorité parentale mais également d’un impact négatif des réseaux sociaux peut-être plus fort que pour les garçons.

 
Ce qui est le plus surprenant, c'est l'impact chez les jeunes filles avec un sexe ratio de 4:1  Pr Richard Delorme
 

Vers un retour au niveau d'avant crise ?

Si les données ont été analysées jusqu'en avril, que s'est-il passé après ? Le retour à une vie plus normale a-t-il permis de diminuer le mal-être psychique des plus jeunes ? Pas vraiment.

« En août 2021, on a eu un doublement de l'activité par rapport à août 2020. Le ralentissement a été moins fort que ce que l'on aurait pu imaginer », témoigne le Pr Delorme. Avant d'expliquer « Les gens sont moins partis en vacances, ce qui n'est pas forcément le cas dans les autres territoires français ».

Aujourd'hui, le pédopsychiatre constate qu'il y a un retour à la situation d'avant crise. Reste que cette crise sanitaire a souligné le manque de données de santé publique sur la santé mentale des enfants. 

Liens d'intérêts des auteurs : le Dr Kernéis a déclaré avoir reçu des subventions de bioMérieux ; frais personnels de Accelerate Diagnostics, bioMérieux et Merck Sharp & Dohme (MSD) ; et le soutien extra-financier de bioMérieux et MSD. Le Dr Yazdanpanah a déclaré avoir été membre du conseil d'administration d'AbbVie et avoir reçu des honoraires de conseil, Bristol Myers Squibb, Gilead, MSD, Johnson & Johnson, Pfizer et ViiV Healthcare. Aucune autre divulgation n'a été signalée.

 

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