Situation épidémique automnale apaisée : à quand la fin du pass sanitaire et des gestes barrières?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

12 octobre 2021

France – Alors que la situation sur le front épidémique et dans les hôpitaux s’améliore depuis plusieurs semaines, va-t-on pouvoir alléger les mesures mises en place, et s’affranchir des gestes barrières ou encore du pass sanitaire – comme l’ont fait le Royaume-Uni et le Danemark (voir encadré) ? La question est dans tous les esprits et a fait l’objet du dernier rapport du Conseil Scientifique, lequel après analyse de la situation et en s’aidant de modélisations réalisées par l’Institut Pasteur, prône « un optimisme prudent » et s’inquiète des potentielles épidémies de VRS et de grippe, qui pourraient venir se sur-ajouter à l’épidémie de SARS-Cov-2 – dont l’ampleur reste inconnue pour les mois à venir [1].

Une rentrée plutôt calme

Depuis la rentrée scolaire début septembre, les indicateurs épidémiologiques sont en constante amélioration avec un niveau des nouvelles contaminations d’environ 5 000 cas par jour, en baisse régulière, et un taux d’incidence inférieur à 50 dans pratiquement la moitié des départements métropolitains. Cette évolution favorable est partagée par l'ensemble des pays européens – mais non en Outre-mer où la situation était jusqu’il y a peu extrêmement tendue. On peut y voir un impact favorable de la couverture vaccinale relativement élevée dans ces pays. En France, avec 75% des Français ayant reçu une première dose, elle est jugée satisfaisante, voire même excellente chez les 12-17 ans (73%). Pour expliquer cette embellie automnale, les experts suggèrent aussi un effet favorable des facteurs météorologiques, relativement cléments, il est vrai, au mois de septembre. A noter que le Royaume-Uni, où toutes les mesures de contrôle de l'épidémie ont été levées, continue lui d'avoir un nombre élevé de cas, mais sans retentissement sur les hospitalisations.

Peut-on se passer du pass sanitaire ?

Cette amélioration sanitaire constatée depuis plusieurs semaines – s’accompagnant également, note le Conseil scientifique, d’une forme d’apaisement sociétal – pose la question d’un éventuel arrêt ou d’une simplification du pass sanitaire.

Bien que l’utilisation du pass sanitaire soit globalement acceptée – bien que certains le considèrent comme une entrave à la « liberté individuelle » –, le Conseil scientifique – qui a proposé et soutenu sa mise en place – tient à rappeler que ce pass « doit rester un outil temporaire et proportionné » et s’alerte, écrit-il, du « risque d’une banalisation du pass sanitaire et des mesures de contrôle associées ».

Suivre l’exemple du Danemark ?

Avec l’amélioration de la situation sanitaire, ce pays a dans un premier temps suspendu l’utilisation de son pass sanitaire dans les bars et les restaurants puis l’a définitivement abandonné mi-septembre, tout en évoquant la possibilité de l’instaurer à nouveau en cas de nécessité. Il est à noter que la vaccination au Danemark est complète chez 8 personnes sur 10 et concerne 95% des seniors et des plus fragiles. « Il sera très intéressant d’observer l’évolution de la situation sanitaire au Danemark dans les prochaines semaines », considère le Conseil Scientifique.

Alléger : si oui, quand ?

A moyen terme, la survenue d’un nouveau variant après le variant Delta (le variant Mu ou un autre) n’est pas à exclure – mais difficile à anticiper. S’y ajoute le fait que la situation en France métropolitaine est très dépendante de la situation sanitaire non seulement dans le reste de l’Europe, mais aussi dans le reste du monde, « avec des niveaux de vaccination très variables, et une circulation parfois sous-estimée du SARS-CoV-2 (séroprévalence de l’ordre de 40% à 50% en zone urbaine mais aussi rurale dans plusieurs pays d’Afrique intertropicale) », précise le rapport.

A côté de la question même de l’allégement des mesures, se pose celle du « meilleur moment » pour le faire, en tenant compte de tous les facteurs qui pourrait influer sur la décision.

Car si a couverture vaccinale en France est satisfaisante, celle des plus de 80 ans, avec environ 14% de non vaccinés, alors que plusieurs de nos voisins ont atteint une couverture vaccinale proche de 95% dans cette tranche d'âge, est loin d’être optimale.

Quid aussi de la baisse de l'efficacité du vaccin contre l'infection et de l'efficacité de la dose de rappel à six mois, sur laquelle on a encore peu de recul ?

Pas avant le 15 novembre ! selon le gouvernement

C’est ce qu’a répondu Gabriel Attal, le 7 octobre dernier à l’issue du Conseil des ministres, à la question de savoir si un allègement du pass sanitaire était envisageable. « L'heure de lever les contraintes n'est pas venue, a affirmé le porte-parole du gouvernement. Si adaptation du pass il devait y avoir, elle ne saurait être envisagée avant le 15 novembre ». Pour autant, le gouvernement « travaille à des adaptations du pass sanitaire», car « ni le masque, ni aucune autre mesure qui existe aujourd'hui ne sont éternels, et dès lors qu'on pourra les réduire, évidemment nous le ferons », sur la base des recommandations des scientifiques, a-t-il expliqué. La loi prévoit une application du pass sanitaire jusqu'au 15 novembre, et un projet de loi pour le proroger au-delà de cette date doit être présenté le 13 octobre en Conseil des ministres.

Duo Grippe et Covid-19 : risque de pression sur le système de santé

Pour anticiper les décisions à venir, l’Institut Pasteur a conduit un certain nombre de modélisation en faisant varier différents paramètres susceptibles d’influencer l’évolution de la pandémie (température, respect des mesures barrières, efficacité de vaccination, etc), et leurs résultats « poussent à un optimisme prudent ». Bonne nouvelle toutefois, « grâce à la couverture vaccinale élevée et encore améliorable, il ne sera a priori pas nécessaire de réinstaurer des mesures très contraignantes type couvre-feu ou confinement ». Si les mesures et comportements actuels sont maintenus, les épidémiologistes ne s’attendent pas à une reprise importante de l’épidémie. Si les comportements actuels se relâchaient en partie (avec un retour aux taux de transmission de juin/juillet), le Covid-19 serait « toujours susceptible d’affecter la santé d’un grand nombre de Français et de générer une pression importante sur le système hospitalier ». Pour autant, l’afflux de patients Covid-19 ne devrait pas à lui seul conduire à la saturation des hôpitaux, disent-ils. Mais c’est sans compter la possible survenue d’une épidémie de grippe concomitante à celle de Covid-19 – une hypothèse plausible, selon les auteurs du rapport – et qui, elle mettrait à nouveau le système de santé en péril, ou du moins en forte tension (voir encadré ci-après).

VRS et grippe : les nouvelles inconnues

Pour le Conseil scientifique, le danger dans les mois à venir ne tiendrait au seul SARS-Cov-2 mais bien au virus respiratoire syncytial (VRS) et à celui de la grippe. Pour cause de dette immunitaire chez les enfants, les scientifiques anticipent, en effet, que l’épidémie de bronchiolite « pourrait être de grande ampleur », en particulier chez les « enfants nés après mars 2020 ». A l’appui de leurs prévisions : des données de l’hémisphère sud qui montrent « qu’il y a eu une circulation plus intense et décalée dans le temps et dans les tranches d’âge cet hiver ».

En ce qui concerne la grippe, son intensité dépendra principalement du niveau de vaccination antigrippale – qui démarrera le 26 octobre – et de l’impact épidémique qui sera lié à la souche circulante prédominante. Sachant que les premiers indicateurs sont inquiétants, montrant « déjà une circulation à bas bruit, mais significative des virus influenza en Europe et en France avec une certaine circulation de virus A (H3N2) ».

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