3D en temps réel, actions ultra-ciblées... La radiologie interventionnelle en appui à l’oncologie

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

7 octobre 2021

France ― Les journées francophones de radiologie (JFR) 2021 se tiendront en présentiel du 8 au 11 octobre au Palais des Congrès de la Porte Maillot (voir encadré). Ce sera l’occasion pour le Pr Thierry de Baere, chef du service d'Imagerie thérapeutique à Gustave Roussy (Villejuif), de faire le point sur les avancées en oncologie interventionnelle et en immuno-oncologie. Il en résume les principaux axes ici – qu’il développera en détail lors d’une conférence plénière le 9 octobre.

Délivrer l’immunothérapie directement au cœur de la tumeur

Indéniablement, l’immunothérapie a révolutionné le traitement du cancer, néanmoins, à ce jour, seuls 30 % des malades en bénéficient, a indiqué le Pr de Baere, lors de la conférence de presse de présentation du congrès. La radiologie interventionnelle peut-elle améliorer la réponse aux traitements d’immunothérapie? Oui, en délivrant ces médicaments directement au cœur de la tumeur. « Des protocoles sont actuellement en cours, notamment avec des anticorps anti-CTLA4 (inhibiteurs de check point), en espérant améliorer localement la concentration du produit, son efficacité mais aussi diminuer la toxicité », a expliqué le radiologue interventionnel. L’intérêt serait aussi de réduire les coûts – un avantage non négligeable lorsque l’on sait que « les inhibiteurs de check point, c’est une facture de 600 millions d’euros annuel pour la sécurité sociale pour cette seule classe de médicaments. Tandis qu’une délivrance locale permet de diviser les doses d’un facteur 10, et donc potentiellement les coûts » a précisé l’orateur.

Créer un vaccin in situ

Autre approche à l’étude chez les radiologues interventionnels spécialisés en oncologie : « attaquer » les cellules tumorales de façon ciblée et « les faire exploser », de façon à leur faire libérer des antigènes tumoraux que le système immunitaire soit susceptible de reconnaitre. « Ce sont ces nouvelles cibles que nous essayons de développer avec, par exemple, l’injection d’un virus oncolytique directement dans la tumeur », explique le Pr de Baere. Alors que de façon classique, on sait déjà détruire depuis des années des petites tumeurs de 2 cm dans le foie, le poumon ou le rein en utilisant la cryothérapie, la radiofréquence ou les micro-ondes, l’idée est, ici, de détruire ces tumeurs mais pas totalement de façon à permettre le relargage d’antigènes tumoraux. Ces approches locales concernent des pathologies au stade métastatique. « On ne traite alors qu’une partie de la tumeur dans le but d’en faire un laboratoire de fabrication anti-tumorale. Autrement dit, on crée in situ le vaccin adéquat pour le patient à l’intérieur même de la tumeur. » Cette méthode constituerait une alternative avantageuse – car plus maniable, plus facile – aux vaccins anti-tumoraux actuels ou aux thérapies cellulaires comme peuvent l’être les CAR-Tcells. Lesquelles demandent de prélever le malade, d’envoyer la tumeur au laboratoire et de fabriquer un vaccin dédié au patient – une approche qui, pour les CAR-Tcells coûte aujourd’hui 500 000 euros par malade dans les maladies hématologiques, a rappelé l’orateur.

Naviguer dans la tumeur grâce à un véritable « GPS »

Toutes ces approches ont en commun d’être toujours guidées par l’image qui permet précision et faible invasivité, et c’est là un autre aspect de la radiologie interventionnelle. « Si l’on sait depuis longtemps naviguer dans la tumeur, on cherche aujourd’hui à amener sur la table d’opération la totalité de l’imagerie d’un patient en même temps – chaque examen (écho, scanner, IRM) permettant de voir des éléments différents –, de façon à avoir l’équivalent d’une réalité virtuelle », explique le Pr de Baere. Il ne s’agit d’ailleurs plus seulement de voir la tumeur mais de savoir qu’elle est la zone la plus active. On parle alors de fusion entre l’imagerie morphologique et l’imagerie fonctionnelle. Cela consiste à fusionner l’imagerie obtenue par scanner qui visualise la tumeur et celle donnée par un pet-scan qui montre la partie active – où l’on pourra injecter, par exemple, l’immunothérapie pour aller la détruire.

« Après être passé de la 2D (radiographie) à la 3D, on est aujourd’hui, avec les progrès de l’informatique, à l’heure de la 3D en temps réel » continue le radiologue interventionnel. Ce qui permet de tenir compte des modifications dans le corps du patient pour naviguer avec les instruments chirurgicaux. « A notre époque, il y a des ordinateurs qui calculent la route à suivre pour atteindre la tumeur à la manière d’un véritable GPS et nous aident à s’orienter » résume-t-il.

Meilleure reproductibilité avec la robotique

Le dernier aspect, qu’a souhaité aborder le Pr de Baere, est celui de la robotique, voire même de la cobotique (collaboration homme-robot) qui permet d’obtenir une imagerie du patient avant l’intervention, avec tous les renseignements nécessaires pour la mener. La machine propose alors des plans, des voies d’accès pour finalement se positionner et que l’opérateur n’ait plus qu’à pousser l’aiguille dans la cible. « L’intérêt, c’est d’intervenir avec une plus grande précision – au moins celle d’un médecin expérimenté – mais surtout d’obtenir une standardisation, une reproductibilité permettant de raccourcir la course d’apprentissage des jeunes praticiens » considère le radiologue interventionnel, précisant que « beaucoup de ces technologies sont développées en France, qui est en avance dans ces domaines ». Tous ces sujets seront, bien sûr, développés de façon approfondie lors des JFR 2021 (voir encadré).

JFR 2021 : demandez le programme

Cette édition en présentiel des JFR mettra à l’honneur deux thématiques : la radiologie interventionnelle et l’imagerie équitable. La « Grande conférence » du vendredi 8 octobre sera d’ailleurs consacrée à la question de l’inégalité d’accès aux soins en matière d’imagerie. Il sera aussi beaucoup question tout du long du congrès d’écoresponsabilité, au travers notamment de la gestion des résidus des produits de contraste utilisés en radiologie et en imagerie médicale. Par ailleurs, Hélène Kovacsik, présidente des JFR 2021, a tenu à ce qu’une session soit dédiée aux femmes en radiologie interventionnelle dans le monde. Concernant cette dernière spécialité, elle fera l’objet d’une conférence plénière du Pr Thierry de Baere le samedi 9 octobre. Enfin, se projetant dans le futur, l’édition JFR2021 lancera le challenge « Mars IR Tool Box » ou comment concevoir la boîte à outils en radiologie interventionnelle pour les voyages spatiaux lointains.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....