Prise en charge de l’anxiété chez les patients coronariens : quel impact sur les biomarqueurs CV ?

Agnès Lara

Auteurs et déclarations

5 octobre 2021

Etats-Unis—L’anxiété est fréquente dans la population générale, et en particulier chez les sujets souffrant de maladies coronariennes. On sait qu’elle est associée à une mortalité plus élevée dans cette population, mais peu d’études se sont intéressées à l’impact de la prise en charge de l’anxiété sur l’anxiété elle-même et sur l’évolution de la maladie coronarienne.

Une étude américaine a donc voulu comparer l’impact, sur le niveau d’anxiété et sur les biomarqueurs du risque cardiovasculaire (RCV), de séances d’exercice physique d’intensité modérée et de la prise d’escitalopram à celui d’un placebo.

Les résultats sont publiés dans le JAMA Psychiatry[1].

Une petite étude monocentrique

Cette étude monocentrique a inclus 128 patients de plus de 40 ans, souffrant d’une pathologie coronarienne stabilisée et ayant reçu un diagnostic de troubles anxieux selon le DSM-5 ou disposant d’un score HADS-A supérieur ou égal à 8. Les sujets atteints d’autres troubles mentaux étaient exclus. Les sujets recrutés ont été randomisés pour participer à des séances d’exercice aérobie (marche, vélo, jogging) d’intensité modérée (70% à 85% de la fréquence cardiaque de réserve), à raison de 3 séances par semaines durant 12 semaines (n=52), ou bien pour recevoir de l’escitalopram (jusqu’à 20 mg/j, n=53) ou un placebo (n=23). L’efficacité anxiolytique des différentes interventions était mesurée par le sous-score d’anxiété sur l’échelle Hospital Anxiety and Depression (HADS-A) à 12 semaines (critère principal), et les biomarqueurs du RCV enregistrés. 

À l’inclusion, les participants avaient 65 ans d’âge moyen, 29% étaient des femmes et l’adhésion aux différentes interventions était très bonne.

Une meilleure efficacité anxiolytique de l’escitalopram

L’escitalopram permet d’améliorer les scores d’anxiété de façon sûre et cliniquement significative par rapport au placebo, alors que l’effet de l’exercice physique apparaît moins net.

Une amélioration du score HADS-A a été observée dans les 3 groupes à 12 semaines, mais de façon plus importante dans les groupes escitalopram (-5,7 [-6,4 à -5,0]) et exercice physique (-4,0 [-4,7 à -3,2]) que dans le groupe placebo (-3,5 [-4,5 à -2,4]). La différence entre l’escitalopram et l’exercice physique était significative (-1,67 [-2,68 à -0,66], p=0,002), l’amélioration des symptômes apparaissait plus tôt avec l’escitalopram et plus tardivement avec l’exercice physique (au-delà de 6 semaines).

Une réduction plus importante de l’activité du système nerveux sympathique (associée à l’anxiété), mesurée par le taux de catécholamines sur les urines de 24h, a été obtenue avec l’escitalopram en fin d’intervention.

Peu d’impact au niveau CV

Le bénéfice des deux interventions sur l’évolution de la pathologie coronarienne (biomarqueurs du risque cardiovasculaire) demeure plus incertain.

Les biomarqueurs du RCV (variabilité de la fréquence cardiaque, sensibilité du contrôle baroréflexe, fonction endothéliale) ne se sont que légèrement améliorés et de façon similaire dans les trois groupes. Aucune différence significative n’est apparue non plus concernant les effets indésirables.

Les principales limites de l’étude sont la faible taille de l’échantillon et la durée limitée du traitement qui était peut-être insuffisante pour observer l’impact sur les biomarqueurs du RCV.

Financement : National Heart, Ling, and Blood Institute.

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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