Idées suicidaires chez l’enfant et l’adolescent : nouvelles recommandations

Fanny Le Brun

4 octobre 2021

France – En France, le suicide représente la 2 de cause de mortalité chez les 15-24 ans et la 5 cause chez les moins de 13 ans. Reconnaître et prendre en charge un enfant ou adolescent à risque suicidaire peut s’avérer délicat. Afin d’aider les professionnels se trouvant régulièrement au contact de jeunes, la Haute autorité de santé (HAS) vient de mettre à jour ses recommandations de bonne pratique de prévention, repérage, évaluation et prise en charge des idées suicidaires chez l’enfant et l’adolescent[1].

Des signes qui doivent alerter

Parmi les signes qui doivent alerter, on retrouve : un changement brutal du comportement, la consommation fréquente de drogue ou d’alcool, les actes d’automutilation ou encore les propos suicidaires.

Les idées suicidaires sont parfois banalisées car il est commun de penser que la période de l’adolescence est difficile pour tout le monde. Or, 95% des jeunes sont globalement heureux et intéressés par la vie. C’est pourquoi des propos suicidaires chez l’enfant et l’adolescent ne doivent jamais être pris à la légère.

Des outils d’évaluation

Le repérage des enfants et adolescents suicidaires repose sur une écoute active et un questionnement direct, dans un contexte propice (lieu adéquat, climat d’empathie, de non-jugement et de bienveillance, respect de la confidentialité). Plusieurs outils peuvent aider à guider la consultation :

  • Le BITS ( Bullying Insomnia Tobacco Stress Test ) : il aborde des points tels que la qualité du sommeil, le stress lié au travail scolaire et à l’ambiance familiale, les maltraitances, le tabagisme...

  • L’ASQ ( Ask Suicide-Screening Questions ) : il aborde directement les idées suicidaires et peut être utile lors des consultations pour des difficultés en lien avec la santé mentale ou lorsque des difficultés se révèlent au cours de la consultation.

  • La C-SSRS ( Columbia Suicide Severity Rating Scale ) : elle peut être utile pour un état des lieux des idées suicidaires et du risque potentiel de passage à l’acte.

L’entretien avec le jeune doit être complété par le recueil d’informations auprès du ou des titulaires de l’autorité parentale ainsi que d’autres personnes, dans le respect du secret médical (infirmier et/ou médecin scolaire, médecin traitant, pédiatre...). Ces échanges permettront notamment de recueillir des éléments sur d’éventuels problèmes liés au harcèlement sur les réseaux sociaux. D'autres entretiens pourront être nécessaires, dans des délais adaptés au niveau d’urgence et de vulnérabilité estimé.

Il est important de préciser que le fait d’interroger explicitement un enfant sur la présence d’idées suicidaires n’induira pas de telles idées ni même un passage à l’acte.

Une prise en charge adaptée au niveau d’urgence et de vulnérabilité

La suite de la prise en charge est déterminée selon le niveau d’urgence estimé :

  • L’urgence suicidaire correspond à la probabilité que la personne adopte une conduite suicidaire potentiellement létale sur le court terme.

  • La vulnérabilité suicidaire correspond à la probabilité que la personne adopte une conduite suicidaire sur le moyen ou le long terme.

En cas d’idées suicidaires sans tentative de suicide récente :

  • Si l’urgence suicidaire semble élevée : l’enfant ou l’adolescent est envoyé aux urgences ;

  • Si l’urgence suicidaire semble faible à moyenne : l’enfant ou l’adolescent est orienté vers une prise en charge ambulatoire de deuxième ligne (ex : centre médico-psychologique, centre médico-psycho-pédagogique, psychiatre libéral ou Maison des adolescents).

En revanche, il est important de noter que tout enfant ou adolescent ayant fait une tentative de suicide récente doit être orienté vers un service d’urgences, quel que soit le niveau d’urgence suicidaire actuel.

Pour éviter un nouveau passage à l’acte, il est recommandé de recourir au plan de sécurité qui comprend :

  • Identification des signaux d'alarme associés à une aggravation de la crise suicidaire,

  • Renforcement des stratégies de coping (procédures et processus qu'un individu peut imaginer et installer entre lui et un événement qu’il juge inquiétant, voire dangereux, afin d'en maîtriser les conséquences potentielles sur son bien-être physique et psychique) ;

  • Sécurisation de l'environnement en limitant l'accès aux moyens de suicide ;

  • Mobilisation du réseau social de proximité ;

  • Renforcement de l'adhésion au suivi et mise à disposition de ressources en cas d'urgence.

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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