COVID et cancer : les premières données solides sur la vaccination

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

24 septembre 2021

Virtuel – Au cours du développement des vaccins anti-Covid, les patients atteints de cancer ont été écartés des essais cliniques si bien que des questions essentielles à leur bonne prise en charge sont longtemps restées sans réponse. La vaccination de cette population de patients fragiles présente-t-elle un risque ? Ces patients, dont les défenses immunitaires sont fragilisées par les traitements anticancéreux, seront-ils protégés vis-à-vis des formes sévères grâce à la vaccination ?

C'est à l'occasion du congrès annuel de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO 2021) que les premiers résultats sur l'efficacité de la vaccination contre le Covid-19 dans cette population ont été divulgués. Différentes études ont été présentées et confirment la nécessité et le bien fondé de promouvoir la vaccination auprès de ces patients, lesquels présentant une réponse immunitaire appropriée et protectrice sans effets indésirables supplémentaires par rapport à la population générale quand ils reçoivent le vaccin anti-Covid.

«L'ESMO (…) a déployé des efforts significatifs pour faire du Covid une priorité » a rappelé le Pr George Pentheroudakis, directeur du département médical de l'ESMO, dans un communiqué de presse. «Le fait que nous ayons reçu plus de 90 abstracts sur le sujet, avec d'excellentes données, est une démonstration claire que c'était la bonne attitude à adopter », a-t-il ajouté.

Une vaccination anti-Covid protectrice

L' étude néerlandaise VOICE[1] a montré que quel que soit le traitement (chimiothérapie, immunothérapie ou la combinaison chimio+ immunothérapie) le vaccin conférait une protection contre le Covid-19.

Quatre groupes ont été constitués : un groupe composé de participants non atteints de cancer, un autre de patients traités par immunothérapie, encore un autre par chimiothérapie et enfin un dernier par la combination chimio+ immunothérapie. Pour chaque groupe, la réponse au vaccin à ARNm de Moderna a été mesurée 28 jours après l'administration de la deuxième dose. Un niveau satisfaisant d'anticorps a été retrouvé chez 84 % des patients sous chimiothérapie, 89 % de ceux recevant une association chimio+ immunothérapie, 93 % de ceux sous immunothérapie seule, à comparer aux 99,6 % des participants du groupe contrôle.

Seule la vaccination complète, avec l'administration de deux doses de vaccin, assure une protection dans les groupes de patients avec cancer. Après la première dose, on observe une réponse chez 66 % des participants sans cancer, une proportion qui chute autour de 35 % dans les groupes de patients atteints de cancer.

Une étude israélienne[2] a montré, elle aussi, l'importance de la deuxième dose avec le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech (Cominarty). Moins du tiers des 232 patients atteints de cancer inclus dans l'étude ont développé une réponse immunitaire après la première dose, contre 84 % des 261 participants du groupe contrôle. En revanche, 86 % des patients atteints de cancer ont développé une réponse immunitaire efficace après la seconde dose.

Une vaccination anti-Covid sûre

Plusieurs présentations de l'ESMO permettent maintenant d'affirmer que la vaccination anti-Covid est aussi sûre pour les personnes atteintes d'un cancer que dans la population générale. C'est notamment le cas d'un essai de phase 3 ayant inclus 44 047 participants, dont 3813 ayant un antécédent de cancer ou ayant un cancer en cours.

L'analyse de ce sous-groupe[3] a détaillé les effets indésirables constatés après une vaccination avec le Cominarty : une douleur au site d'injection, de la fatigue, de la fièvre, des frissons, des maux de tête ou encore une douleur musculaire. Ces effets secondaires sont survenus à la même fréquence que pour l'ensemble des participants de l'étude.

« Bien que cet essai ait exclu les patients avec un traitement anticancéreux immunosuppresseur, dont la chimiothérapie, (…)  il contribue à une bonne image de l'efficacité et l'innocuité du vaccin anti-Covid, ce dont la communauté mondiale d'oncologie a toutes les raisons de se réjouir », a commenté le Dr Luis Castelo-Branco, du département scientifique et médical de l'ESMO.

La question de la troisième dose se pose

Les données de l'étude CAPTURE[4] montrent que parmi les patients atteints d'un cancer ayant reçu deux doses du vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech ou du vaccin d'AstraZeneca (Vaxzevria), ceux (31% sur 585) qui avaient déjà contracté le Covid avant la vaccination avaient des taux plus élevés d'anticorps neutralisants, y compris pour le variant Delta.

Des données issues d'une étude prospective tchèque[5] corroborent cette observation : les patients ayant contracté le Covid avant la vaccination ont une bien meilleure réponse immunitaire après la première dose.

Se pose donc la question d'une troisième dose, dont un article récent du NEJM[6] montre qu'elle réduit l'incidence du Covid 19 et des formes sévères chez les personnes de 60 ans et plus. « Plus de données sont nécessaires pour savoir chez quels patients et quand ce boost vaccinal devrait être envisagé. Mais ce serait logique de mettre une priorité sur tous les patients avec une fonction immunitaire altérée, y compris les patients ayant un cancer » considère le Dr Luis Castelo-Branco.

En France, les populations éligibles à un rappel vaccinal depuis le mois de septembre 2021 sont les suivantes :

  • Les résidents des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et des Unités de soins de longue durée (au moins 6 mois après la vaccination complète) ;

  • Les personnes de plus de 65 ans (au moins 6 mois après la vaccination complète);

  • Les personnes à très haut risque de forme grave (dont les patients atteints de cancers et de maladies hématologiques malignes en cours de traitement par chimiothérapie) (au moins 6 mois après la vaccination complète) ;

  • Les personnes présentant des pathologies facteurs de risque de forme grave, selon la classification établie par la Haute Autorité de Santé (dont les cancers ou hémopathie maligne) (au moins 6 mois après la vaccination complète);

  • Les personnes sévèrement immunodéprimées (entre 3 et 6 mois après la vaccination complète);

  • Les personnes ayant reçu le vaccin Covid-19 Janssen (4 semaines après la première dose).

 

Crédits image de Une : EvgeniyShkolenko via Getty

 

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