Le sunitinib, nouveau traitement de première ligne d’un cancer neuroendocrine rare

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

23 septembre 2021

Virtuel – Chez les patients atteints de formes avancées de phéochromocytomes et de parangliomes (PPGLs), des tumeurs neuroendocrines, un traitement par l’inhibiteur de tyrosine kinase sunitinib (Sutent®, Pfizer) permet de doubler le taux de survie sans progression à un an. C’est ce que révèle l’essai de phase 2 FIRSTMAPP, premier essai randomisé à évaluer un traitement contre ce cancer très rare, grâce à un collaboration au niveau européen qui a permis d’inclure 73 patients en huit ans.

Les résultats ont été présentés lors du congrès virtuel de la Société européenne d’oncologie médicale  (ESMO 2021)[1]. « Un tel niveau de preuve n’a jamais été atteint dans la prise en charge de ce cancer », a commenté le Dr Eric Baudin (Institut Gustave Roussy, Villejuif), principal auteur de l’étude, au cours de sa présentation en ligne. « Le sunitinib peut désormais être considéré comme le traitement de première ligne dans cette indication. » 

 
Un tel niveau de preuve n’a jamais été atteint dans la prise en charge de ce cancer. Dr Eric Baudin
 

Invitée à commenter ces résultats à la fin de la présentation, le Dr Rocio Garcia-Carbonero (hospital Universitario Doce 12 de Octubre, Madrid, Espagne) a rappelé que l’essai a été conçu pour vérifier le bénéfice présumé du sunitinib dans la prise en charge de ce cancer. « Ce n’est pas suffisant pour confirmer de manière définitive l’intérêt de ce traitement, mais une étude de phase 3 n’est pas envisageable » avec un cancer si rare.

Elle a d’ailleurs salué l’effort fourni par les équipes pour obtenir ces résultats après près de dix années de recherche académique. Cet essai clinique, porté par l’Institut Gustave Roussy, a impliqué 15 centres experts de quatre pays européens (Allemagne, France, Italie et Pays-Bas).

Moins d’un cas pour un million d’habitants

Les phéochromocytome et paragangliomes (PPGLs) sont des tumeurs dérivées des cellules chromaffines, présentes dans les glandes médullo-surrénales et dans les paraganglions du système nerveux sympathique. Il s’agit d’un cancer neuroendocrine rare, avec une incidence pour les formes progressives de moins d’un cas par an pour un million d’habitants.

En l’absence de données suffisantes, il n’existe pas à ce jour de standard thérapeutique validé dans cette pathologie. La chirurgie reste la seule option curative. A un stade avancé, une chimiothérapie par cyclophospamide-vincristine-dacarbazine (CVD) est l’approche couramment employée, mais ce schéma ancien, en plus de ne pas avoir été correctement évalué dans cette indication, est mal toléré.

Le sunitinib est un inhibiteur du récepteur tyrosine kinase présentant une activité anti-angiogénique et anti-tumorale. Les cas de phéochromocytome ou paragangliome malins ont été associés à une sur-expression de certains récepteurs impliqués dans l’angiogénèse (VEGF, PDGF…), d’où l’idée d’utiliser le sunitinib dans le traitement des formes avancés.

Après des données précliniques concluantes avec ce médicament, le Dr Baudin et ses collègues ont lancé en 2011 l’essai FIRSTMAPP,  premier essai randomisé international à évaluer un traitement dans cette indication. Au total, 15 centres experts européens, dont 8 en France, ont été impliqués dans cet essai clinique.

En huit ans, ils ont pu inclure 73 patients avec un PPGL malin progressif non résecable. Ils étaient âgés en moyenne de 53 ans. Ils ont été randomisés en double aveugle pour recevoir, soit le sunitinib (37,5 mg/jour en continu), soit un placebo. En cas de progression de la maladie sous placebo, les patients étaient mis sous sunitinib.

Gain de 5,2 mois de survie sans progression

Après un suivi d’une durée médiane de 27,2 mois, les résultats montrent que le taux de survie sans progression à un an, critère de jugement principal, est quasiment doublé chez les patients sous sunitinib, avec un taux de 35,9% (n=14), contre 18,9% dans le groupe contrôle. La médiane de survie sans progression était respectivement de 8,9 mois et 3,6 mois.

Le taux de réponse objective (proportion de patients dont la tumeur ne régresse pas ou n’évolue pas) sous sunitinib est de 31%. En considérant uniquement les patients présentant la mutation SDHB (un tiers des patients inclus), associée à une activité accrue de la voie angiogénique, ce taux de réponse objective passe à 50%.

Concernant la tolérance, le sunitinib est associé à un taux légèrement supérieur d’effets secondaires sévères (54% des patients traités, contre 49% dans le groupe placebo), en majorité représentés par une hypertension (10% contre 6%) et de l’asthénie (18% contre 3%).

« L’étude montre que le sunitinib à 37,5 mg/jour est toléré. On sait aussi que deux-tiers des patients atteints de PPGLs ont de l’hypertension en raison des niveaux élevés en hormones [le cancer induit une hausse des catécholamines à l’origine d’une hypertension artérielle secondaire, ndr] », rappelle le Dr Baudin, ce qui amène à relativiser l’hypertension induite par le médicament.

Le Dr Baudin a déclaré des liens d’intérêt avec IPSEN, Novartis, Pfizer et Hutchinson Pharma.

Le Dr Garcia-Carbonero a déclaré des liens d’intérêt avec Advanz Phrma, Amgen, Bayer, BMS, HMP, Lilly, Merck, MSD, Novartis, Pfizer, Servier et Sanofi.

 

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