A la vie, à la mort : pourquoi l’oncologie rayonne chez les internes

Christophe Gattuso

Auteurs et déclarations

22 septembre 2021

3e cycle - S’il fallait une preuve… Les 121 postes d’internat ouverts cette année en oncologie sur les quelque 8500 offerts aux candidats des épreuves classantes nationales (ECN) ont tous été très vite pourvus lors de la procédure de choix qui a pris fin vendredi 17 septembre (entre le 76e et le 4788e rangs). L’oncologie figure en bonne place parmi les DES qui ont les faveurs des étudiants – elle était la 8e spécialité la plus attractive sur les 44 proposées, si l’on se base sur le rang moyen de choix, selon le classement réalisé l’an dernier par What’s Up Doc.

Une discipline éprouvante…

Sur le papier, la discipline a pourtant de quoi faire hésiter. Le cursus est long, avec un DES de 5 ans, auquel s’ajoute très souvent une année de master 2 de recherche, sésame indispensable pour devenir chef de clinique ou assistant. Le volume horaire est important (53 heures hebdomadaires, selon une récente enquête de l’ISNI), et la charge psychologique lourde, les internes étant confrontés à des pathologies cancéreuses au pronostic souvent défavorable et au spectre omniprésent de la mort de leurs patients.

…mais en perpétuel mouvement

Il n’empêche, l’oncologie jouit d’une belle image. Au carrefour de la biologie, de l’imagerie et des soins palliatifs, la spécialité requiert beaucoup de qualités humaines, de bonnes connaissances en sciences fondamentales et se caractérise par une évolution permanente des traitements. Ce dynamisme de la discipline n’est pas pour rien dans l’attraction exercée sur les internes. Aussi éprouvant soit-il, le métier est considéré comme gratifiant par les intéressés (Deux internes en oncologie témoignent, voir fin de texte).

Onco méd ou radiothérapie, une option précoce à choisir

Particularité de ce cursus, les internes doivent choisir au terme de leur première année de DES une option précoce entre l’oncologie médicale et la radiothérapie après un semestre dans chacune des deux disciplines. « Dans les villes où il y a des postes, il y a environ 60% de places en onco méd pour 40% en radiothérapie », indique Natacha Naoun en 10e et dernier semestre à Nancy, qui préside l’Association Aerio, qui représente les internes en oncologie médicale. Pendant les trois ans de phase d’approfondissement, les internes doivent obligatoirement réaliser deux stages dans leur spécialité (oncologie médicale ou radiothérapie). Mais la formation privilégie aussi l’ouverture avec deux semestres à choisir dans d’autres disciplines (anapath, biomédecine, gériatrie, hématologie, médecine interne, radiologie, médecine nucléaire, réanimation) et un stage libre. L’internat se termine par deux stages dans l’option choisie.

« La place de l’oncologue est centrale car c’est un peu lui qui coordonne la réflexion de toute l’équipe médicale, il a une vision globale au carrefour du soin, du diagnostic et des soins de support », explique Natacha Naoun à Medscape édition française.

Dans les pas des Curie

Aux côtés des oncologues médicaux interviennent les radiothérapeutes (environ 800 en exercice en France), spécialistes médico-techniques. « Nous sommes les héritiers de Pierre et Marie Curie, résume le Dr Luc Ollivier, président du Syndicat français des jeunes radiothérapeutes oncologues (Sfjro). Pendant le 3e cycle, les internes apprennent l’histoire naturelle des cancers, les indications de radiothérapie, la prise en charge et le suivi des malades irradiés. Ils se forment aussi à une autre partie plus chirurgicale, qui consiste à délivrer une énergie au sein de la tumeur pour la détruire en épargnant les tissus autour, dans le cadre d’un traitement personnalisé », précise-t-il pour Medscape édition française.

Aussi riche soit-il, cet apprentissage théorique des internes à la prise en charge médicale ou par radiothérapie des patients atteints de cancer pèche parfois lorsqu’il s’agit d’annoncer une mauvaise nouvelle. « Le volet humain n’est pas très présent dans notre cursus mais nous y sommes beaucoup formés lors des stages, explique Natacha Naoun. Nous sommes de plus en plus accompagnés par des enseignements en simulation, avec des situations d’annonce devant des acteurs, mais aussi, avec un encadrement par des psychologues. »

Une spécialité d’avenir

Une chose est sûre, à l’avenir les cancérologues ne manqueront pas de travail, qu’ils exercent dans un établissement (CHU ou hôpital de périphérie), un centre de lutte contre le cancer, ou en libéral. Chaque année, près de 400 000 nouveaux cas de cancer sont estimés en France (382 000 en 2018, selon les dernières statistiques rendues publiques par Santé Publique France). Les cancers sont la première cause de décès chez les hommes, la deuxième chez les femmes. « Les besoins de la population vont aller grandissant en oncologie, du fait d’un meilleur dépistage et car nos patients vivent de plus en plus longtemps », conclut Natacha Naoun.

TEMOIGNAGES

« Ce métier accorde une place importante à l’interaction avec le patient » Yazid Abouelfattah

Yazid Abouelfattah

Classé 186e aux dernières ECN, Yazid Abouelfattah, 23 ans, a opté pour l’oncologie à Tours ou il a suivi son externat. Il décidera à la fin de cette première année de DES s’il se spécialise en oncologie médicale ou en radiothérapie.

« Le choix de l’oncologie s’est imposé naturellement. Pendant mon externat, j’ai réalisé trois stages de 6 semaines à temps plein dans des services d’oncologie au CHU de Tours (un en radiothérapie, un en oncologie médicale et un en oncologie pédiatrique).

Deux choses m’intéressent dans cette discipline : sa transversalité mais aussi son côté scientifique. L’oncologie est l’un des domaines les plus dynamiques du monde de la recherche, avec une évolution rapide des pratiques, des protocoles de plus en plus affinés et adaptés aux différents patients apportant un réel gain sur les pronostics. Etre oncologue, c’est rester médecin, prescrire des traitements, suivre des complications, parler de sujets lourds, faire face à la mort.

Je trouve ce métier gratifiant. Il accorde une place importante à l’interaction avec le patient. On traite des maladies à pronostics souvent sombres. Cela m’a fait peur au début mais au fur et à mesure des stages, j’ai éprouvé de l’intérêt pour la problématique de l’annonce d’un cancer, pour la psychologie clinique à laquelle nous sommes peu formés pendant notre cursus.

Se retrouver face à un enfant atteint d’un cancer au pronostic effroyable est difficile à appréhender. Ces situations ne s’improvisent pas. Une consultation d’annonce de leucémie aigüe à une patiente de 10 ans m’a particulièrement marqué. C’était un moment chargé en émotion, compliqué pour la famille et pour le médecin.

Pour faire face, il faut être empathique, savoir écouter, rassurer, en évitant tout transfert. L’oncologie, ce sont aussi les soins de support et les soins palliatifs que j’ai d’abord considérés comme un échec de la médecine. Or, j’ai vu en stage tout ce que l’on pouvait faire pour bien accompagner les gens en soins palliatifs. »

« Dans notre spécialité, on ne s’ennuie jamais » Emily Alouani

Emily Alouani

Après 4 années de DES, Emily Alouani, 29 ans, a pris une année de césure pour suivre un master 2 de recherche à l’université Columbia de New-York. L’interne en oncologie médicale toulousaine ambitionne d’avoir un exercice hospitalier et de mener des travaux de recherche sur le cancer du pancréas.

« J’ai voulu devenir oncologue avant même d’avoir démarré mes études. La cancérologie m’a toujours attirée. C’est une spécialité qui évolue sans cesse et où on ne s’ennuie jamais.

De plus, j’apprécie les interactions avec les autres spécialités, la prise en charge coordonnée et les réunions multidisciplinaires. Cette spécialité, il ne faut pas se le cacher, est aussi très dure.

On a tous vécu un moment difficile à un moment de l’internat où l’on s’est attaché à un patient. Mon premier stage en oncologie digestive m’a profondément marquée. J’ai été touchée de voir que des patients atteints d’un cancer du pancréas au début de mon stage n’étaient plus là à la fin.

On arrive en voulant sauver tout le monde. Or, être oncologue, c’est aussi accepter que les gens puissent mourir et agir pour permettre aux patients concernés d’avoir une fin de vie confortable. L’oncologie est très exposée au burn-out avec un temps de travail et un engagement importants.

Ecouter le patient ne se fait pas en 5 minutes. Il n’est pas rare de faire des journées de 12 heures. D’où l’extrême importance de ne pas s’isoler et de communiquer entre nous. Ce que permettent les nombreuses associations d’internes comme l’association grand sud des internes en oncologie (Asio) dont je fais partie. »

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....