COVID-19 : l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn mise en examen

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

14 septembre 2021

Paris, France — Après une audition qui aura duré 9h30 vendredi 10 septembre, le parquet général de la Cour de justice de la République (CJR) a décidé de mettre en examen le Dr Agnès Buzyn, ministre de la Santé entre 2017 et mi-février 2020, pour « mise en danger de la vie d'autrui » dans le cadre de la gestion de la crise Covid-19, selon l'AFP[1].

Agnès Buzyn est aussi placée sous le statut de témoin assisté pour « abstention volontaire de prendre les mesures propres à combattre un sinistre ».

Ce délit, passible de 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende, punit « quiconque s’abstient volontairement de prendre ou de provoquer les mesures permettant, sans risque pour lui ou pour les tiers, de combattre un sinistre de nature à créer un danger pour la sécurité des personnes ».

Cette mise en examen intervient dans le cadre de l’ouverture d’une information judiciaire par le parquet général de la Cour de cassation le 3 juillet 2020. L’enquête a mené notamment, en octobre 2020, à plusieurs perquisitions aux domiciles et bureaux d’Agnès Buzyn mais aussi du ministre de la santé, Olivier Véran, de l’ex-premier ministre Edouard Philippe, de Sibeth Ndiaye, ex-porte-parole du gouvernement, du directeur général de la santé, Jérôme Salomon, et de la directrice générale de Santé publique France, Geneviève Chêne.

Agnès Buzyn est la première personnalité publique inculpée dans ce dossier mais, selon le procureur général, 14 500 plaintes ont été déposées concernant notamment le manque d’équipements de protection pour les soignants et pour la population.

« Aujourd'hui c'est une excellente opportunité pour moi de m'expliquer et de rétablir la vérité des faits », a déclaré Agnès Buzyn vendredi matin avant son audition. « Je ne laisserai pas salir l'action du gouvernement, mon action en tant que ministre, alors que nous avons fait tant pour préparer notre pays à une crise sanitaire mondiale qui, je le rappelle, dure encore. »

Une nouvelle étape

L’ex-ministre, qui a quitté son poste pour briguer la mairie de Paris mi-février 2020, a déjà été interrogée sur la gestion du début de la crise sanitaire par la Commission d’enquête parlementaire en juin 2020. Elle avait alors été questionnée sur ses connaissances de la situation épidémique au début de la crise, son rôle d’alerte auprès du président et du premier ministre et la gestion des masques.

Devant la Commission, elle avait maintenu avoir averti l’Elysée et Matignon sur le « danger » potentiel du coronavirus dès le 11 janvier. Quant à la question de l’absence de stocks de masques, elle indiquait : « J’ai décidé, le 28 janvier, de constituer un stock d’État de masques FFP2 parce qu’il n’y en a pas, poursuit-elle. La doctrine de 2011 remet la responsabilité des masques FFP2 aux employeurs, aux hôpitaux, aux indépendants. Je me dis: « mieux vaut (en) commander sans savoir quels sont les besoins de terrain.» Vous ne pouvez pas dire que la commande n’a pas été précoce, se défend-elle. Le 14 février, il y a 44 cas en Europe.»

Quelques réactions à cette mise en examen

« Nul ne peut douter du sérieux et de l'engagement dont [Agnès Buzyn] a fait preuve aux premiers signes de l'épidémie. La France a pris très rapidement les mesures nécessaires », a réagi Matignon vendredi après l'annonce de la mise en examen.

« Ce n'est jamais bon de regarder le passé avec les informations d'aujourd'hui », a indiqué pour sa part Sarah El Haïry, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale, sur Franceinfo.

« Je ne partage pas cette volonté de tout mettre devant la justice, ça n'est pas comme ça qu'on fait de la politique », a commenté quant à lui Damien Abad, président du groupe LR à l'Assemblée nationale et député de l'Ain sur BFMTV.

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, de son côté, s’est dit « mal à l’aise » que l’on jette «un peu à la vindicte populaire des responsables politiques qui ont sans doute fait leur travail comme ils ont pu», dans une émission pour France Inter diffusée dimanche.

A l’inverse, Florian Philipot, fondateur de "Les Patriotes", ancien vice-président du Front national et fervent opposant au pass sanitaire s’est réjoui sur Twitter de cette mise en examen : « Bien ça bouge un peu ! Maintenant, au suivant ! Mais vigilance absolue : attention aux écrans de fumée ! ».

 

 

 

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