Sommet francophone de la migraine : la demande du remboursement des anti-CRGP, une nouvelle application, et plus

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

10 septembre 2021

Virtuel – A l’occasion du sommet francophone de la migraine qui se tiendra samedi 11 septembre à l’initiative de l’association de patients « la voix des migraineux », la présidente, Sabine Debremaeker et le Dr Jérôme Mawet, neurologue (centre d’urgence des céphalées, hôpital Lariboisière) ont rappelé ce qui définit la maladie migraineuse, qui concernerait environ 15% de la population (à des degrés divers). Au titre des nouveautés, la classe des médicaments anti-CGRP, dont deux médicaments sont disponibles en France mais toujours pas remboursés, au grand dam de l’association, et une application numérique, APO migraine, qui permet un échange facilité d’informations entre le patient et son médecin sur les crises (voir encadré).

Le samedi 11 septembre se tiendra en direct à 14h30 le Sommet francophone de la migraine à l’initiative de l’association de patients « la voix des migraineux » sous le patronage du Ministère des Solidarités et de la Santé. A l’occasion de cet événement gratuit et 100 % digital, trois experts francophones de la migraine se réuniront autour des thématiques suivants : C’est quoi la migraine ? Les mécanismes de la migraine, Les nouveaux traitements.

La migraine est une épreuve

Si l’on considère que près de 10,5 millions de Français connaissent dans leur vie des épisodes de migraine, on estime à 1,4 millions, ceux qui sont particulièrement impactés, c’est-à-dire les migraineux sévères (qui subissent plus de 8 jours de crise par mois) ou chroniques (plus de 15 jours de crise par mois), avec un pro rata de 3 femmes pour 1 homme, a rappelé Sabine Debremaeker. Pour ces 2 % de la population, la migraine est une épreuve, et nombre d’entre eux voient leur vie professionnelle et personnelle extrêmement perturbées, voire annihilées, au point de penser au suicide – et parfois de passer à l’acte, comme en a témoigné une patiente lors de la conférence organisée par l’association.

Un « cerveau intolérant aux changements »

La migraine est à distinguer des maux de tête. « Il existe plus de 200 types de maux de tête et la migraine est l’un d’entre eux, a expliqué le Dr Mawet. Elle se caractérise par le caractère répété des crises ». Autre particularité : cette céphalée s’accompagne souvent d’autres signes comme l’hypersensibilité à la lumière, au bruit, au mouvement et parfois de vomissements. Un tiers des patients présentent des auras, ces symptômes visuels et parfois sensitifs. D’autres expérimentent des prodromes comme une grande fatigue, une baisse du moral, des difficultés de concentration, autant de symptômes qui peuvent se retrouver aussi après la crise. On distingue des formes épisodiques, « ce sera 10 crises en 1 mois, en une année, en une vie » et des formes chroniques « quand il y a en un mois plus de jours avec des maux de tête que de jours sans », expose le neurologue. Le mécanisme en cause est une hyperexcitabilité neuronale, avec un seuil abaissé chez les migraineux, ce qui rend le « cerveau intolérant aux changements ». Des modifications de luminosité, de temps de sommeil, d’alimentation, de stress aussi bien que les variations hormonales sont autant de facteurs déclenchants.

Traitements de crise et de fond

Côté traitements, il en existe de deux types, les traitements de la crise ont pour but de bloquer la survenue de la crise. Ses représentants cardinaux sont les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les triptans, dont « le secret est la prise précoce », explique le spécialiste. En revanche, peu d’effet du paracétamol, et un risque d’aggravation par la prise trop fréquente d’anti-douleurs. « Le fait de prendre des anti-douleurs, quels qu’ils soient, plus de 10 à 15 jours par mois, aggrave la migraine en abaissant le seuil de déclenchement, d’où l’importance d’un suivi médical, d’abord par le médecin généraliste lequel pourra instaurer si nécessaire un traitement de fond puis, dans les cas les plus sévères, par un neurologue », précise le Dr Mawet. Enfin, le spécialiste conseille « d’éviter la codéine et les autres dérivés morphiniques qui, plus que les autres ont tendance à aggraver les migraines ».

A côté des traitements de la crise, des traitements de fond qui ont pour objectif de remonter le seuil de déclenchement de la douleur et de réduire la fréquence, l’intensité et la durée des crises. « Il s’agit la plupart du temps de médicaments détournés de leur indication principale comme les antidépresseurs, antihypertenseurs et antiépileptiques ».

Les anti-CGRP, très efficaces mais non remboursés

Parmi les tout nouveaux traitements, ceux ciblant le CGRP – une molécule impliquée dans la transmission de la douleur dans la migraine – sont très attendus des patients. Il en existe actuellement quatre, explique Sabine Debremaeker, dont deux commercialisés en France. Seize pays européens les remboursent mais pas la France. « Ces traitements pourraient pourtant soulager 45 000 migraineux sévères ou chroniques sans alternative thérapeutique, considère la présidente de l’association, laquelle, depuis le début de l’année 2021, a multiplié les initiatives pour faire avancer la demande de remboursement auprès des autorités compétentes.

Le Dr Mawet confirme, ces sont des traitements d’une grande efficacité, souvent qualifiée d’« extraordinaire » par les patients qui pour certains disent retrouver « une qualité de vie presque normale ». Ils sont, par ailleurs très bien tolérés, avec peu d’effets secondaires, si ce n’est la constipation et une légère somnolence, précise Sabine Debremaeker.  Malheureusement, « le facteur limitant est qu’on ne peut pas les proposer aux patients, sauf à payer 250/270 euros par mois », reconnait le Dr Mawet.

Parmi les nouveautés, le neurologue cite aussi les gépants, une autre famille de traitements spécifiques de la migraine pour le traitement des crises et le traitement de fond composée de molécules qui bloquent aussi le CGRP. « Disponibles dans certains pays, ils sont encore en phase d’évaluation chez nous, et n’ont pas d’autorisation en Europe ».

Apo Migraine : pour suivre l’évolution de ses crises et mieux les gérer

Migraineuse depuis plus de 15 ans et travaillant dans le digital, Céline Féron a mis ses compétences au service d’une cause qui faisait sens, explique-t-elle, en créant Apo Migraine, une application mobile téléchargeable gratuitement. L’idée : permettre aux patients de savoir comment leurs crises évoluent dans le temps, en un coup d’œil, puisque l’analyse est faite par l’application et rendue sous forme de graphique à partir des données rentrées par l’utilisateur (en moins de 30 secondes, selon la conceptrice). Autre avantage : la possibilité de partager des informations claires et précises avec le médecin lors de la consultation via l’envoi ou l’impression d’un rapport. Enfin, « l’appli permet d’apprivoiser sa maladie ou d’apprendre à la connaitre avec des modules d’éducation thérapeutique ». Disponible depuis 6 mois, Apo Migraine rend « le parcours de consultation plus serein pour le migraineux » et « facilite les échanges avec le médecin généraliste ou le spécialiste », explique sa créatrice.

Crédit photo : Getty Images

 

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