Attentats du 11 septembre : 20 ans après, comment se portent les survivants ?

Ryan Syrek avec Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

10 septembre 2021

Etats-Unis — Vingt ans après les attaques contre le World Trade Center (WTC) et le Pentagone, les problèmes de santé qui touchent les survivants et les premiers intervenants sur les lieux restent au centre des préoccupations. Grâce au programme de santé du WTC, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) continuent de suivre les maladies et les affections associées au 11 septembre. Plus de 80 000 premiers intervenants et plus de 30 000 survivants étaient inscrits au programme au 30 juin 2021.

En plus des maladies les plus fréquemment rapportées, illustrées sur l'infographie ci-dessous, une augmentation des maladies du foie a également été signalée.

Une toxicité hépatique

L'exposition aux produits chimiques, à la poussière et aux particules en suspension retrouvées sur le site du WTC a induit une hépatotoxicité (association causale). Une étude récente a révélé que les intervenants qui sont arrivés le plus vite sur le site ont une prévalence significativement plus élevée de stéatose hépatique par rapport à ceux qui sont arrivés dans les jours qui ont suivi[1].

Selon l’auteur de l'étude, le Pr Artit Jirapatnakul, les résultats suggèrent que l'heure d'arrivée sur les lieux de la catastrophe peut s'avérer un facteur important pour prédire le risque de maladie du foie dans cette population et orienter le traitement en conséquence.

L'année dernière, une autre étude sur les maladies du foie survenue chez les premiers intervenants de terrain lors du 11 septembre a aussi révélé un risque élevé de stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD). L'examen rétrospectif de 236 premiers intervenants présentant des symptômes gastro-intestinaux a révélé que 195 (82,6 %) avaient une NAFLD, contre 24 % à 45 % de la population générale.

Des atteintes cardiovasculaires plus fréquentes chez les femmes

Sur le plan cardiovasculaire, la survenue d’une maladie CV a été évaluée lors d’une enquête réalisée auprès de 37 725 personnels de premier secours présents sur le site du WTC et exposés à des substances toxiques[2]. Il en ressort que ceux exposés le jour du 11 septembre présentaient un risque de MCV considérablement plus élevé que ceux y ayant travaillé par la suite, un constat aussi observé chez les pompiers de New York exposés au WTC. Le surrisque était principalement tiré par celui des femmes et survenait à un âge plus jeune que dans la population générale.

À ce jour, 6,3 % ont rapporté de nouvelles MCV. Les risques de survenue d’une MCV chez les hommes étaient de 1,40 ( [IC] à 95 % = 1,26, 1,56) chez ceux exposés au nuage de poussière et de 1,43 (IC à 95 % = 1,29, 1,58) chez les non exposés et ceux des femmes étaient respectivement de 2,16 (IC à 95 % = 1,49, 3,11) et 1,59 (IC à 95 % = 1,11, 2,27).

Un amincissement cortical inquiétant

Concernant les troubles neurologiques, une étude chez les premiers intervenants sur les lieux des attentats du 11 septembre souffrant de troubles cognitifs a révélé un amincissement cortical dans plusieurs régions du cerveau, y compris celles fréquemment touchées par la maladie d'Alzheimer.

La première étude de neuroimagerie structurelle menée dans cette population (n=99) suggère la présence d’une maladie neurodégénérative chez les personnes affectées[3]. Chez les personnes présentes sur le site du WTC, qu’elles soient atteintes de troubles cognitifs ou non, l'épaisseur corticale était réduite dans les cortex entorhinal et temporal par rapport aux seuils habituels ; mais l’amincissement était plus important chez les personnes atteintes de troubles cognitifs. L’ampleur était similaire à celle généralement observée chez les patients atteints de démence et pourrait être le signe d’une démence à un stade précoce, survenant en milieu de vie.

Un impact toujours important sur la santé mentale

Les attentats du 11 septembre ont également continué d'affecter la santé mentale, car l’événement a induit de graves problèmes psychologiques pour un grand nombre des personnes directement affectées et d'autres. Comme le technicien d’urgence médical (TUM) Guy Sanders l'a récemment déclaré à l'Associated Press, « Vous avez des gens qui vous disent : « [Le 11 septembre] c’était il y a longtemps. Passe à autre chose  ». Mais c'est un traumatisme.  « Comme beaucoup d'autres, Guy Sanders dit avoir rejoint un groupe de soutien. « Ce n'est pas quelque chose qui doit être dépassé. C'est quelque chose qui doit être pris en charge », souligne-t-il.

D'autres survivants voient des parallèles avec la pandémie actuelle. John Feal, ouvrier du bâtiment dont le pied a été écrasé par une poutre en acier lors de l'attaque du WTC, a été diagnostiqué avec le Covid-19 l’année dernière et a survécu. Il voit un lien entre le 11 septembre et la pandémie en ce sens que la réponse aux deux implique une résilience communautaire et collective accrue. Il y a vingt ans, les yeux du monde étaient tournés vers les retombées des attentats du 11 septembre. Bien qu'un événement complètement différent ait maintenant capté l'attention du monde entier, les comparaisons font réfléchir.

70 % des pompiers intervenus au WTC souffrent de problèmes physiques ou mentaux

Selon un nouveau rapport du Fire Department of the City of New York (FDNY) portant sur la période de 2001 à 2021, plus de 70 % des 16 000 pompiers et prestataires de services médicaux d'urgence de la ville de New York qui sont intervenus sur les sites des attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont été diagnostiqués avec des problèmes de santé physique ou mentale en lien avec l’événement.

Le rapport du FDNY révèle que plus de 11 300 pompiers ont déclaré un problème de santé couvert par le programme de santé du World Trade Center, aux premiers rangs desquels, des maladies respiratoires, des cancers, des syndromes de stress post-traumatique et le développement d’une toxicomanie.

Plus de 3 000 pompiers ont été diagnostiqués avec au moins un cancer, selon le rapport mais ce sont les affections respiratoires qui sont les plus fréquentes avec 40 % des pompiers exposés ayant au moins deux maladies respiratoires (RGO, sinusite, asthme, bronchite chronique, BPCO, emphysème).

Sur le plan de la santé mentale, la dépression et le TSPT sont les troubles les plus fréquents. Près de 20 ans après les attentats, 9 % des pompiers du FDNY répondent toujours aux critères du TSPT et 18 % d'entre eux à ceux de la dépression. Le rapport souligne que 98% des pompiers et prestataires de services médicaux d'urgence présents le 11 septembre ont connu au moins une personne décédée sur le site du WTC dont beaucoup étaient des proches. AL

Clinical trend publié initialement sur Medscape.com. Texte traduit et complété par Aude Lecrubier.

Crédit image : Anthony Correia / Employé via Getty

 

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