POINT DE VUE

Plus de myocardites liées au COVID qu’aux vaccins anti-COVID

Pr Ph Gabriel Steg

Auteurs et déclarations

7 septembre 2021

Le blog du Pr Gabriel Steg – Cardiologue

TRANSCRIPTION

Gabriel Steg Bonjour, aujourd’hui je voudrais vous parler des myocardites post-vaccination COVID. La myocardite, est une affection relativement rare – on estime qu’on diagnostique un à deux cas par million d’habitants et par an. Très vite, lorsque la vaccination massive contre le COVID a été mise en oeuvre, en particulier la vaccination à ARN messager, nous avons observé une fréquence accrue de myocardites, qui ont d’abord été rapportées comme des anecdotes et puis que, maintenant, nous arrivons à diagnostiquer assez bien.

Quelle incidence ?

Le Centre des maladies infectieuses d’Atlanta a fait des calculs et nous pouvons estimer qu’on retrouve environ 12 cas par million de doses de vaccin à ARNm chez les sujets qui ont entre 12 et 39 ans. La complication survient après la deuxième injection, en très grande majorité chez des hommes et elle survient beaucoup plus fréquemment chez des sujets jeunes. On estime que la fréquence est de l’ordre de 56 à 65 cas par million entre 12 et 17 ans, 45 à 56 entre 18 et 24 ans et 15 à 18 entre 24 et 39 ans.

Quelle présentation clinique ? Quelle évolution ?

Lorsqu’on regarde la présentation clinique, il y a toujours, pratiquement, une douleur précordiale, des anomalies de l’électrocardiogramme, une élévation de la troponine et des autres marqueurs myocardiques, et si on fait une IRM cardiaque, on va voir des images de myocardite assez typiques.

 
Ce sont des myocardites ou des myopéricardites dont la quasi-totalité est d’évolution remarquablement bénigne
 

Ce sont des myocardites ou des myopéricardites dont la quasi-totalité est d’évolution remarquablement bénigne, spontanément ou même sous traitement, que le traitement soit des anti-inflammatoires non stéroïdiens, des corticoïdes, de la colchicine, et qu’on ait ou qu’on n’ait pas donné des bêtabloquants et des IEC, comme cela se fait souvent dans les myocardites pour essayer de prévenir la survenue de dégâts myocardiques sans qu’on n’ait des preuves très solides du bénéfice de cette attitude.

 
Le mécanisme de ces myocardites n’est pas clairement connu, mais probablement doit faire intervenir des facteurs d’auto-immunité
 

Quel mécanisme ? Quel rapport bénéfice-risque chez les jeunes ?

Le mécanisme de ces myocardites n’est pas clairement connu, mais probablement doit faire intervenir des facteurs d’auto-immunité. Ce qui est important, c’est que ce sont des formes bénignes. Ce sont des formes qui guérissent massivement spontanément. Ce qui est intéressant, c’est de mettre en perspective les bénéfices et les risques du vaccin, parce qu’évidemment, si on dit « il y a des myocardites post-vaccinales, », cela effraye.

On peut faire le calcul assez simple que chez un sujet qui a entre 12 et 17 ans, qui est un garçon, il y aura, par million de personnes vaccinées, une cinquantaine de cas de myocardite. Si c’est une fille, il y aura une dizaine de cas de myocardite. On peut mettre en balance quelles sont les complications de ne pas être vacciné – si on n’est pas vacciné dans cette tranche d’âge, pendant la même période d’observation il y aura 8 500 infections par COVID, 183 hospitalisations, 38 hospitalisations en réanimation et un décès. Donc le rapport bénéfice-risque est assez favorable pour le vaccin.

Une analyse supplémentaire qui est parue il y a quelques jours dans le New England Journal of Medicine à partir des bases de données israéliennes montre même que la vaccination chez les sujets jeunes, chez les adolescents, la vaccination à ARNm anti-COVID va tripler le risque de survenue de myocardite dans les trois mois qui suivent. Comme le risque est très, très faible, trois fois un risque très, très faible, ça fait encore un risque très faible. Et ce qui est intéressant, c’est que l’infection par COVID va multiplier par 18 le risque de myocardite.

 
on a infiniment plus de chances de développer une myocardite si on n’est pas vacciné que si on est vacciné.
 

Autrement dit, on a infiniment plus de chances de développer une myocardite si on n’est pas vacciné que si on est vacciné.

Voilà, je crois que c’était important de mettre en perspective à la fois le rapport bénéfice-risque et les risques relatifs de développer une myocardite avec et sans vaccin. Le message essentiel, c’est que c’est une complication plutôt anecdotique qui touche les jeunes garçons et qui guérit spontanément.

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