POINT DE VUE

Cancer du col : un nouveau standard de soins

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

1er octobre 2021

Vidéo réalisée dans le cadre du partenariat Medscape/Société Française du Cancer

TRANSCRIPTION

Paris, France-- Bonjour et bienvenue sur le site de Medscape. Je suis le docteur Manuel Rodrigues, je suis oncologue médical à l’Institut Curie à Paris. Je vais vous parler aujourd’hui d’une étude importante qui a été publiée dans le New England Journal of Medicine et présentée au congrès de l’ESMO, qui concerne des patientes atteintes de cancer du col métastatique.

Dans la prise en charge du cancer du col métastatique, en première ligne, on va disposer d’une combinaison platine-taxol, éventuellement associée à du bévacizumab, et en seconde ligne, ce ne sera souvent que des monothérapies de chimiothérapie, et avec des taux de réponse extrêmement faibles, un bénéfice clinique très limité.

L’essai clinique, le KEYNOTE-826 , posait une question pragmatique, question qu’on a déjà vue dans le développement de la drogue dans d’autres localisations, qui est de savoir si le pembrolizumab ajoute quelque chose au traitement de référence.

Toutes les patientes étaient traitées par le traitement de préférence – platine, taxol, plus ou moins bévacizumab selon la pratique – auquel on rajoutait pembrolizumab ou placebo.

Et l’analyse primaire concernait les patientes qui avaient une tumeur avec un score CPS supérieur ou égal à 1, qui, donc, est un reflet de l’expression de PD-L1.

Cette analyse était positive en PFS, puisqu’on passait d’environ 8 mois à environ 10 mois, avec un hazard ratio à 0,6.

La seconde analyse était faite dans la population globale en intention de traiter de toutes les patientes, donc de 0 à X de CPS. Dans cette population-là, il y avait également un bénéfice avec les mêmes ordres de grandeur, c’est-à-dire 8 à 10 et un hazard ratio proche.

Une autre analyse chez les plus de 10 de CPS a montré encore une fois exactement les mêmes chiffres – 8 à 10 mois de bénéfice.

Pour les patientes de CPS entre 0 et 1 : pas de bénéfice

Attention – encore une fois, comme souvent dans ce développement KEYNOTE, ils ont fait l’analyse des plus de 10, des plus de 1 et de la totalité, mais il n’y a pas eu l’analyse des patientes entre 0 et 1. Et quand on regarde l’analyse de sous-groupe, les patientes entre 0 et 1, on ne retrouve pas de bénéfice. Il faudra faire attention à cela, puisqu’il y a déjà eu ce problème-là dans d’autres localisations tumorales et la sanction a été une AMM qui a été limitée aux plus de 1 ou, en tout cas, à un certain seuil, avec le fait de retirer les patientes qui sont inférieures à ce chiffre. Donc, là, c’est un véritable risque pour la suite du développement de la drogue.

En termes d’efficacité, toujours, il y a un bénéfice en survie globale dans ces populations, un bénéfice qui est très significatif, puisqu’on passe, en survie globale dans la population totale à 24 mois, donc à deux ans – de 40 % à 50 % de patientes vivantes, ce qui est majeur.

En termes de tolérance, une excellente tolérance, comme on peut s’en douter, comme on le sait par d’autres essais cliniques – il n’y avait pas de surrisque particulier d’effets secondaires, en tout cas, ce n’était pas cliniquement significatif.

Quelles perspectives ?

En résumé, on a ce médicament, cette combinaison, qui va clairement s’imposer dès la première ligne métastatique pour ces patientes.

Une vraie question va se poser pour le futur, puisque cet anti-PD-1 va arriver en combinaison en première ligne au même moment où arrivent en deuxième ligne et suivantes deux autres anti-PD-1/PD-L1, que sont le cemiplimab et le balstilimab. Ces deux essais cliniques viennent d’annoncer leur positivité au moins en deuxième ligne, mais ils vont se faire couper l’herbe sous les pieds par la combinaison avec platine/taxol/pembrolizumab, et on se posera la question à savoir ce qu’on pourra faire, derrière.

Ce qu’on pourra faire, derrière, ça ne sera peut-être pas de rechallenger par un anti-PD-1, et ça pourrait être la piste de la combinaison anti-PD-1/anti-CTLA4. Cette piste est développée avec différentes combinaisons, que ce soit le nivolumab/ipilimumab ou le balstilimab avec le zalifrélimab, mais c’est aussi, probablement, un anticorps drogue-conjugué dirigé contre le facteur tissulaire, qui vient d’obtenir son AMM aux États-Unis, tisotumab védotin, qui est probablement très intéressant et qui, pour l’instant, va se positionner en deuxième ligne et plus.

Et l’avenir, encore, ne sera pas de s’arrêter à cette première ligne métastatique, mais d’apporter les anti-PD-1 en première ligne thérapeutique, en particulier pour les cancers du col localement avancés, des combinaisons avec de la radiothérapie, de la chimiothérapie, dès la première ligne. C’est probablement cette stratégie qui se développera dans le futur avec plusieurs essais cliniques en cours ou qui sont en train de se terminer.

Voilà. À bientôt sur le site de Medscape.

Voir tous les blogs du Dr Rodrigues ici.

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