POINT DE VUE

La pandémie de COVID-19 ne doit pas faire oublier celle du VIH

Pr Gilles Pialoux

Auteurs et déclarations

1er décembre 2021

TRANSCRIPTION/ADAPTATION (vidéo enregistrée le 28 novembre 2021)

Bonjour. Gilles Pialoux. Je suis ravi de vous retrouver sur Medscape France. Je suis infectiologue à l’hôpital Tenon, à Paris dans le 20e, et professeur à Sorbonne université.

On est censé, en ce 1er décembre, se concentrer sur la lutte contre le SIDA, puisque c’est la journée mondiale. Evidemment, cette pandémie, qui est la deuxième pandémie mondiale – celle du sida – qui « fête » ses 40 ans cette année et qui a entraîné dans son sillage 36 000 000 de décès est invisibilisée par la crise du COVID actuelle et les nouveaux variants qui sont sortis, notamment le variant Omicron (voir le blog).

Mais, il faut aussi se reconcentrer sur cet impact très négatif de la crise du COVID sur la lutte contre le SIDA comme, d’ailleurs, sur la lutte contre le cancer et d’autres pathologies.

Les chiffres de Santé Publique France qui sont l’objet d’un numéro spécial du bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) daté du 30 novembre peuvent être analysés.

Moins de diagnostics

La première leçon à tirer de cet impact négatif, c’est que le chiffre de nouvelles découvertes de séropositivité est en baisse en 2020. C’est malheureusement une mauvaise nouvelle, puisque c’est lié essentiellement au déficit de dépistage, déficit de dépistage qui a conduit à un chiffre de 4 856 nouveaux diagnostics de VIH en 2020 contre environ 6 000 depuis l’année 2012 à 2018 – il y avait une petite inflexion qu’on avait observée en 2018, de 7 %, sur l’effet des outils de prévention, mais tout ça, évidemment, a été balayé en 2020 par le déficit de dépistage.

Moins de dépistage

L’autre élément que l’on peut distinguer, c’est que la carence de dépistage liée à la crise COVID touche essentiellement les populations les plus précaires et, notamment, les hétérosexuels nés à l’étranger et les HSH nés à l’étranger.

On a aussi une quantification de ce nombre de dépistages : en 2019, il y avait environ 6 000 100 de tests pratiqués et on est à 5 243 000 en 2020.

Quand on regarde la proportion de positifs, on était à 10 000 positifs avant la crise COVID et 8 522 tests positifs en 2020– puisque cela tient compte, aussi, du nombre de gens qui ont déjà été dépistés.

Plus de stades tardifs

Et les mauvaises nouvelles peuvent aussi s’enchaîner…

Le taux de personnes diagnostiquées à un stade tardif (entendez < 200 T4 au stade SIDA) a augmenté, évidemment pour les raisons que vous imaginez. Il est actuellement à 30 %, alors qu’il était à 26 % avant la crise du COVID.

Plus de connaissances sur les usagers de drogues séropositifs

Il y a d’autres informations dans ce numéro du BEH qui sont tout à fait intéressantes. Une étude sur les années 2016-2019 concerne les usagers de drogues (qui ne représentent que 0,8 % de l’ensemble des découvertes de séropositivité). L’analyse de l’équipe de Marie Jauffret-Roustide, de l’INSERM, montre que cette population d’usagers de drogues séropositifs a tendance à vieillir, à avoir une plus grande précarité, à être plus souvent sans profession. Aussi, on observe une forte poussée des usagers de drogues venant d’Europe de l’Est, ce qui, évidemment, nécessite des politiques de dépistage adaptées et internationales.

PrEP, TasP : des outils de prévention encore trop méconnus

Autre élément de non-satisfaction – voire d’inquiétude – le fait que les outils de prévention qui ont été développés depuis maintenant une décennie, notamment le traitement comme outil de prévention (TasP) et la PrEP, sont assez méconnus.

Un sondage récent chez les médecins et les pharmaciens a montré qu’un praticien sur deux, environ, n’avait pas connaissance du TasP ou de la PrEP et ne faisait pas la différence entre les 2.

Le TasP (Treatment as Prevention) ou traitement antirétroviral comme prévention, signifie qu’une personne séropositive pour le VIH qui a une charge virale indétectable depuis 6 mois sous traitement efficace et qui est observante de son traitement et du suivi médical ne transmet plus le virus.

L a PrEP (Prophylaxie pré-exposition) s’adresse aux personnes qui n’ont pas le VIH et consiste à prendre un médicament afin d’éviter de se faire contaminer. 

Dans ce BEH, figure une analyse d’Annie Velter (Santé Publique France). L’enquête s’est adressée à des hommes ayant eu au moins une fois un rapport sexuel avec un autre homme. Sur 14 706 répondants, 60,5% des répondants connaissaient le TasP. Cette connaissance s’élevait à 92% pour les répondants séropositifs et 58% pour les séronégatifs ou de statut inconnu.

Il y a donc effectivement des messages qui sont encore et encore à faire passer, car ces outils sont extrêmement efficaces et on espère qu’il y aura une petite fenêtre de tir pour la communication sur le SIDA dans cette période assez trouble.

 

Voir tous les blogs du Pr Pialoux ici

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....