Sel : des taux sériques dans la norme haute liés à un risque d’insuffisance cardiaque ultérieure

Marlene Busko

Auteurs et déclarations

27 août 2021

Virtuel – Un taux de sodium sérique « normal-haut » à la quarantaine est associé à un risque accru d'hypertrophie ventriculaire gauche – un précurseur de l'insuffisance cardiaque (IC) – et d'IC elle-même, à un âge plus avancé, selon une analyse de l’étude Atherosclerosis Risk in Communities (ARIC) présentée sous forme de eposter lors du congrès de l’European Society of Cardiology (ESC 2021)[1].

Comparativement aux adultes âgés de 44 à 66 ans de l'étude ARIC qui ont un taux de sodium sérique normal, ceux ayant des taux de 142 à 146 mmol/L étaient plus susceptibles d'avoir une hypertrophie ventriculaire gauche ou une IC lorsqu'ils avaient 70 et 80 ans, indépendamment des autres facteurs de risque.

« Notre étude suggère que le maintien d'une bonne hydratation peut empêcher ou au moins ralentir les modifications cardiaques qui conduisent à l'insuffisance cardiaque », indique l’auteure principale de l’étude, le Pr Natalia Dmitrieva (National Heart, Lung, and Blood Institute, National Institutes of Health, Bethesda, Etats-Unis) dans un communiqué de l'ESC.

Cela « suppose que tous les adultes devraient boire huit à dix verres [quotidiennement] et maintenir une faible consommation de sel », explique la chercheuse dans un e-mail à theheart.org | Medscape Cardiology.

Cependant, les gens ne devraient pas se fier uniquement à la soif, avertit-elle, en particulier lorsqu’on avance en âge et que la sensation de soif commence à se détériorer.

Le taux normal de sel dans le sang est généralement établi entre 135 et 146 mmol/L et cette étude n'a inclus que des patients avec des niveaux de sodium dans cette norme, afin d'exclure au maximum les patients atteints de maladies génétiques ou d’anomalies du bilan eau-sodium, précise le Pr Dmitrieva.

Plus de 15 000 adultes suivis pendant 25 ans

Pour étudier la relation entre le sodium sérique, l'hydratation et l'insuffisance cardiaque future, le Pr Dmitrieva et ses collègues ont analysé les données de 15 792 adultes de l'étude ARIC âgés de 44 à 66 ans à l'entrée dans l'étude, avec des taux de sodium sérique compris entre 135 et 146 mmol/L.

Les participants ont été évalués sur cinq visites jusqu'à ce qu'ils atteignent 70 à 90 ans.

Ils ont été répartis en quatre groupes en fonction de leurs taux moyens de sodium sérique lors des deux premières visites (menées au cours des 3 premières années) : 135 à 139,5 mmol/L, 140 à 141,5 mmol/L, 142 à 143,5 mmol/L, et 144 à 146 mmol/L.

Les chercheurs ont déterminé la part de personnes dans chaque groupe qui a développé une insuffisance cardiaque et une hypertrophie ventriculaire gauche lors de la cinquième visite (25 ans après l’entrée dans l'étude).

Les patients présentant des taux de sodium sérique plus élevés présentaient un risque significativement plus élevé d'IC ​​et d'hypertrophie ventriculaire gauche, après ajustement pour d'autres facteurs de risque, notamment l'âge, la pression artérielle, la fonction rénale, le cholestérol sanguin, la glycémie, l'indice de masse corporelle, le sexe et le statut tabagique.

Chaque augmentation de 1 mmol/L de la concentration sérique de sodium à la quarantaine était associée à une probabilité accrue de 1,20 et 1,11 de développer une hypertrophie ventriculaire gauche et une IC, respectivement, 25 ans plus tard.

Les résultats suggèrent qu'un taux de sodium sérique de 142 à 146 mmol/L, qui ne serait pas signalé comme anormal par un laboratoire d’analyse, « peut être utilisé par les médecins comme un signe avant-coureur » d'un risque accru d'IC​, souligne le Pr Dmitrieva.

 
Suggèrent qu'un taux de sodium sérique de 142 à 146 mmol/L...peut être utilisé par les médecins comme un signe avant-coureur » d'un risque accru d'IC. Pr Natalia Dmitrieva
 

Les médecins doivent expliquer ce risque aux patients et leur conseiller de boire au moins 2 L par jour. Cependant, les gens ne devraient pas essayer de réduire leur taux de sodium en buvant plus de 2 à 3 L par jour, avertit-elle, car cela peut être nocif et même mortel. Ils doivent consulter leur médecin.

« Davantage d'études sont nécessaires pour déterminer quelle proportion de personnes ayant un sodium sérique d’au moins 142 mmol/L doivent ce niveau [de sodium sérique] au fait qu'elles ne boivent pas assez et seront en mesure de le réduire en buvant systématiquement 2 à 2,5 L par jour », déclare le Pr Dmitrieva.

« Il est probable que, pour certaines personnes, d'autres facteurs liés à la génétique ou à des maladies affectant l'équilibre eau-sel puissent être à l'origine de l'augmentation de leur taux de sodium sérique », précise-t-elle.

Surveiller l’hydratation 

« Une donnée importante de cette étude est que les taux de sodium considérés comme normaux peuvent également être délétères », indique le Dr Jacob Joseph (directeur du programme d'insuffisance cardiaque, VA Boston Healthcare System), qui n’a pas participé à l’étude, à theheart.org/Medscape cardiology dans un email.

 
Une donnée importante de cette étude est que les taux de sodium considérés comme normaux peuvent également être délétères. Dr Jacob Joseph
 

« Ces résultats sont comparables à ceux des études que nous avons menées sur l'insuffisance cardiaque avec fraction d'éjection préservée », souligne le Dr Joseph, qui est également professeur agrégé de médecine à la Harvard Medical School.

Nos études ont montré une courbe en U entre les taux de sodium sérique et la survenue d’effets indésirables, « indiquant une plage » optimale « de valeur de sodium sérique plus étroite que les normes de laboratoire », souligne-t-il.

L'étude de Dmitrieva et coll. est observationnelle et les résultats devraient être vérifiés dans un essai contrôlé randomisé, insiste le Dr Joseph. Cependant, ces travaux « confortent l'idée que même un niveau de sodium normal-élevé peut conférer un risque d'insuffisance cardiaque future ».

 
Ces travaux « confortent l'idée que même un niveau de sodium normal-élevé peut conférer un risque d'insuffisance cardiaque future. Dr Jacob Joseph
 

« Par conséquent, les patients doivent faire attention à bien s’hydrater », poursuit-il, et « les praticiens ne doivent pas supposer qu'un niveau de sodium de 142 mmol/L est bon. Ils doivent s'assurer que les patients font attention à boire ».

« Dans le mode de vie à cent à l’heure d'aujourd'hui, il est facile d'oublier de s’hydrater correctement », ajoute-t-il.

L'étude a été financée par le programme du National Heart, Lung, and Blood Institute. Les auteurs et le Dr Joseph n'ont aucun lien d’intérêt en rapport avec le sujet.

Cet article est paru initialement sur le site medscape.com sous l’intitulé 'High Normal' Sodium, Poor Hydration Linked to Heart Failure. Il a été traduit et adapté par Aude Lecrubier.

 

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