Cancers gynécologiques à l’ESMO 2021 : la sélection du Pr Penault-Llorca

Pr Frédérique Pénault-Llorca

Auteurs et déclarations

24 septembre 2021

Le Pr Frédérique Penault-Llorca (centre Jean-Perrin, Clermont-Fd) a sélectionné 4 études onco-gynécologiques, dont 3 dans les cancers associés au HPV, présentées au congrès de l’ESMO 2021.

  • ORéO : bénéfice de la réintroduction d’un inhibiteur de PARP chez des patientes prétraitées avec un cancer gynécologique.

  • KEYNOTE-826 qui évalue le pembrolizumab + chimiothérapie vs placebo + chimiothérapie dans cancers du col en rechute ou métastatiques : « une étude majeure pour la première ligne du cancer utérin »

  • EMPOWER-Cervical 1 : traitement en deuxième ligne par l’anti-PD1 cemiplimab (monothérapie) versus chimiothérapie au choix de l’investigateur après rechute.

  • Données sur l’efficacité du bintrafusp alpha chez des patients atteints de cancers associés au HPV

TRANSCRIPTION

Pr Frédérique Penault-Llorca ― Tout d’abord, l’étude OReO [NCT03106987], qui a été présentée par Eric Pujade-Lauraine, et qui évaluait l’intérêt à retraiter des patientes ayant reçu préalablement un inhibiteur de PARP, lors d’une rechute ultérieure, si les patientes sont toujours platine-sensibles après une remise en réponse complète ou partielle par les sels de platine. C’est vraiment une question clinique importante, c’est-à-dire : qu’est-ce qu’on fait de ces patientes qui sont platine-sensibles et qui ont répondu aux inhibiteurs de PARP lorsqu’elles sont stables sur la deuxième ligne avec des sels de platine ?

Dans cette étude, il pouvait y avoir tous les cancers ― ovariens, tubaires, du péritoine ― qu’ils soient BRCA muté ou BRCA non muté, avec une randomisation 2:1. L’inclusion était basée sur la durée de la première inhibition à un inhibiteur de PARP, c’est-à-dire que pour les BRCA mutés, c’était 18 mois après la première ligne de chimiothérapie et pour les BRCA non mutés, c’était 12 mois après la première ligne de chimio et 6 mois après la deuxième ligne de chimio. En fait, ces patientes allaient recevoir – si elles étaient en réponse partielle ou en réponse complète – un inhibiteur de PARP, en l’occurrence l’olaparib, versus un placebo.

Résultats : cette étude est positive, on a un bénéfice à la réintroduction d’un inhibiteur de PARP chez des patientes prétraitées par les inhibiteurs de PARP, avec un hazard ratio très élevé, à 0,4-0,5 selon le statu BRCA muté ou non. Tous les sous-groupes bénéficient de l’olaparib – c’est indépendant du statut BRCA, donc c’est quand même extrêmement intéressant. Et pour les tumeurs BRCA sauvages, non mutées, ils avaient regardé dans cette étude également le statut HRD, et il n’y a pas d’impact du statut HRD sur la réponse au rechallenge par l’olaparib.

Cette étude est, à mon avis, extrêmement importante pour la prise en charge, dans le futur, de nos patientes avec des cancers de l’ovaire platine sensibles, sensibles à une première ligne d’inhibiteurs de PARP, et elle répond à une question clinique importante.

J’ai sélectionné également trois études qui sont autour des cancers HPV. Les deux premières ont porté sur les cancers du col utérin et la dernière est pan-cancer HPV. Vous savez que la grande majorité des cancers du col de l’utérus sont liés à l’HPV, même si on voit une petite augmentation, mais qui est artificielle maintenant, des cancers non-HPV dans les pays où il y a une forte présence de la vaccination, mais une diminution des autres cancers.

  • KEYNOTE-826 [NCT03635567] : présentée en présentielle, c’est une étude de phase 3 pour les cancers du col en rechute ou métastatiques qui évalue le pembrolizumab + chimiothérapie versus placebo + chimiothérapie. Cette étude est vraiment sur la première ligne thérapeutique avec l’utilisation d’une immunothérapie. Il pouvait y avoir ou non du bévacizumab et les patientes étaient incluses quel que soit leur statut PD-L1, à partir du moment où il était surexprimé. Donc, on a vu dans cette étude que dans le bras qui recevait le pembrolizumab la survie sans progression médiane était de 10,4 mois dans le bras expérimental contre 8,2 mois dans le bras standard lorsque le CPS, qui est le score qui combine la positivité des cellules tumorales et des cellules immunes était supérieur ou égal à 1 – 90 % des patientes avaient ce CPS > 1. En fait, c’était quasiment les mêmes chiffres lorsque le CPS était supérieur ou égal à 10, alors, pourquoi on regardait cette différence ? Parce que ce sont des scores qu’on utilise dans le cancer du sein, et on avait vu qu’il y avait des données meilleures lorsque le CPS était > 10 – ce n’est pas le cas dans le cancer du col utérin, il faut un CPS supérieur ou égal à 1. D’autre part, il n’y a pas encore la survie globale, puisque la survie globale médiane n’est pas atteinte dans le bras expérimental, néanmoins, les survies globales médianes étaient de 24,4 mois dans le bras avec le pembrolizumab. Le bénéfice semblait plus important lorsqu’il y avait une association concomitante avec le bévacizumab, mais on ne peut pas en tirer, non plus, de conclusion définitive. En tout cas, il y avait une absence de bénéfice en cas de score CPS < 1 et dans le groupe des patients métastatiques d’emblée. Donc un signal très fort et une étude majeure pour la première ligne du cancer utérin.

 

  • EMPOWER-Cervical 1 [NCT03257267] : on a également des données qui ont été présentées pour la deuxième ligne : un essai avec le cemiplimab ― un anti-PD-1 ― après rechute, qui est donné en monothérapie versus une chimiothérapie au choix de l’investigateur. Et là aussi on a des données maintenant ― parce que c’est une étude plus ancienne ― sur la survie globale médiane qui est de 12 mois dans le bras cemiplimab versus 8,5 mois dans le bras chimiothérapie, avec un hazard ratio à 0,69. Cette stratégie semble plus efficace dans les adénocarcinomes, qui représentaient 22 % de la population, puisque la survie globale médiane était à 13,3 mois. Et pour les carcinomes épidermoïdes, c’était 11,1 mois. Mais vous voyez que les différences restent très faibles et on avait différents sous-groupes. On a l’impression, dans cette étude, qu’on a un maximum en cas de surexpression de PD-L1 à 1 % sur les cellules tumorales.

  • Le binatrafusp alpha : une autre étude a porté sur tous les cancers HPV-associés, donc des cancers du col, des cancers ORL, des cancers de la marge anale, par exemple. C’est avec un médicament qui s’appelle le bintrafusp alfa, qui est une protéine de fusion bifonctionnelle qui a à la fois le TGF-β et qui bloque PD-L1. Cela avait du sens parce que l’idée était de donner une immunothérapie, mais on sait aussi qu’il peut y avoir une activation de la voie TGF-β, donc on bloque cette voie TGF-β. C’est James Gulley qui l’a présentée et les données sont intéressantes – c’est une phase très précoce, néanmoins on voit sur cette étude qui a concerné 75 patients un taux de réponse objective de 28 % avec 4 réponses complètes, 17 réponses partielles et 3 patients qui ont eu une réponse partielle, mais retardée, avec des durées de réponse de l’ordre de 17 mois et une survie globale médiane de 21 mois. C’est très prometteur néanmoins sur des cancers qui étaient en échec thérapeutique, lourdement prétraités, avec cette stratégie qui combine à la fois une voie d’activation de ces tumeurs par le TGF-β et puis l’immunothérapie. Au global, on voit que dans les cancers HPV-associés, l’immunothérapie a vraiment toute sa place, que ce soit en première ou en deuxième ligne, et probablement avec les nouvelles molécules que l’on souhaite voir utilisées beaucoup plus tôt dans la stratégie thérapeutique.Je vous remercie.

 

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