Rentrée des étudiants en santé : comment réduire les frais ?

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

18 août 2021

Paris, France — Les réformes successives des études de santé ont-elles accéléré le fossé qui se creuse entre les étudiants en médecine précarisés et les autres ? C'est ce que redoute l'association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) qui vient de publier son indicateur du coût de la rentrée, et propose par ailleurs une ribambelle de solutions pour combler les inégalités sociales.

Augmentation du coût de la rentrée

L'indicateur du coût de la rentrée 2021 de l'Anemf, qui évalue les différents postes de dépense des étudiants en Pass (parcours d'accès santé spécifique), Las (Licence avec accès santé), et en première année du deuxième cycle des études médicales (DFASM1), note une augmentation, cette année, du coût de la rentrée. Deux postes de dépenses sont visés : les frais spécifiques à la rentrée (frais de scolarité, complémentaire santé, assurance logement, etc.) et les frais de vie courante (loyers, repas, téléphonie, etc.).

Au global, les frais spécifiques de rentrée augmentent de +0,70% pour les étudiants en Pass avec tutorat (soit 1172,46 euros), de +0,19% pour ceux en Pass avec prépa et tutorat, soit 5293,83 euros, de +0,73% pour les étudiants en Las avec tutorat, soit 1161,48 euros. Il n'y a guère que pour les étudiants en Las avec prépa et tutorat que les frais de rentrée baissent de 5,95%, soit 2628,04 euros.

Pour les étudiants en première année de deuxième cycle des études médicales, les frais augmentent de +1,12% soit 3709,39 euros. Quant au frais mensuel de vie courante, ils augmentent indistinctement pour tous les étudiants de +0,54%, soit 1012,42 euros par mois.

Ces chiffres globaux cachent de grandes disparités entre la province et l'Ile-de-France : ainsi les loyers et charge sont en moyenne de 674,30 euros en Ile-de-France, contre 483,77 euros en régions. Le matériel pédagogique des étudiants en DFASM1 est de 3031,45 euros en Ile-de-France, contre 1899,45 euros en régions.

La vertu des tutorats

Cette augmentation du coût de la vie et des frais spécifiques de rentrée risque de laisser sur le bas-côté de la route nombre d'étudiants précarisés. Mais des solutions existent pour combler ces inégalités. Ainsi, l'Anemf vante l'existence des tutorats, qui tend vers « l’égalité des chances sans distinction sociale ». Les tutorats sont des associations non lucratives composées d'étudiants seniors qui accompagnent les étudiants en première année. Aussi, pour les étudiants en Pass et Las, « l’ANEMF souhaite que les tutorats soient mis en avant par les institutions en tant qu’interlocuteurs privilégiés des lycéens et étudiants concernant l’entrée dans les études de santé ». Pour ce faire, les tutorats doivent être aidés par les universités, grâce à un « soutien matériel, financier et pédagogique ».

Autre solution pour faire baisse les frais de rentrée : supprimer le paiement de la contribution vie étudiante et de campus (CVEC), d'un montant de 92 euros, qui permet d'accéder au régime de sécurité sociale. Car les étudiants en santé, salariés, cotisent déjà au régime de sécurité sociale, et la CVEC ne leur est donc d'aucune utilité.

Revalorisation de la rémunération des étudiants en DFASM

Pour les étudiants en DFASM, dont les frais mensuels s'élèvent à 966 euros en régions et 1208 euros en Ile-de-France, l'Anemf demande que leur rémunération d'un montant de 208 euros net mensuel, soit revalorisé pour atteindre le montant d'un étudiant stagiaire, soit 375 euros nets mensuels. En tant que salariés, la prime d'activité doit également leur être attribuée, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Gratuité des référentiels

L’Anemf regrette également que les bourses des étudiants boursiers leur soit suspendu pendant l'été et demande donc leur maintien en juillet et août. Un autre poste de dépense important des étudiants en DFASM est l'achat des référentiels, indispensables à la préparation des ECNi, qui représente une dépense de 1359 euros. Pour en limiter le coût, l'Anemf demande que ces référentiels soient mis à la disposition des étudiants gratuitement sous version numérique. Autre mesure qui permettrait de limiter le coût des ouvrages : l'inscription des livres universitaires en qualité de livre scolaires « pour autoriser la vente à prix réduit par les associations étudiantes ».

Outre les référentiels, les étudiants en DFASM s'inscrivent aussi à des plateformes de préparation aux ECNi, dont le coût moyen s'élève à 277 euros. Or, la plateforme SIDES, qui les met gratuitement à la disposition de l'ensemble des étudiants en santé, remplit parfaitement ce rôle. Seulement, pour être concurrentielle, sa base de données doit être enrichie par les universités, ce à quoi incite l'Anemf. D'autres outils, gratuits, permettent la préparation des ECNi et méritent d'être soutenus par les pouvoirs publics, comme les conférences de révision des ECNi, boostées par les facultés, et les tutorats d'années supérieures.

Réforme onéreuse du 2e cycle des études médicales

Si la préparation aux ECNi a un coût qu'il ne faut pas négliger, la réforme des études de santé engendre aussi de nouvelles dépenses pour les étudiants qui n'ont pas été appréhendées par le législateur. « L’une des mesures phares de la réforme du deuxième cycle est de favoriser la mobilité des étudiants sur les territoires afin qu’ils puissent y découvrir les différents modes d’exercices : libéral, en Centre Hospitalier non universitaire, etc. Toutefois, cette mobilité, nécessaire pour découvrir l’ensemble des modes d’exercice en dehors du CHU, ne doit pas se développer au détriment des finances des étudiants », alerte l'Anemf. Pour effectuer des stages en périphérie, l'association étudiante demande la mise à disposition de logements via la transformation d'internats ruraux en externat/internat, et ce afin d'éviter des allers et retours incessants. En cas d'impossibilité de mise en place d'un logement, l'Anemf demande l'extension de l'indemnité d'hébergement, pour le moment réservé aux étudiants en stage ambulatoire, et d'un montant de 150 euros, à tous les étudiants dans les hôpitaux.

Service sanitaire

Autre réforme qui coûte aux étudiants, le service sanitaire. Là aussi, des étudiants sont amenés à effectuer de longues distances, pour se rendre sur leur lieu d'intervention. L'association demande donc que les frais engendrés soient remboursés par les facultés après chaque intervention. Aussi, les collectivités territoriales, qui accueillent les étudiants du service sanitaire, doivent leur proposer des aides en logement, transport, nourriture ou leur fournir une compensation financière de l'ordre de 235 euros. Un service de restauration devrait également leur être proposé.

La FAGE publie son indicateur du coût de la rentée étudiante 2021

Parallèlement à l'Anemf, la Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE) présente son 19e indicateur du coût de la rentrée 2021. À l'instar de l'Anemf, la FAGE relève une augmentation du coût de la rentrée. « La rentrée 2021 est marquée par une augmentation de 1,32 % du coût de la rentrée pour un·e étudiant·e, portant son coût moyen à 2 392,47 €. » Néanmoins les frais de rentrée ont légèrement baissé de 0,31% cette année, du fait d'une diminution du coût des complémentaires santé de 4,14%. Au global en 2021, « les frais de la vie courante, mensuels et récurrents, s’élèveront en moyenne à 1 196,80 € par mois, soit 0,28% de plus que pour l’année précédente. Les frais spécifiques de rentrée connaissent quant à eux une diminution de 0,31%, atteignant en moyenne 1 163,92 €. » La FAGE revendique la mise en place d'un guichet unique des aides et dispositifs étudiants.

Crédit photo : Getty Image

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