COVID-19 : la fin de l’exception africaine ?

Jean-Bernard Gervais

5 août 2021

Paris, France — L'exception africaine en matière de Covid-19 n'est-elle plus qu'un lointain souvenir ? Relativement épargné jusqu'à présent, le continent africain, sous la poussée de l'expansion du variant Delta, a connu une croissance importante des cas de Covid positif pendant 8 semaines qui ont précédé le 25 juillet. Il bénéficie aujourd’hui d’une accalmie largement portée par la décroissance des cas en Afrique du Sud et en Tunisie, tout en restant le continent le moins bien vacciné au monde, selon les données de Covid tracker.

Selon l’OMS, l'Afrique a enregistré depuis le début de la pandémie 6,8 millions de cas, 171 000 décès, et 6 millions de guérisons. Les malades africains du Covid représentent 3,4% de l'ensemble des malades.

Envolée des chiffres au mois de juillet

Au 30 mai dernier, le nombre de nouveaux cas, à l'échelle du continent, s'établissait pour cette journée à 10 178. Un mois et demi plus tard, l'Afrique enregistrait 44 828 nouveaux cas en date du 10 juillet, soit une augmentation de +340%. Le 31 juillet, on observait cependant une légère décrue, avec 40 858 nouveaux cas à l’échelle du continent pour cette journée. Les décès suivaient la même évolution et connaissaient, en moins de deux mois, une explosion inquiétante des chiffres. De 257 décès à la date du 30 mai, le continent enregistrait 1061 le 27 juillet. Au 2 août, selon la base de données Reuters, 7 pays africains avaient atteint leur pic de contamination (alors que la moyenne continentale était en baisse) : le Maroc, l'Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Burundi, le Mozambique, et La Réunion (considéré géographiquement parlant comme faisant partie de l'Afrique). Quoi qu'il en soit, si ces pays connaissent actuellement une recrudescence de l'épidémie, les chiffres évoqués par Covid tracker sont bien moins catastrophiques que ceux du continent européen….

Le 2 août, le Maroc enregistrait 4 206 nouveaux cas pour 52 décès, l'Algérie 1 358 nouveaux cas pour 38 décès, la Libye 2 892 nouveaux cas pour 31 décès, la Mauritanie 229 nouveaux cas pour 4 décès, le Burundi 425 nouveaux cas pour 29 décès, le Mozambique 1421 nouveaux cas pour 17 décès, et la Réunion 2616 nouveaux cas (au 28 juillet) pour 9 décès. À titre de comparaison, le 2 août, le nombre de nouveaux cas en France s'établissait à 5 184 pour 40 décès journaliers.

Une nette embellie début août en Afrique du Sud et en Tunisie

De même, si ces 7 pays africains sont au pic de leur contamination, cela ne veut pas dire, pour autant, que ce sont les pays où la situation est la plus dramatique, en termes de mortalité. Toujours selon les chiffres de Reuters, l'Afrique du Sud au 2 août est le pays qui a enregistré le plus de décès avec 346 morts, suivis par la Tunisie (180 décès), le Zimbabwe (70 décès), le Maroc (39 décès), et l'Algérie (35 décès). Par ailleurs, un certain nombre de pays semblent connaitre une amélioration après une phase très tendue à la mi-juillet. C’est le cas de l'Afrique du Sud a connu son pic de contamination le 8 juillet avec 22 441 cas pour s'établir le 2 aout à 5 574 nouveaux cas, soit une baisse de 75,16% en moins d'un mois. Idem pour la Tunisie, qui a connu son pic de nouveaux cas le 13 juillet, avec 8473 nouveaux cas, pour retomber à 1 243 nouveaux cas le 2 août, soit une chute de 85,3%.

Pénurie d’oxygène, de vaccins, de tests de dépistage

Le rebond de la pandémie qu’a connu le continent africain en juillet, s’accompagnant d’une augmentation du nombre des décès de 80%, a conduit l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à tirer la sonnette d'alarme. Et ce d’autant, que les pays africains apparaissent démunis face aux poussées épidémiques tant en termes de dépistage, que de traitement ou de vaccins. « Les taux de dépistage dans les pays à faibles revenus sont inférieurs à 2% de ce qu'ils sont dans les pays à revenus élevés », s’est désolé le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS lors d’un point de presse à Genève, le 30 juillet dernier. « Sans de meilleurs taux de tests à l'échelle mondiale, nous ne pouvons pas lutter contre la maladie en première ligne ou atténuer le risque d'émergence de nouvelles variantes plus dangereuses », a-t-il prévenu. Sachant qu’« une grande partie de cette augmentation est due au variant Delta hautement transmissible, qui a maintenant été détectée dans au moins 132 pays ». Comme cela s’était vu précédemment en Inde, « l'augmentation du nombre d'infections crée une pénurie de traitements tels que l'oxygène vital pour les patients. Vingt-neuf pays ont des besoins en oxygène élevés et croissants, et de nombreux pays n'ont pas suffisamment d'équipements de base pour protéger les agents de santé de première ligne » a rappelé le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Seule 1,5% de la population est complètement vaccinée

En termes de vaccination, il va sans dire que la situation africaine est des plus catastrophique. « Moins de 2% de toutes les doses administrées dans le monde l'ont été en Afrique. A ce jour, seulement 1,5% de la population du continent africain est complètement vaccinée », a indiqué l'OMS qui vise pour chaque pays, 10% de la population vaccinée d'ici septembre, 40% d'ici la fin de l'année, 70% d'ici le milieu de l'année prochaine. L’Organisme international se veut néanmoins réaliste : « selon les tendances actuelles, près de 70% des pays africains n'atteindront pas l'objectif de vaccination de 10% d'ici fin septembre. Environ 3,5 millions à 4 millions de doses sont administrées chaque semaine sur le continent africain, mais pour atteindre l'objectif de septembre, cela doit passer à 21 millions de doses au moins chaque semaine ». Si certains pays ont évoqué la pénurie de vaccins pour expliquer les faibles taux de vaccination, d’autres font face à un réel déni du virus et se méfient de la vaccination. C’est par exemple le cas de la Tanzanie qui n’a rejoint le Covax, le dispositif international d’accès aux vaccins, que le 15 juin, soit 3 mois après le décès du président tanzanien, John Magufuli en mars 2021 – officiellement d’un arrêt cardiaque– lequel était ouvertement covido-sceptique. Pour ce qui est du manque de doses, le COVAX s’est engagé à expédier 520 millions de vaccins en Afrique d’ici la fin 2021 (voir encadré).

Confinement et couvre-feu

De fait, la plupart des pays africains confrontés à une brusque recrudescence de l'épidémie ont mis en place confinement et couvre-feu pour contrer la pandémie. Le Rwanda, bon élève de l’Afrique en matière de gestion de l’épidémie, a décidé le reconfinement de la population et de huit autres régions entre les 15 et 26 juillet dernier. Depuis, un couvre-feu entre 18 h et quatre heures du matin est venu remplacer le confinement et les déplacements entre régions restent interdits. Par ailleurs, une quarantaine de 24 h, au cours de laquelle les voyageurs sont testés pour le virus, est toujours en vigueur aux frontières rwandaises.

Si le Sénégal semble avoir connu son pic épidémique le 20 juillet dernier, avec 959 cas recensés, le nombre de décès continue d'augmenter, passant de 9 morts le 20 juillet à 14 le 2 aout. Pour autant, aucune mesure de confinement ni de couvre-feu n'a été prise pour le moment. Tout juste le gouvernement a-t-il appelé sa population à la plus grande prudence pour la fête de l'Aïd, autrement appelée au Sénégal Tabaski, en évitant de se déplacer pour propager le virus. Des tournois de lutte ont également été annulés, tandis que la campagne de vaccination, interrompue début juillet, a repris de plus belle à partir du 20 juillet, grâce à la réception de 600 000 doses (332118 doses du vaccin Sinopharm et 288 000 doses de Johnson & Johnson). Mais le 26 juillet seulement 1,6% de la population était vaccinée.

Le Maroc , à l'instar du Rwanda, n'a pas non plus décidé de la fermeture de ses frontières, tourisme oblige, mais contrôle la situation sanitaire des entrants, en exigeant une vaccination effectuée plus de 14 jours avant l'entrée au Maroc, un test PCR datant de moins de 48 heures, et une fiche sanitaire. Au sein du royaume chérifien, un couvre-feu est imposé de 21 h à 5 h du matin, et les déplacements inter-régionaux sont autorisés aux personnes vaccinées. Les rassemblements sont limités à 25 personnes.

À la même date, 8% de la population tunisienne était vaccinée, mais le pays enregistre quand même l'un des pires taux de mortalité du continent africain. A noter que la France a placé la Tunisie sur sa liste rouge, et déconseille les allers et retours de voyageurs non vaccinés dans ce pays.

L’Algérie, dans une position critique, a pour sa part décidé d'un couvre-feu partiel dans 35 départements (wilayas), entre 20 h et 6 h du matin, à partir du 26 juillet. La Mauritanie a imposé un couvre-feu de minuit à 6 heures du matin et demande la présentation d'un test PCR négatif pour l'entrée dans le pays, ainsi qu'une mise en quarantaine pour les ressortissants du Royaume-Uni, d'Afrique du Sud, du Brésil, d'Inde. Le Mozambique a également instauré à partir du 15 juillet un couvre-feu partiel, la région du Grand Maputo et dans toutes les capitales provinciales, entre 21 h et 4 h du matin. Un test PCR de moins de 72 heures est demandé à la frontière. Le Burundi , parmi les 7 pays qui ont atteint leur pic épidémique, semble être le plus libéral. Il n'a imposé à sa population ni couvre-feu, ni confinement, tandis que le port du masque est recommandé, mais non imposé. Cette situation relativement rare sur le continent peut s’expliquer par le covido-scepticisme de l'ancien président, Pierre Nkurunziza, décédé brutalement le 8 juin 2020 (officiellement d’un arrêt cardiaque mais possiblement du Covid).

Les livraisons de vaccins vers l'Afrique s'accélèrent 

COVAX, la plateforme qui a pour objectif « d'accélérer le développement et la fabrication des vaccins Covid-19, et de garantir un accès juste et équitable pour tous les pays du monde » a déjà permis de délivrer 4 millions de doses en Afrique en juillet, contre 245 000 en juin. Elle se fixe pour cible 520 millions de doses en Afrique d'ici fin 2021, selon les Nations Unies. Par ailleurs, les livraisons de vaccins contre le Covid-19 du Fonds africain pour l'acquisition des vaccins (AVAT) de l’Union africaine sont en augmentation, avec une hausse prévue de 10 millions de doses par mois à partir de septembre. L’AVAT devrait fournir environ 45 millions de doses d’ici la fin de l’année, informe l’OMS. Par ailleurs, le COVAX a récemment conclu de nouveaux accords avec les entreprises pharmaceutiques chinoises Sinopharm et Sinovac afin de rapidement fournir 110 millions de doses supplémentaires aux pays à faible revenu. 

 

 

 

 

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