Quatrième vague-19 : quatre scénarios à l’étude

Nathalie Barrès

Auteurs et déclarations

29 juillet 2021

France Une équipe Inserm a récemment proposé quatre scénarios différents d’évolution de l’épidémie en France en tenant compte de la transmissibilité du variant Delta, de la dynamique d’administration des vaccins durant l’été, des conditions de contact, de la saisonnalité, des mesures sanitaires préventives et de la transmissibilité des variants préoccupants[1]. Les deux scénarios les plus sombres semblent déjà écartés.

Point sur la progression du variant Delta

Après une diminution de la circulation virale, une rupture s’est produite en semaine 26 (du 28 juin au 4 juillet 2021) avec une très forte incidence des cas positifs au SARS-CoV-2 dans la population des 15-44 ans. La progression du variant Delta en France est fulgurante. En effet, le taux de cas détectés attribués au variant Delta (mutation L452R) est passé de 5% en semaine 23, à 43,2% en semaine 26 et à 83,5 % en semaine 28, selon Santé Publique France [1]. Selon les sources, le taux de reproduction du virus R aurait dépassé 1,5 [2] voire 2 [](2,04 au 20 juillet). Ce qui signifie qu’une personne infectée en contamine actuellement 1,5 ou 2 autres en moyenne. L’épidémie s’aggrave dès que le R0 dépasse 1.

Points clés du modèle utilisé par l’INSERM

Ce modèle mathématique a pour objectif de capter la dynamique de la transmission du virus. Celui-ci a été utilisé notamment pour évaluer l’impact sur le variant Alpha, du confinement, du couvre-feu, ainsi que l’efficacité des stratégies de fermeture et réouverture des écoles, et la performance de la stratégie tester-tracer-isoler.

Ce modèle a été validé région par région sur la base des trois études sérologiques disponibles. Il est basé sur une transmission stratifiée par âge (1-11 ans, 11-19 ans, 19-65 ans et >65 ans), et intègre des données démographiques, le contact social, la mobilité et la réponse individuelle dans le temps. Le paramétrage du modèle intègre la transmission présymptomatique, les infections asymptomatiques et symptomatiques avec différents degrés de sévérité.

Enfin, il est ajusté aux données quotidiennes d’admission hospitalière. En revanche, il ne considère que les variants Alpha et Delta. Avec plusieurs hypothèses de transmissibilité des variants : un variant Alpha 29% ou 59% plus transmissible que le type sauvage (souche initiale) et un variant Delta 60% ou 120% plus transmissible que le variant Alpha.

Quatre scénarios de vaccination ont été envisagés :

  • Un scénario pessimiste (scénario non réaliste qui sert de référence) : personne ne se fait vacciner durant l’été !

  • Un scénario de déclin régulier de la vaccination selon les tendances qui avaient été mesurées durant les semaines précédant la semaine 26. Ce scénario ne répond pas à la dynamique de vaccination que nous connaissons actuellement.

  • Un scénario de stagnation de la vaccination au taux de vaccination de la semaine 26.

Un scénario optimiste : augmentation linéaire de 10% des administrations des premières doses dans le temps avec maintien de l’administration de la seconde dose 3 semaines plus tard.

Points essentiels à retenir

    • Avec une transmissibilité du variant Delta de +60% par rapport au variant Alpha, et si l’on considère un R0 à hauteur de celui de l’été 2020 (R=1,3), les estimations de l’Inserm restent optimistes. Elles indiquent que le nombre d’hospitalisations ne dépasserait pas les 2.000 par semaine durant tout l’été quel que soit le scénario de vaccination en place.

    En revanche, avec un R=1,5, seuls les scénarios (3) de stagnation de la vaccination et (4) d’augmentation régulière de 10% de la vaccination permettraient de contenir le taux d’hospitalisations à moins de 2.000 par semaine.

    • En revanche, si la transmissibilité du variant Delta est de +120% par rapport au variant Alpha, seuls les scénarios 3 et 4 permettraient d’atteindre moins de 2.000 hospitalisations et ce … si le R=1. Un R=1,3 ferait rapidement augmenter les hospitalisations à des taux >8.000 hospitalisations par semaine que seul le scénario le plus optimiste pourrait parvenir à contenir après plusieurs semaines d’augmentation régulière de la vaccination. En revanche, avec un R=1,5 aucun des scénarios ne permettrait de maintenir le taux d’hospitalisation à un niveau acceptable, le système sanitaire serait de nouveau mis sous pression. Pour rappel, le R0 est actuellement >1,5.

    Ces estimations restent bien sûr des estimations… avec d’importantes incertitudes sur plusieurs paramètres utilisés, mais elles ont le mérite d’exister et d’offrir des scénarios de projection. Pour information, le scénario 4 vise une couverture vaccinale maximale de 80% pour les adultes, 90% pour les sujets âgés et 50% pour les adolescents.

    « Nos deux scénarios noirs sont déjà écartés, a expliqué l'épidémiologiste et directrice de recherche à l'Inserm, Vittoria Colizza au JDD le 18 juillet. On se situe entre les deux hypothèses les plus favorables et une remontée des primo-injections pourrait aider à éviter une forte pression sur le système sanitaire, sous le pic de la troisième vague. »

    Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape. Adapté par Aude Lecrubier.

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