Arrêter les statines après 65 ans : quel risque ?

Caroline Guignot

20 juillet 2021

Naples, Italie – Une étude lombarde menée auprès de 30 000 patients suggère que l’arrêt des statines chez des patients polymédiqués de plus de 65 ans est associé à un risque d’admission aux urgences, d’évènement cardiovasculaire ou de décès supérieur à celui de patients qui maintiennent le traitement hypolipémiant [1]. Cette observation concernait les différentes classes d’âge, de sexe ou de sévérité du profil clinique.

Pronostic dans les 180 jours suivant l’arrêt des statines

La déprescription est envisagée chez les patients âgés polymédiqués, afin de réduire les risques liés aux traitements et améliorer la qualité de vie. Le bénéfice des statines chez les sujets les plus âgés ou ayant un mauvais pronostic été peu décrit dans les études cliniques. Une équipe italienne a donc mis en place une analyse rétrospective à partir des données d’assurés lombards afin d’évaluer l’impact de leur arrêt en population.

Les chercheurs ont d’abord identifié les personnes de 65 ans ou plus qui étaient traitées par statines, antihypertenseurs, antidiabétiques et antiplaquettaires de façon ininterrompue durant une période initiale allant d’octobre 2013 à janvier 2015. Le suivi débutait en janvier 2015 : l’objectif était d’analyser le pronostic des patients dans les 180 jours ayant suivi l’arrêt des statines. Pour cela, les évènements de santé ont été recensés et leur survenue comparée à celle observée chez de sujets ayant maintenu les statines, après appariement selon un score de propension fondé sur l’âge, le sexe, l’observance et le score de comorbidité.

Au total, 29 047 patients ont été inclus dans l’étape de suivi (âge moyen 76,5 ans, 62,9% d’hommes). Le profil clinique était sévère pour 11,7% de ces patients (Multisource Comorbidity Score ou MCS ≥4). Les principales comorbidités cardiovasculaires étaient une cardiopathie ischémique (19,7%), une maladie cérébrovasculaire (7,9%), une insuffisance cardiaque (7,9%) ou une maladie respiratoire (8,1%).

Le suivi était d’environ 2,4 ans par patient au cours duquel 5 819 ont arrêté leur statine avant tout autre modification thérapeutique et où 13,1 événements pour 100 personnes-années ont été recensés.

Parmi eux, 4 203 ont pu être analysés après appariement. Le risque d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque (64,0 vs 51,5 pour 1.000 soit hazard ratio ou HR 1,24 [1,07-1,43]) ou pour cause cardiovasculaire (69,7 vs 64,6 pour 1.000, HR 1,14 [1,03-1,26]) était supérieur chez ceux qui avaient arrêté les statines par rapport à ceux qui les avaient maintenues. Il en était de même concernant les admissions aux urgences et les décès toutes causes confondues : respectivement 506,2 vs 449,8 pour 1.000 et 77,5 vs 67,4 pour 1.000 soit HR 1,12 [1,05-1,19] et 1,15 [1,02-1,30].

Les conclusions restaient les mêmes après analyse selon le sexe, l'âge, le profil clinique, ou selon le cadre de prescription (prévention primaire ou secondaire).

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

Crédit photo : Getty Images

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