Revalorisation de la carrière des HU : les propositions de l’Académie nationale de médecine

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

12 juillet 2021

Paris, France — Alors que les ministres de l’Enseignement supérieur et de la recherche, ainsi que le ministre de la santé devraient annoncer prochainement des décisions pour revaloriser la carrière des hospitalo-universitaires (HU), l’Académie nationale de médecine (ANM) a fait valoir sa position dans un communiqué.

Avant même que la restitution des propositions des ministères de la santé, et de l'enseignement supérieur et de la recherche pour la revalorisation des carrières hospitalo-universitaires ait lieu ce 12 juillet, l'heure est au pessimisme. « Nous nous attendons à être déçus », confirme le Pr Olivier Boyer, président du syndicat des hospitalo-universitaires (SHU). « On devrait nous annoncer une revalorisation de 2000 euros annuels sous forme d'une prime, bien inférieure à celles des autres universitaires », abonde-t-il. La prime en question est la prime de recherche et d'enseignement supérieur (PRES).

Sur les réseaux sociaux, le collectif code HU !, un groupe de jeunes hospitalo-universitaires, rejoignait le pessimisme du président du SHU : « Annonces ministérielles attendues le 12 juillet. Un rattrapage très inférieur pour les HU que pour les PH est inconcevable », communiquait-il dans un tweet. 

État des lieux alarmiste

Dernièrement, c'est l'Académie nationale de médecine (ANM) qui s'est saisi du sujet, pour rendre un « avis sur l'attractivité des carrières hospitalo-universitaires ». Pour ce faire, le groupe de travail de l'ANM a auditionné Sadek Beloucif et Jean-Pierre Pruvo, du syndicat Snam-HP, Olivier Boyer du syndicat SHU, Marie-Christine Copin, présidente de la conférence des présidents CNU-Santé, Patrice Diot, président de la conférence des doyens des facultés de médecine, François-René Pruvot, président de la conférence des présidents de CME-CHU, et Norbert Skurnik ainsi que Pierre Le Corre, du syndicat CMH.

L'Académie nationale de médecine dresse dans un premier temps un état des lieux alarmiste de la situation des HU en 2021 : « Ces trois dernières années, depuis 2018, 139 PU-PH et MCU-PH (78 PU-PH et 61 MCU-PH) ont démissionné (enquêtes de Gilbert Vicente et de la Conférence des doyens, 2021). Les jeunes candidats sont de plus en plus réticents à s’engager compte tenu d’un avenir incertain, des contraintes liées à la carrière. » Aussi, l’ANM, à l'instar du SHU, considère que les négociations qui ont débuté en novembre dernier en vue de la revalorisation des carrières hospitalo-universitaires ont abouti à un échec. L'avis rendu tente donc de formuler de nouvelles propositions, en les axant autour de quatre thématiques : la formation, la carrière, la rémunération, les droits sociaux.

La formation

La première étape concerne la formation, depuis l'internat jusqu'au CNU (conseil national des universités). Les auteurs de cet avis proposent de moduler la formation selon la discipline : « La formation et les critères doivent-ils être identiques pour une discipline clinique où prédomine l’excellence hospitalière, où le PU-PH assure le recrutement des patients, sert de référence par rapport aux praticiens hospitaliers et aux collègues du privé et pour une discipline biologique où les actes sont pour l’essentiel automatisés où doit prédominer l’excellence de la recherche fondamentale ? »

Il faudrait aussi prendre en compte les aptitudes « pédagogiques, la recherche clinique, les capacités de résilience, et d'adaptation, la capacité à diriger un projet ».

Autre sujet de taille, pendant la formation :  les revenus. L'ANM constate qu'entre l'internat et la nomination, les hospitalo-universitaires doivent traverser une période de quinze ans, « pendant laquelle le futur candidat va parfois vivre dans des conditions précaires par rapport à celles de ses collègues nommés praticiens hospitaliers ». Pour y remédier, les membres de la commission préconisent d'étendre les missions temporaires (pendant lesquelles l'HU est détaché tout en disposant de son salaire) de trois mois à un an, et d'offrir deux missions temporaires, pendant le cursus, plutôt qu'une, actuellement. Ils proposent aussi de créer un statut de professeur junior, afin de sécuriser cette période de quinze ans, qui va de l'internat jusqu'à la nomination. Enfin, l'Académie nationale de médecine suggère un passage au 2e échelon de la classe exceptionnelle, plus rapide qu'il ne l'est actuellement : « Le PU-PH a 20 ans pour parvenir au 2ème échelon de la classe exceptionnelle. Un rattrapage rapide est nécessaire, en particulier par rapport à ses collègues PH dont la carrière dure en moyenne 10 ans de plus. »

La carrière

Deuxième étape : la carrière. Dans le cadre de son déroulement, l'Académie nationale de médecine suggère de mettre en place une cellule d'accompagnement et d'écoute pour les HU, afin de présenter les différents types d'activité des CHU, leur prestige, mais aussi prévenir les cas d'épuisement professionnel et de démission. Les académiciens souhaitent par ailleurs que les HU puissent continuer d'exercer jusqu'à « un âge supérieur aux limites prévues par les textes réglementaires », et soient formés au management d'équipe. Pour la nomination des chefs de service des CHU, l'Académie préconise que le doyen et l'université y participent, non plus de manière consultative : leur avis doit être contraignant. Les trois missions des HU doivent être pris en considération : « l’activité de recherche doit être reconnue par le CHU et par le Ministère de la santé et des solidarités au même titre que par le Ministère de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation », « l’excellence de la pratique de soins est indispensable dans une organisation territoriale des soins où le CHU est la structure de référence. L’enseignement théorique devrait faire l’objet d’une gradation identique à celle qui se fait naturellement pour les soins et la recherche ».

Les droits sociaux

Au chapitre des droits sociaux, les auteurs de cet avis constatent que les HU sont mal informés sur leur droit : « Le régime des droits à congé des personnels HU et du régime des autorisations d’absence, le régime de l’exercice à temps partiel de droit restent flous, mal connus et doivent être clarifiés », et ajoute que le groupe de travail qui planche sur la revalorisation des carrières HU a proposé la création d'un temps partiel pour convenances personnelles.

L'Académie déplore par ailleurs que la parité hommes-femmes ne soit pas d'actualité chez les HU : « L’égalité femmes-hommes reste dominée par des barrières invisibles, artificielles, créées par des préjugés comportementaux et organisationnels qui freinent les femmes dans leur accès aux plus hautes responsabilités. » 

Pour améliorer cette situation, ils souhaitent l'évaluation régulière de cette parité.

 
L’égalité femmes-hommes reste dominée par des barrières invisibles, artificielles, créées par des préjugés comportementaux et organisationnels qui freinent les femmes dans leur accès aux plus hautes responsabilités.
 

Rémunération

Pour ce qui est des questions de rémunération, l'ANM, à l'instar des syndicats, reste insatisfaite des revalorisations issues des accords du Ségur de la Santé, qui ont boosté les débuts (suppression du premier échelon de la grille des PU-PH et des deux premiers échelons de la grille des MCU-PH) et les fins de carrière (revalorisation du dernier échelon et création de deux échelons supplémentaires), en oubliant les milieux de carrière : « Concentrer les propositions sur le début et la fin de la carrière oublie le nombre important d’hospitalo-universitaires en milieu de carrière dont la majorité n’atteindra pas les échelons les plus élevés avant la retraite. » L'Académie demande aussi la suppression de la modification « des règles de calcul des promouvabilités selon lesquelles le candidat doit répondre aux conditions de l’année N-1 et non plus de l’année N », l'inclusion de l'ensemble du cursus dans le cadre de la reprise d'ancienneté hospitalière, et la création d'une rémunération spécifique pour les « fonctions de chef de service, de chef de pôle ou de président de CME ». Enfin, la retraite des HU doit prendre en compte « l’ensemble des activités hospitalières est nécessaire associant les indemnités de gardes, astreintes, primes d’exercice ».

10 propositions de l'académie nationale de médecine

  1. Réfléchir sur la possibilité de modulation des critères de sélection et de formation en fonction de la discipline et du lieu d’exercice.

  2. Etendre la mission temporaire à une année entière avec maintien intégral du salaire.

  3. Assurer un rattrapage rapide dans l’intégration dans le corps des PU-PH.

  4. Diversifier les profils centrés sur la recherche, la pédagogie ou les soins.

  5. Prévenir les démissions des HU en agissant sur ses causes

  6. Moduler le temps hospitalouniversitaire au sein du service et de l’équipe, de façon libre entre les membres de l’équipe et non individuellement.

  7. Reconnaitre la valence universitaire des services en instaurant un avis décisionnel du Doyen pour la nomination des chefs de service des CHU.

  8. Revaloriser la carrière de manière significative en révisant la grille indiciaire dans son ensemble: début, milieu et fin de la carrière.

  9. Instaurer une pension de retraite sur l’intégralité de l’activité hospitalière.

Crédit photo : Getty images

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