Enquête Obépi-Roche : le surpoids recule, mais l'obésité continue de progresser

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

8 juillet 2021

France – Quelle est la place de l'obésité en France ? Et du surpoids ? La Ligue nationale contre l’obésité, qui a relancé l’enquête épidémiologique nationale ObÉpi-Roche en suspens depuis 2012, a présenté les chiffres pour 2020. Cette enquête révèle que près d’un Français sur deux est en situation de surpoids et/ou d’obésité. Obésité et surpoids suivent des tendances inverses : par rapport à 2012, la première progresse jusqu'à concerner aujourd'hui 17% des Français, soit plus de 8 millions de personnes, tandis que la prévalence du surpoids est globalement en recul. Et pour la première fois, l'enquête ObÉpi-Roche fournit des chiffres sur l'obésité pédiatrique.

Concernant la méthodologie, un échantillon de près de 12 000 personnes a été interrogé par Internet entre le 24 septembre et 5 octobre 2020. Les mineurs ont été 2 200 à participer à l'enquête.

Les chiffres marquants

Situation inédite : la prévalence du surpoids recule tandis que celle des personnes en situation d’obésité continue d’augmenter.

 
La prévalence du surpoids recule tandis que celle des personnes en situation d’obésité continue d’augmenter.
 

Le surpoids (IMC compris entre 25 et 30) concerne 30,3% des participants à l'enquête. C'est un recul de deux points en huit ans. En revanche, l'obésité (IMC>30), elle, a gagné deux points depuis 2012 et elle a doublé depuis 1997. Elle concerne désormais 17% de la population française et 2% sont en situation d’obésité massive (IMC>40) soit plus d’un million de personnes.

Comme les enquêtes précédentes, les nouvelles données confirment que l'obésité augmente avec l'âge et qu'elle est corrélée au milieu social. L’obésité est de fait deux fois plus élevée chez les catégories populaires (employés et ouvriers) que chez les cadres (18,0% vs 9,9%).

L'obésité croît avec l'âge

Tranche d'âge

18-24 ans

 25- 34 ans

35-44 ans,

 45-54 ans

55-64 ans

65 ans et plus

Proportion de personnes avec un IMC >30

9,20% *

13,80%

16,70%

18,40%

19,90%

19,20% **

*c’est dans cette tranche d'âge que la part de personnes en situation d’obésité a le plus progressé depuis 2012 (+ 3,6 points )

** c'est la première fois que ce taux est inférieur à celui observé chez les 55-64 ans

Surpoids et obésité infantiles : rôle de la génétique

L'enquête révèle que 34% des enfants de 2 à 7 ans et 21% des enfants et adolescents de 8 à 17 ans sont en situation de surpoids ou d’obésité. « Il y a probablement une surestimation pour la première tranche liée à des seuils trop bas », estime le Pr Patrick Tounian (pédiatre, Hôpital Trousseau, Paris), qui dirige un service de référence dans la prise en charge des enfants et adolescents obèses. A l'occasion d'une matinée de restitution des résultats organisée le 30 juin dernier, il a rappelé que si les chiffres étaient importants, l'épidémie d'obésité infantile s'était arrêtée en France comme dans les autres pays industrialisés au début des années 2000.

 
L'épidémie d'obésité infantile s'était arrêtée en France comme dans les autres pays industrialisés au début des années 2000.
 

Parmi les 8-17 ans en situation d’obésité (6%), les garçons sont presque deux fois plus nombreux (62%) que les filles (38%). « Il n'y a pas d'explication scientifique à cette surreprésentation très nette des garçons. Est-ce que les filles ont sous-estimé leur poids ? », a-t-il commenté.

Toujours dans cette population des 8-17 ans, les données d'Obépi-Roche mettent également en lumière une surreprésentation des jeunes issus de catégories populaires et inactives (chômeurs, femmes/hommes au foyer) : 75% des 8-17 ans en surcharge pondérale sont issus de ces catégories, soit 9 points de plus que dans la population générale. « Le rôle de la génétique est prépondérant en pédiatrie. N'importe quel enfant ne peut pas devenir obèse quelle que soit sa nourriture et ses boissons », a rappelé le Pr Tounian constatant en effet « une concentration de personnes souffrant d'obésité dans les populations défavorisées ».

Obésité infantile ≠ obésité adulte

Le spécialiste a aussi insisté sur le fait qu'obésité pédiatrique et obésité des adultes sont à dissocier. « 85% des adultes obèses ne l'étaient pas enfant ou adolescents » a-t-il rappelé.

Reste que chez les enfants de moins de 7 ans, la proportion d'obèses est très importante (19%) selon les données d'Obépi-Roche. « La majorité des enfants gros avant cinq ans ne le restera pas. Il y a une évolution spontanément favorable. Et 80 % des bébés gros ne le resteront pas » a-t-il rassuré soulignant « l'importance de ne pas mettre au régime des enfants en bas âge ».

« L'obésité est une maladie psychosociale et somatique avec les complications que l'on connaît (ndlr : HTA, diabète, apnée du sommeil) chez l'adulte. Elle est avant tout psychosociale chez l'enfant : les complications somatiques sont très rares chez l'enfant. », a-t-il détaillé. Avant de poursuivre : « Et il n'y a aucun lien entre l'obésité de l'enfant et le risque cardiovasculaire à l'âge adulte, c'est-à-dire qu'il vaut mieux être gros jusqu'à 30 ans et maigrir après que l'inverse ».

 
Il n'y a aucun lien entre l'obésité de l'enfant et le risque cardiovasculaire à l'âge adulte.
 

Il a fini par mettre en garde ses confrères contre « l'adultomorphisme ». En somme, rassurer, déculpabiliser et écouter la souffrance liée à l'image de l'enfant mais ne pas effrayer les familles en mettant en avant des problèmes de santé futurs.

 

Crédit photo : Getty Images

 

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