Microbiote buccal : des maladies parodontales aux pathologies systémiques

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

29 juin 2021

France – On ne présente plus le microbiote intestinal, celui de la peau ou du vagin non plus. En revanche, le microbiote buccal reste largement mystérieux. Moins étudié que les autres flores bactériennes de l'organisme, il n'est pourtant pas moins important. Car sa bonne santé est étroitement corrélée à la bonne santé de l'organisme. On retrouve en effet un déséquilibre du microbiote buccal dans de nombreuses pathologies bien au-delà de celles des dents et des gencives. La présentation du Dr Vincent Meuric, dentiste et chercheur (Rennes), à l'occasion de la journée thématique « Antibiotiques : pitié pour nos microbiotes ! », organisée par sept Académies[1],  a permis d'en savoir plus.

« Parler d'un microbiote oral dans son ensemble, c'est se tromper », annonce d'emblée le Dr Meuric. Car le microbiote salivaire d'un patient change selon l'état de ses dents, de sa langue mais aussi selon la situation dans la bouche.  Parle-t-on des bactéries retrouvées sur les dents, surfaces non-desquamantes sur lesquelles la plaque s'accumule ? De celles qui se situent entre les dents et la gencive ? Et nous situons-nous sur la face interne ou sur la face externe des dents ?

La multitude des niches ne rend pas aisée l'étude de ce microbiote, déjà peu exploré en comparaison avec les microbiotes intestinaux, vaginaux et cutanés. Mais lui aussi est impliqué dans des pathologies. « Il faut des modifications majeures pour favoriser le développement soit qualitatif soit quantitatif du microbiote pathogène », indique Vincent Meuric. Des modifications qu'il a détaillées dans le cas de la carie et des maladies parodontales.

Microbiote pathogénique, carie et maladie parodontale

Comment passe-t-on d'une dent saine à une carie bien avérée ? Le changement majeur est l'apport répété, plusieurs fois par jour, de sucre couplé à une hygiène dentaire défaillante. Lorsque la quantité de sucre augmente, l'ensemble des pathogènes générateurs d'acides, en particulier Streptococcus mutans,  se développe. Ce microbiote pathogénique, en sous-effectif sur une dent saine, entraîne une déminéralisation de la dent puis la carie. Le mécanisme est bien connu.

Concernant les maladies parodontales, pour mémoire, on distingue deux pathologies : la gingivite qui se manifeste par des saignements de la gencive mais l'os est intact, à la différence de la parodontite pour laquelle l'inflammation est plus profonde et s'accompagne d'une lyse osseuse.

A leur origine : l'accumulation de la plaque dentaire. La présence de fer provenant des saignements de la gencive est un facteur de virulence des bactéries qui vont être responsables d'un pH basique, à la différence de la carie dans laquelle le pH est acide. Il y a alors une transition vers un microbiote pathogénique. L'évolution vers la parodontite implique aussi un dysfonctionnement de l'immunité sans que l'on puisse aujourd'hui détailler les mécanismes.

« Au sein de mon laboratoire, nous essayons de mieux comprendre et identifier le microbiote pathogénique en cause dans les maladies parodontales », indique Vincent Meuric qui explique l'inflammation concomittante au changement de microbiote par l'hypothèse d'un pathogène clef de voûte qui dérégulerait le système immuniaire.

« Il s'agirait de Porphyromonas gingivalis qui dégrade les molécules de l'inflammation au niveau de la gencive. Ceci favoriserait la dysbiose », poursuit l'orateur. Reste, que la présence de cette bactérie n'est pas retrouvée chez 30 à 40 % des patients avec une parodontite. « N'est-elle pas présente au moment où on la cherche ? N'a-t-on pas réussi à la détecter » s'interroge-t-il.

Quant à l'intérêt des antibiotiques, il n'y en a pas pour le traitement de la carie et il est contesté dans le cadre des maladies parondontales. Pour la carie, les antibiotiques sont en effet inutiles si l'apport trop important en sucres et la mauvaise hygiène buccodentaire se poursuivent. Pour les maladies parodontales, « quand on traite les patients mécaniquement (le débridement parodontal), on observe un shift bactérien qui se fait avec ou sans antibiotique », a conclu le Dr Meuric. « Il y a une efficacité clinique [des antibiotiques] en phase aigüe, quand il y a un abcès par exemple, mais pour des maladies chroniques, l'intérêt est très réduit et l'efficacité plus que discutable ».

Des associations avec des maladies systémiques

Le dentiste rennais a terminé son exposé en mentionnant nombre de maladies systémiques – le diabète, l'athérosclérose, la polyarthrite rhumatoïde, les MICI, certains cancers – associées à des maladies parodontales, et en particulier à la parodontite.

« S'il y a un grand débat sur la causalité et le rôle des bactéries [de la cavité buccale], dans chacune de ces pathologies, on retrouve le rôle de l'inflammation par rapport aux problèmes buccodentaires » a rappelé Vincent Meuric. Ainsi dans la polyarthrite rhumatoïde (PR),  Porphyromonas gingivalis, le pathogène clef des parodontites, est capable d'induire via une cascade de réactions conduisant à la production des anticorps spécifiques de la PR. En outre, la dysbiose du microbiote buccal est en elle-même génératrice d'inflammation.

Cette présentation démontre une nouvelle fois l'importance du lavage de dent et des détartrages réguliers chez le dentiste.

 

Crédit image : SEBASTIAN KAULITZKI/SCIENCE PHOTO LIBRARY via Getty

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....