Plus d'anxiété et de dépression dans les deux ans après la pose d'un défibrillateur cardiaque

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

15 juin 2021

Virtuel – Il devrait être proposé aux patients équipés d'un défibrillateur automatique implantable (DAI) d’évaluer périodiquement leur niveau anxiété et de dépression, peut-être pendant des mois, voire des années, et non pas seulement pendant une courte période suivant l'implantation.

C'est ce que suggère une étude de cohorte prospective dont les résultats indiquent un taux de 2 à 4 % de nouveaux cas d'anxiété et de dépression à chacune des quatre consultations programmées, lors du suivi de deux ans d'une cohorte de plus de 1000 personnes équipées d'un DAI.

Ces données ont été présentées à l'occasion du congrès virtuel de l'European Heart Rythm Association 2021 [1].

Les chercheurs ont comparé les déclarations de ressenti après la pose du DAI et avant l'implantation. De façon cumulée, en deux ans, 11, 3% de la cohorte a été testée positive pour le développement d’une dépression et 14,5% pour celui d’une anxiété.

Les taux correspondants sur deux ans dans l'ensemble de la population danoise « sont compris entre 1 et 2% », a indiqué Susanne Pedersen (Université du Sud du Danemark et hôpital universitaire d'Odense), auteure principale de l’étude.

 « Ce n'était pas vraiment normal de voir cette incidence élevée dans une population danoise sur une période 24 mois ». Les résultats suggèrent qu'une seule évaluation pour la dépression et l'anxiété quand les patients reçoivent leur DAI « n'est pas suffisante », a-t-elle précisé.

 
Ce n'était pas vraiment normal de voir cette incidence élevée dans une population danoise sur une période 24 mois. Susanne Pedersen
 

« Nous savons d'après la littérature sur le sujet qu'un patient avec un DAI qui souffre d'anxiété ou de dépression présente un risque accru de problèmes de santé », a-t-elle poursuivi.

Les nouveaux résultats suggèrent que « nous loupons pas mal » de ces patients, ce qui a des conséquences non seulement sur leur qualité de vie mais aussi le risque de tachycardie ventriculaire et de mortalité, a expliqué l’oratrice.

Une cohorte danoise

Pour ce travail, 1040 patients implantés pour la première fois avec un DAI dans le cadre d'une prévention primaire ou secondaire ont été recrutés dans cinq centres danois. Ils ont répondu à des questionnaires sur leur niveau d'anxiété, de dépression et leur qualité de vie. Ils ont ensuite été suivis prospectivement. Fondées sur des autoquestionnaires, ces évaluations ont été répétées à 3, 6, 12 et 24 mois.

Les nouveaux cas d'anxiété et de dépression ont été identifiés selon les scores HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale) mais non sur des critères cliniques. D'après Susanne Pedersen, une anxiété ou une dépression subcliniques avaient aussi un impact sur le risque. 

Quels facteurs protecteurs ?

L'analyse a montré que l'âge était un facteur protecteur contre l'anxiété et la dépression. L'avancement en âge diminuait le risque de survenue d'une anxiété de 46% (P=0,002) et de survenue d'une dépression de 43% (P=0,013).

De même, la perception individuelle d'être encore apte physiquement était aussi un facteur protecteur.

Ni le niveau d'éducation, ni la profession exercée ni même le fait d'être en insuffisance cardiaque de classe NYHA III ou IV ne permettait de prédire la survenue d'une anxiété ou d'une dépression.

Aussi, l'envoi d'une décharge par le DAI pendant le suivi n'était pas associé à un surplus d'anxiété.

Quels facteurs de risque ?

En revanche, l'analyse des réponses des patients suggère que « si vous êtes marié, vous êtes à plus haut risque d'apparition d'une anxiété, ce qui reste difficile à expliquer », a indiqué Suzanne Pedersen. Dans les analyses ajustées, être marié(e) ou être en couple élevait le risque de survenue d'une anxiété de 66% (P=0,044).

Aussi, une indication de prévention secondaire augmentait de risque d’anxiété de 43 % (P=0,048).

Concernant l'apparition d'une dépression, fumer était associé à un risque augmenté de 113% (P=0,001).

Le fait de se sentir diminuer et de rapporter ses aptitudes fonctionnelles dans le tertile le plus bas augmentait l’anxiété de 48% (P=0,047) et la dépression de 64% (P=0,02).

Un profil de personnalité particulier

Mais cette augmentation du risque d’anxiété et de dépression bondissait pour atteindre les 150 % et 153% respectivement quand les patients présentaient une personnalité de type D (P<0,001).

Présenter une personnalité de « type D » était le facteur prédictif le plus important pour l'anxiété ou la dépression.

Une personnalité de type D se définit par une personnalité constamment stressée, caractérisée par un pessimisme et une anxiété ainsi qu'une inhibition sociale. Si elle est souvent associée à un mauvais état de santé, affirmer que c'est un facteur pronostique reste controversé.

« Ce sont ces personnes qui ont beaucoup d'émotions négatives, qu'ils gardent pour eux et ne partagent pas avec les autres », a précisé Susanne Pedersen. Avant d'indiquer que « dans certaines études, le type D a été associé à une mortalité CV accrue ».

Susanne Pedersen n'a pas déclaré de lien d'intérêt.

Crédit photo : J-The Photoholic. Getty Image Plus

L’article a été publié initialement sur Medscape.com sous l’intitulé “New-Onset Anxiety, Depression an Ongoing Risk for ICD Patients”.  Traduit/adapté par Marine Cygler.

 

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