Don du corps à l'université Paris Descartes : l'ancien président mis en examen

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

11 juin 2021

Paris, France – L’ancien président de l’université Paris Descartes a été mis en examen dans le cadre de l’affaire du centre du don des corps de cette université de Paris, pour « atteinte à l’intégrité des cadavres ».

Charnier en plein 5ème arrondissement de Paris 

Depuis les révélations de l'hebdomadaire L'Express en 2019 sur l'état de conservation scandaleux des corps donnés à l'université Paris Descartes, les mises en examen se succèdent. Dernière en date : l'ancien président de l'Université Paris-Descartes de 2011 à 2019, Frédéric Dardel, mis en examen le 4 juin dernier, comme le révèle ce 7 juin France info. Avant lui, ce sont deux préparateurs, ainsi que l'université Paris Descartes – en qualité de personne morale – qui ont été mis en examen.

Pour rappel, dans l'enquête qui révèle ce scandale, la journaliste Anne Jouan parle un « charnier en plein Paris » pour évoquer les corps en piteux état retrouvés dans les locaux de la faculté de médecine René Descartes. Et s’interroge : « Comment ces hommes et ces femmes qui, noblement, ont fait don de leur corps à la science ont-ils pu se retrouver dans un tel cloaque ? ».

Rapport accablant sur le délabrement du centre

Créé en 1953, le centre de don du corps de Paris Descartes, poursuit Anne Jouan, était censé proposer « des corps frais », « c'est-à-dire non formolés, non congelés, conservés plusieurs semaines après le décès ». De fait, surtout à partir de 2013, les « cadavres sont conservés dans des conditions déplorables, il fait une chaleur épouvantable, certains sont pourris. Ça pue ». En 2016, le nouveau président du Centre du Don des Corps (CDC), le Pr Richard Douard présente au président de l'université Paris Descartes Frédéric Dardel, un rapport accablant sur le délabrement du centre et l'état de conservation calamiteux des corps. Pas de réaction de la présidence.

Un an plus tard, le Pr Richard Douard démissionne, imité quelques jours plus tard par « Xavier de Bonnaventure, chargé d'enseignement en droit public à Paris-II et, jusque-là, membre du comité d'éthique du CDC », ainsi que le Pr Brigitte Mauroy, présidente du comité d'éthique. Laquelle éthique n’est pas au rendez-vous puisque l’enquête nous apprend qu’au CDC, les corps y sont monnayés, suite à une décision prise par le conseil d'administration en 2011, contrairement à ce qui se pratique dans les autres centres hexagonaux...

Enquête préliminaire et rapport de l’Igas

Peu après ces révélations de l'Express, le pôle santé publique du parquet de Paris décide de l'ouverture d'une enquête préliminaire, avant que la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal n'ordonne la fermeture du CDC. En juin 2020, une enquête de l'inspection générale des affaires sociales (Igas) accuse l'université Paris Descartes responsable de graves manquements éthiques dans la gestion du CDC.

Frédérique Dardel, alors conseiller de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, est démis de ses fonctions la veille de la remise de ce rapport, et nommé conseiller du président de l'Inserm. Avant sa mise en examen le 4 juin dernier, il est entendu le 12 novembre dernier par les enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), puis de nouveau le 6 mai dernier par le juge d'instruction Adrien Lallement qui est chargé de l'information judiciaire ouverte en juillet 2020.

Avant lui, deux préparateurs du CDC ont été mis en examen pour « atteinte à l'intégrité d'un cadavre ». L'un a été mis en examen fin décembre 2020 : l'on avait retrouvé chez lui « des ossements humains ainsi que des bijoux », relate Le Monde . Le second préparateur, chef d'équipe, a été mis en examen le 2 juin dernier.

170 proches de défunts ont porté plainte contre X

L'université Paris Descartes avait aussi été mise en examen pour le même motif en mai 2021, et 170 proches de défunts avaient porté plainte contre X devant le parquet de Paris.

« On peut dire que nous sommes satisfaits que la procédure avance et que la justice fasse son travail. On est rassuré que Frédéric Dardel soit mis en examen, mais on ne peut pas non plus se contenter de ça », réagit Baudouin Auffret, porte-parole du collectif des familles de victimes du charnier au centre des dons des corps de l’université Paris-Descartes, à France Info.

Baudouin Auffret vise d'autres responsables qui n'ont pas encore été entendus par la justice, comme le généticien Axel Kahn, président de l'université Paris Descartes de 2007 à 2011. Car, selon un article du 3 juin de Paris Match, le délabrement du CDC et le manque d'entretien des corps donnés remonte à 1988. Le porte-parole du collectif des familles de victimes du charnier au centre des dons des corps de l’université Paris-Descartes évoque aussi le chirurgien et académicien Guy Vallancien, qui a dirigé le CDC de 2004 à 2014. Il est par ailleurs « fondateur et directeur de l’École européenne de chirurgie (2001 - 2017) », une entreprise privée qui revendait pour plusieurs milliers d’euros les corps de nos parents à d’autres entreprises”, accuse Baudoin Auffret. Lequel ajoute au micro de France Inter : « On ne demande pas de dommages et intérêts, on demande juste à ce que toute la lumière soit faite dans cette affaire, que tous les responsables soient punis et que cela ne se reproduise plus jamais ».

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