Prédire avec précision la date d'accouchement grâce à un test sanguin

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

10 juin 2021

Stanford, Etats-Unis – « Vous allez accoucher à 37 SA et non pas à 42 SA », voilà ce que un nouveau test sanguin permettrait d'indiquer quand il sera disponible, d'ici deux à trois ans. Aujourd'hui, quand une femme est enceinte, la science prédit que dans la majorité des cas, la naissance se produira entre trois semaines avant la date théorique du terme et deux semaines après. Cette date théorique est calculée en comptant 40 semaines à partir du dernier jour des règles et à partir de données échographiques. Tout ceci n'est pas très précis. Mais une équipe de l'université californienne de Stanford vient de jeter les bases d'un test sanguin permettant de prédire avec plus de précision le début du travail. Ce test, dont l'élaboration a été détaillée dans  Science Translational Medicine , repose sur un algorithme qui concentre différents facteurs métaboliques, protéiques et immunitaires. Le Dr Brice Gaudillière, professeur associé en anesthésie à Stanford, a expliqué à Medscape édition française les origines et les attentes autour d'un tel test.

« Il existe plusieurs régulateurs de l'horloge de la grossesse qui dépendent du fœtus, de la femme, de la maturité du placenta ou encore des contractions de l'utérus. Notre idée était de mesurer un maximum de marqueurs sanguins pour avoir une image de l'ensemble de ces mécanismes simultanément » indique Brice Gaudillière qui a dirigé ces travaux.

Avec ses collègues, il a mis en évidence que l'analyse d'un échantillon sanguin permet de prédire quand une femme enceinte va débuter le travail et ceci quel que soit l'état d'avancement de la gestation.

L'indice clef : une molécule anti-inflammatoire

Pour cette étude, 63 femmes ont été suivies pendant les cent derniers jours de leur grossesse. Deux à trois fois au cours de cette période précédant l'accouchement, des échantillons sanguins ont été analysés. Plus précisément, 7142 facteurs ont été analysés, ce qui a permis d'élaborer un modèle de prédiction du commencement du travail.

Finalement, l'algorithme de machine learning a identifié 45 facteurs nécessaires et suffisants. Ceux-ci témoignent d'une transition biologique caractérisée par des modifications des taux d'hormones stéroïdiennes circulantes, des facteurs de croissance et des voies de signalisation immunitaire, qui se produit deux à quatre semaines avant que la patiente ne débute le travail.

A la fin de la grossesse, les changements de l'état immunitaire permettent de déclencher le travail.  « Ce qui est nouveau dans nos travaux, c'est la mise en évidence que les marqueurs les plus importants de notre modèle sont des marqueurs anti-inflammatoires qui sont un frein au processus pro-inflammatoire du travail et de l'accouchement » indique Brice Gaudillière.

Pour lui, ce test permettrait « d'aider les obstétriciens à prendre la décision de provoquer le travail ». « Beaucoup d'accouchements sont provoqués à 39 SA, mais la plupart de ces femmes auraient accouché normalement une semaine plus tard » constate-t-il. « Bien sûr, si on attend, le bébé risque d'être trop gros, le placenta trop vieux mais provoquer le travail n'est pas totalement inoffensif ».

Il rappelle en outre que dans beaucoup de pays les femmes n'ont pas accès à l'échographie fœtale. Autre situation :  les femmes qui vivent dans des zones éloignées d'un hôpital. Un test de prédiction leur permettrait de se rapprocher de l'hôpital à l'approche de l'accouchement.

Quid de la prématurité ?

Les auteurs de l'article émettent l'hypothèse que les mécanismes qui signent le travail à terme peuvent donner des signaux applicables lors de l’accouchement prématuré.

« Jusqu'à présent, les études visant à mieux comprendre la prématurité ont eu pour but d'identifier les fonctions physiologiques qui diffèrent entre les femmes qui vont accoucher prématurément et celles qui accoucheront à terme » rappelle Brice Gaudillière. Avant de poursuivre : « Ici, on pose la question à l'envers : malgré les différences, quels sont les points communs ? ».

Si la prématurité n'a été étudiée que sur très peu de participantes dans ces premiers travaux, 5 femmes sur 63 de l’étude ont accouché avant le terme, il semble que la prédiction d’accouchement fournie par le test se vérifie également pour l'accouchement pré-terme. Ceci pourrait être confirmé grâce aux études qui seront menées dans plusieurs pays avec des démographies et des facteurs socio-économiques divers, et sur un plus grand nombre de participantes.

Crédit photo : Getty Images

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