Revue de presse en cardiologie

Revue de presse de juillet : revascularisation coronaire, mort subite, OCEAN-TAVI et discrimination

Dr Walid Amara

Auteurs et déclarations

12 juillet 2021

LA SÉLECTION DU MOIS

Walid Amara a sélectionné des publications récentes apportant de nouvelles données sur la revascularisation coronaire (angioplastie vs pontage), les causes des morts subites, le registre OCEAN-TAVI, ainsi que le harcèlement et la discrimination dans le milieu de la cardiologie.

TRANSCRIPTION

Bonjour et bienvenue dans cette revue de presse où je vais traiter de quatre articles qui m’ont semblé intéressants.

  1. Le premier article, publié dans Circulation [1] par une équipe japonaise, porte sur la revascularisation coronaire. Les investigateurs ont suivi des patients inclus originellement dans l’essai SYNTAX et se sont intéressés à ceux qui ont été revascularisés soit par pontage, soit par angioplastie suivant leur degré de revascularisation. Le suivi était de 10 ans.
    Résultats : D'une part, les auteurs montrent que le taux de revascularisation incomplète est beaucoup plus important en cas d’angioplastie qu’en cas de pontage (il atteint environ 56 % sous angioplastie versus 30 % dans le pontage). D’autre part, il est montré que le degré de caractère incomplet de cette revascularisation est associé à la mortalité à 10 ans dans le groupe angioplastie. Cela mène à se poser la question de savoir, lorsqu’on a un patient qui a des lésions tritronculaires, si on choisit la stratégie angioplastie va-t-on le faire bénéficier d’une revascularisation complète ? À ce moment-là, l’angioplastie serait la méthode préférentielle. Ou alors, est-ce que ce patient pourrait être éventuellement un candidat au pontage ? Bien entendu, ils expliquent que le taux de revascularisation complète est d’autant plus important qu’il s’agit d’une sténose plutôt du tronc commun que d’une sténose multitronculaire.

  2. Le deuxième article, publié dans le JACC [2] , est à la jonction entre la maladie coronaire et la rythmologie. Il s’intéresse à des patients qui ont présenté une mort subite et aux facteurs prédisposant à la survie. L’étude a été menée sur une durée d’environ cinq ans (2011 à 2015) et incluait des arrêts cardiaques survenus dans la région de San Francisco.
    Résultats : On se rend compte que, dans cet essai qui a inclus 734 arrêts cardiaques extrahospitaliers, 215 n’étaient pas des morts subites, 52 étaient non identifiables, et sur les 330 qui étaient considérés comme des morts subites, une partie était de causes rythmiques, une autre partie de causes cardiaques non rythmiques, et une autre partie était de causes non cardiaques (notamment des causes neurologiques). Et ils montrent bien que la probabilité d’arriver à l’hôpital et la probabilité de survie augmentaient d’autant plus qu’il s’agissait d’une cause rythmique, puisqu’elle se traite assez facilement par un choc électrique. À la sortie – il y avait un taux de survie d’environ 10 %, ce qui est quand même assez intéressant –, les causes rythmiques représentaient 92 % de ces patients survivants, avec uniquement une faible proportion qui était représentée par des causes non cardiaques et très peu par des causes neurologiques. Les auteurs plaident pour une identification précoce des causes d’arrêt cardiaque, notamment neurologiques, qui pourraient être une cible d’amélioration, puisqu’au niveau des causes rythmiques, on est déjà pas mal.

  3. L’autre étude japonaise, publiée dans Circulation Cardiovascular Intervention , [3] est OCEAN-TAVI et elle pose la question de ce qui est le plus bénéfique en termes de mortalité cardiovasculaire : maintenir au long cours du clopidogrel ou plutôt de l’aspirine ? J’ai trouvé cette étude intéressante parce qu’elle répond à la problématique clinique de savoir sous quel antiagrégant plaquettaire doivent être mis ces patients au long cours – beaucoup de nos patients étant encore sous aspirine.
    Résultats : Que les patients aient ou non une anticoagulation, le taux de mortalité cardiovasculaire est significativement moindre sous clopidogrel que sous aspirine. Avec anticoagulation, on était à 2,7 % versus 8,5 %, et sans anticoagulation, on était à 5,2 % versus 18 %, et ceci est probablement dû au fait que les patients sous clopidogrel avaient peut-être moins d’AVC ischémiques, infarctus du myocarde et éventuellement morts subites cardiaques.

  4. Je terminerais par une étude publiée dans le JACC [4] et qui s’intéresse à la problématique de la prévalence des hostilités, des discriminations et des harcèlements dans l’univers cardiologique. Les auteurs ont réalisé une enquête auprès de cardiologues africains, asiatiques, caribéens, d’Europe de l’Est, de l’Union européenne, d’Océanie, du Moyen-Orient, et d’Amérique centrale, du Nord et du Sud. 5 930 cardiologues ont répondu à l’enquête – trois quarts étaient des hommes et un quart des femmes.
    Résultats : Il y a bien sûr un biais – les personnes qui répondent sont probablement les plus concernées, mais le harcèlement moral était quand même retrouvé dans quasiment 29 % de la population, le harcèlement sexuel dans 4 %, et la discrimination dans 30 %. Cela n’est pas sans conséquence, puisque 79 % des professionnels de santé ont déclaré que cela avait un effet sur leur pratique, leurs activités, leurs collaborations avec les collègues, mais également avec les patients. 15 % avaient jugé que cet effet était significatif, 64 % rapportaient un effet "non considérable", et uniquement 21 % considéraient qu’il n’y avait pas d’effet. C’est intéressant, parce que cela permet de mettre en exergue cette partie de notre exercice, et finalement de tout exercice professionnel. Et je vous invite à lire l'éditorial qui accompagne ce papier.

J’espère vous avoir sorti de votre univers en vous faisant découvrir ces quatre articles que vous avez peut-être manqués. À très bientôt sur Medscape.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....