Soins intensifs: la détresse psychologique des équipes a augmenté durant la deuxième vague

Caroline Guignot

8 juin 2021

France – A la suite de la première vague de Covid-19, différentes études ont montré combien la santé mentale des professionnels de santé avait été affectée, et particulièrement chez ceux travaillant au sein des services de soins intensifs. Après une première étude au printemps 2020, des chercheurs ont conduit une nouvelle enquête transversale auprès des professionnels de seize services de soins intensifs français pour évaluer le niveau de souffrance des soignants.

1203 personnes entre le 30 octobre et le 1er décembre 2020

Une enquête a été menée sur un total de 1203 personnes entre le 30 octobre et le 1er décembre 2020 alors que la France comptait 30 à 45 000 nouveaux cas de Covid-19 par jour et environ 300 admissions quotidiennes aux urgences. Le nombre de décès quotidiens était alors de 200 à 400.

Parmi les 1203 professionnels travaillant dans les 16 unités participantes, 845 (70%) ont répondu à l'enquête, dont 66% étaient infirmiers et 32% médecins. Tous étaient invités à remplir des questionnaires permettant d’établir l’existence de symptômes d'anxiété ou de dépression (HADS), de stress post-traumatique (IES-R) ou de burn out (MBI).

Près de 9 sur 10 avaient pris en charge plus de 30 patients Covid-19 lors de la première vague et près de 6 sur 10 avaient pris en charge 10 nouveaux patients dans la semaine précédant l'enquête.

Les symptômes d'anxiété, de dépression, de stress post-traumatique et d'épuisement professionnel étaient respectivement déclarés par 60,0%, 36,1%, 28,4% et 45,1% des répondants. Par ailleurs, 37,9% avaient une insomnie et 7,7% prenaient quotidiennement un psychotrope.

Les facteurs prédictifs de déclarer des symptômes de souffrance psychique étaient surtout le sexe féminin, le statut d’interne, et certaines professions (kinésithérapeute, psychologue ou pharmacien clinique). À l’inverse, avoir la capacité de se reposer, de s’occuper de sa famille, ou encore avoir un plus grand nombre d'années d'expérience en soins intensifs étaient des facteurs protecteurs.

Enfin, la peur d'être infecté ou de contaminer sa famille et ses amis, ainsi que le sentiment de pression lié à la situation favorisaient la souffrance psychologique. En revanche, le nombre de patients COVID-19 pris en charge durant cette vague ou la précédente n'était pas déterminant.

Une enquête montre que la souffrance psychologique a été très élevée pendant la deuxième vague de l’épidémie, avec des chiffres qui suggèrent une prévalence supérieure de l'anxiété et de la dépression par rapport à la première vague dans ces mêmes unités de soins. La crainte de se faire contaminer et l'incapacité de se reposer ou s'occuper de sa famille participaient de ce phénomène. Des stratégies de prévention et de prise en charge seraient nécessaires.

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....