Se préparer à une nouvelle pandémie : maintenant sinon quand?

Serge Cannasse

25 mai 2021

Genève, Suisse – Au mois de mai 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a organisé un panel d’experts indépendants pour tirer les premières leçons de la pandémie de SARS-CoV-2. Son rapport vient d’être rendu public, et il est sévère : malgré les alertes données par de précédentes épidémies, les recommandations des groupes de réflexion constitués à l’occasion n’ont jamais été suivies d’effets, sauf par les quelques pays qui ont lutté efficacement contre le Covid-19[1].

Précocité et vigueur des décisions sont la clé du succès

La responsabilité en incombe tout autant aux défaillances des structures internationales qu’à celles de la plupart des gouvernements. Leur première faute est leur lenteur de réaction devant l’urgence sanitaire, soit parce que leur fonctionnement les a empêchés d’agir rapidement, soit parce qu’ils ont tergiversé, attendant que la situation devienne à l’évidence critique. La longue analyse que fait le rapport des premières semaines de la pandémie montre que la clef du succès réside d’abord dans la précocité et la vigueur des décisions.

Corriger les failles révélées par le COVID-19

L’intention du panel n’est cependant pas de jeter le blâme à quiconque, mais de tout faire pour vaincre la pandémie actuelle et se prémunir pour l’avenir. Car pour les experts, aucun doute n’est permis : elle ne sera pas la dernière et c’est maintenant, tout de suite, qu’il faut s’y préparer. Le panel propose donc une série de recommandations fondées sur la correction des failles révélées par le COVID-19 et réparties en deux groupes.

1.     Mesures à prendre immédiatement.

Il est de leur intérêt que les pays riches fournissent les pays pauvres en vaccins, au moins un milliard de doses au plus tard début septembre 2021 et deux milliards au milieu de l’année prochaine. L’OMS doit organiser une négociation réunissant les pays producteurs et les fabricants pour aboutir à un transfert de brevets et de technologie. Si elle échoue dans les trois mois, la levée des brevets de propriété intellectuelle devra être prononcée.

Dès cette année, les pays du G7 doivent s’engager à fournir 60% du financement nécessaire à l’initiative ACT-A (Acces to COVID-19 Tools Accelerator), dont la France est un des initiateurs, pour la fourniture de vaccins, médicaments et matériel médical, dont les outils diagnostiques. L’OMS doit s’atteler à rédiger une feuille de route pour aider les pays dans leur lutte, avec des objectifs clairs, des mesures concrètes et des critères d’évaluation fondés sur les données scientifiques.

2.     Préparer l’avenir

Se prémunir contre la transformation d’une émergence infectieuse localisée en pandémie impose une coopération étroite entre pays, fondée sur des règles communes et pouvant être appliquées par tous. Pour les experts, l’OMS dans sa forme actuelle ne remplit pas ce rôle. Et parce qu’une pandémie n’est pas qu’une affaire de santé, aucune organisation sanitaire n’y suffit. Ils soumettent donc le projet d’une profonde réorganisation de la gouvernance internationale.

En premier lieu, il faut créer un Conseil dévolu aux menaces sanitaires, constitué des chefs d’États et de gouvernements et d’abord chargé de rédiger une convention internationale.

L’OMS doit acquérir son indépendance financière et politique, notamment en augmentant les contributions des pays membres, en ne donnant qu’un seul mandat (de 7 ans) à son Directeur général et aux directeurs régionaux et en privilégiant la compétence plutôt que les arrangements politiciens pour ses recrutements. Elle doit organiser les échanges entre pays pour mettre à jour leurs plans de préparation aux pandémies. L’OMS doit avoir la possibilité de publier toute information relative à une émergence infectieuse et d’envoyer une mission d’investigation sans délai et sans autorisation préalable du pays concerné.

Chaque région sanitaire doit acquérir la capacité de produire des vaccins, par la négociation sur les transferts de brevets et de technologies et par la mise sur pied des unités de production, grâce à l’aide internationale. Celle-ci passera par la création d’un Fonds de financement, doté de 10 milliards de dollars US par an, destiné à favoriser les mesures de préparation aux épidémies et à répondre aux urgences.

 
Chaque région sanitaire doit acquérir la capacité de produire des vaccins.
 

Chaque pays se dotera d’un ou plusieurs coordinateurs nationaux, responsables devant les autorités au plus haut niveau et ayant des pouvoirs étendus de coordination pour la préparation à de nouvelles épidémies.

Les conditions du succès

Tout ceci n’aura de chances d’être efficace que si plusieurs conditions sont remplies, notamment :

  • Des processus de décisions clairs, explicites, fondés sur des arguments scientifiques et comportant des critères d’évaluation.

  • L’implication des populations, avec une attention soutenue aux plus vulnérables.

  • La construction de systèmes de santé fiables et universels, avec un soutien de leurs professionnels, dont l’implication dans la pandémie actuelle a été et reste déterminante.

  • Une approche de santé globale, incluant les structures environnementales.

  • La vérification des plans par des exercices annuels.

Le panel considère l’ensemble de ses propositions comme une base de discussion. Mais il fait deux mises en garde. Ses recommandations constituent un ensemble : piocher dedans pour n’en retenir que quelques-unes n’aurait aucun sens. Il y a urgence : si rien n’est fait maintenant, quand cela sera-t-il possible ? (" If not now, then when ? ")

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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