Les hospitalo-universitaires sacrifiés ?

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

17 mai 2021

Paris, France — La remise des conclusions des ministères de la santé, et de l'enseignement supérieur et de la recherche sur la refonte du statut des hospitalo-universitaires le 7 mai dernier a fortement déçu les syndicats.

« A l'issue des quelques réunions du groupe de travail hospitalo-universitaire du Ségur, les arbitrages présentés le 7 mai par notre double tutelle (Ministère des Solidarités et de la Santé ; Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation) en réponse à nos graves inquiétudes et celles exprimées par les Président-es des Conférences, ne montrent pas d’avancée significative en termes d'attractivité des carrières HU », rapportent de manière laconique les intersyndicales dans un communiqué [1].

Le Pr Olivier Boyer, président du syndicat des hospitalo-universitaires, nous explique pourquoi les propositions de la tutelle sont insuffisantes au regard de la situation catastrophique des hospitalo-universitaires.

Pourquoi avoir claqué la porte des négociations ?

Nous avons été convoqués pour une réunion du groupe de travail vendredi dernier, où nous ont été annoncés officiellement les arbitrages de la tutelle concernant notre statut. J'ai tout de suite exprimé ma déception : il n'y avait que trois mesures que je juge inacceptables, donc nous avons claqué la porte. Ces propositions ne répondent pas du tout au problème d'attractivité que l'on constate actuellement : il arrive qu'il n'y ait pas de candidats HU dans certaines spécialités, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. Toutes les spécialités sont touchées mais certaines plus que d'autres comme l'anesthésie-réanimation par exemple. C'est un gros problème dont les causes sont multiples. Les éléments statutaires doivent évoluer, au vu des évolutions de la société. Cela est acquis puisque nous avons désormais droit d'exercer à temps partiel. Par ailleurs, la désaffection pour le statut de HU est liée au dépérissement de l'hôpital public, qui manque cruellement de moyens. On nous ajoute qui plus est des strates de management, nous passons notre temps à faire des rapports dans des services qui ont de moins en moins de moyens. Enfin, il y a l'aspect financier : les HU sont en concurrence avec le secteur privé qui offre de bien meilleures rémunérations... Cela a toujours été le cas mais auparavant le statut de professeur de médecine était épanouissant : actuellement nous n'avons plus de moyens pour faire de la recherche ou de la clinique. Et les revenus se sont érodés de manière considérable.

 
Ces propositions ne répondent pas du tout au problème d'attractivité que l'on constate actuellement.
 

Erodés, c'est-à-dire ?

Nous avons perdu 30 à 40% de pouvoir d'achat par rapport au smic en 30 ans. Aujourd'hui le salaire d'embauche universitaire d'un maitre de conférence est égal à 1,6 fois le smic pour des gens qui sont recrutés à 38 ans. Même avec le complément hospitalier ça ne fait pas lourd. Il y a trente ans, un professeur de médecine s'achetait son appartement à Paris, sa maison de campagne, et payait les études de ses enfants. Aujourd'hui, il est locataire à Paris ou achète en banlieue. Autre élément de mécontentement : nous avons été les grands oubliés du Ségur. Nous avions un peu râlé et des négociations se sont ouvertes qui ont débouché sur ce que l'on nous a proposé ce vendredi. Mais c'est inacceptable.

Quid du problème des retraites ?

Nous avons une pension de fonctionnaires es qualités de professeur, qui est tout à fait convenable, puisqu'elle représente 75% du dernier salaire brut sur les six derniers mois. En revanche sur la partie hospitalière, nous n'avons rien, car ils considèrent que nous y percevons une sorte de prime qui ne donne pas droit à une retraite. Il y a une dizaine d'années nous avions négocié un système transitoire, sous la forme d’un abondement. Si nous cotisions à des retraites complémentaires (prefon, retraite complémentaire de la fonction publique, NDLR), l'hôpital abondait d’autant. Un syndicat a proposé d'augmenter l'abondement. Cela serait possible si on augmentait les salaires. Car, sinon, ce serait une augmentation de charges pour les HU. Le gouvernement, quant à lui, a proposé de traiter cette question dans le cadre de la réforme du régime de retraite. Mais cela n'a rien à voir avec cette réforme. Nous ne demandons pas une réforme, nous demandons la création de notre régime de retraite. Du coup, le gouvernement a approuvé la demande de l’intersyndicale Alliance, à  savoir augmenter l'abondement, en nous proposant de passer de 9% à 12%. Mais ce sont des sommes importantes. Au dernier échelon, un PUPH verse 6500 euros de retraite, et là nous passerions à 9000 à 10 000 euros de versement, alors que nous gagnons de moins en moins : ce n'est pas possible !! Aucun des HU que je connais n'a l'intention de souscrire à ce nouveau système. Ce n'est pas une mesure viable si nous ne sommes pas augmentés. Sur la partie universitaire, nous ne sommes pas non plus satisfaits. Lorsque la ministre de la recherche a opéré sa réforme des rémunérations des universitaires, plutôt que de hausser le premier échelon des HU à deux fois le smic (alors que nous percevons actuellement 1,6 smic), elle nous a promis que nous ne commencerions jamais au premier échelon. Mais n’a pas augmenté le premier échelon. Je trouve cela scandaleux. La seule mesure universitaire pour les HU qui a été concédée est le versement d'une prime pour nous mettre à égalité avec les universitaires non HU à qui l'on verse la PRES (prime de recherche et d'enseignement supérieur), qui peut monter jusqu'à 8200 euros par an. Ils nous ont donc proposé une prime qui serait un pendant de la PRES, mais dont on ne connaît pas les conditions d'attribution. Elle serait de 700 euros par an en 2022 et pourrait monter à 2400 euros en 2027. Ce n'est pas une prime à la hauteur de la PRES.

Quid de l'échelle indiciaire hospitalière?

On nous a proposé quelque chose qui n'est pas rien, mais qui reste insatisfaisant. Notre premier échelon a été augmenté au niveau actuel du troisième échelon. Cela va améliorer de deux échelons les nouveaux nommés à partir de l'an prochain. Mais ceux qui ont été nommés cette année n'auront rien de plus. Pour les fins de carrière nous avions demandé à ce que soient ajoutés trois échelons à l'instar des PH. Il a été décidé de ne pas ajouter de nouveaux échelons, mais d'augmenter le dernier échelon. Alors que les PH auront gagné grâce à leurs trois nouveaux échelons 17 000 euros de plus par an, les PUPH gagneront moins de 2000 euros de plus par an. Ce n'est pas possible car l'un des problèmes d'attractivité des HU est le différentiel avec les PH. Si vous augmentez les PH et beaucoup moins les HU, alors vous aggravez le manque d'attractivité des HU. Voilà les raisons pour lesquelles nous avons quitté la table des négociations.

 
Si vous augmentez les PH et beaucoup moins les HU, alors vous aggravez le manque d'attractivité des HU.
 

La tutelle a-t-elle conscience de la situation ? Des négociations vont-elles se poursuivre ?

Je n'ai pas l'information car comme je vous l'ai dit nous avons quitté la table des négociations. Mais nous sommes par ailleurs élus au Haut conseil des professions médicales et nous essaierons par ce biais de garder un œil sur les négociations en cours. Avec les autres syndicats, nous pensons à des actions dont les modalités sont en cours de réflexion. Mais ce ne sera pas une grève hospitalière, ça devrait en revanche toucher l'université dont la tutelle n'a fait aucun effort. Ont-ils pris conscience de la situation ? Nous avons été extrêmement clairs. Il est difficile d'imaginer qu’il n’y a pas de prise de conscience de la situation. On peut penser que chez certains, il y a une volonté de casse du service public. C'est peut-être aussi une attaque contre notre statut. Les HU sont toujours un caillou dans la chaussure des directeurs de CHU car ils ne sont pas sous l'autorité hiérarchique des directeurs. Mais je ne fais pas de procès d'intention ; je constate juste que la situation est catastrophique et que nous sommes passés à côté d'une occasion de la changer. Il en ressort quand même quelques changements intéressants : la grille indiciaire hospitalière est améliorée, la possibilité de travailler en temps partiel est acté, etc. C'étaient des demandes des plus jeunes d'entre nous.

 
Je constate juste que la situation est catastrophique et que nous sommes passés à côté d'une occasion de la changer.
 

Vous évoquez les jeunes HU. Un collectif de jeunes HU a été créé, CODE HU. Comment travaillez-vous avec eux ?

C'est un collectif qui ne vise pas l'action syndicale, mais qui a des visées en communication. Ils nous ont contacté il y a deux ans, ils ont intégré le syndicat, et ils se chargent de la communication. Ils ont bien sûr conservé leur autonomie, mais ils ne rentrent pas en concurrence avec les syndicats.

 

Crédit image : Getty

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