COVID-19 : les mécanismes de l’anosmie enfin élucidés !

Fanny Le Brun

Auteurs et déclarations

14 mai 2021

France-- La perte soudaine de l’odorat chez les personnes infectées par le SARS-CoV-2 a été signalée dans le monde entier dès le début de la pandémie, sans que l’on sache si le virus joue un rôle direct ou indirect dans ce symptôme. Aujourd’hui on y voit plus clair : des chercheurs français viennent d’élucider les mécanismes impliqués dans cette anosmie, leurs résultats ayant été publiés dans la revue Science Translational Medicine , le 3 mai 2021[1].

Cette nouvelle étude a été conduite auprès de patients ayant le COVID-19 et complétée par des analyses sur un modèle animal. Il en ressort plusieurs étapes chronologiques dans cette perte de l’odorat :

  1. Disparition des cils permettant la réception des molécules odorantes par les neurones sensoriels ;

  2. Présence de virus dans les neurones sensoriels ;

  3. Désorganisation de l’épithélium olfactif liée à l’apoptose (déstructuration des lamelles) ;

  4. Invasion du bulbe olfactif par le virus ;

  5. Présence d’une neuroinflammation et d’ARN viral dans plusieurs régions du cerveau.

Cette étude montre donc que les neurones sensoriels sont infectés par le SARS-CoV-2. Ensuite, le virus se propage à d’autres structures nerveuses où il induit une importante réponse inflammatoire. L’infection des neurones olfactifs pourrait donc constituer une porte d’entrée vers le cerveau et expliquer pourquoi certains patients développent diverses manifestations cliniques, d’ordre psychologique (troubles de l’anxiété, dépression) ou neurologique (déclin cognitif, susceptibilité à développer une maladie neurodégénérative).

« En effet nous avons constaté que les neurones sensoriels sont infectés par le SARS-CoV-2, mais aussi le nerf olfactif et les centres nerveux olfactifs dans le cerveau », a commenté Pierre-Marie Lledo, chercheur CNRS, responsable de l’Unité Perception et mémoire (Institut Pasteur/CNRS) et co-auteur responsable de l’étude, dans un communiqué[2].

Chez certains patients, l’anosmie peut durer plusieurs mois et serait liée à la persistance du virus et de l’inflammation dans la muqueuse olfactive. Cette étude a d’ailleurs montré que les tests classiques RT-PCR pratiqués sur les écouvillonnages nasopharyngés peuvent se révéler négatifs alors que le virus persiste au fond des cavités nasales, dans l’épithélium olfactif. Un diagnostic du SARS-CoV-2 par brossage nasal peut alors être envisagé pour compléter l’écouvillonnage nasopharyngé chez les patients présentant une perte d’odorat.

Ces résultats devront être pris en compte pour adapter le diagnostic et la prise en charge des manifestations à long terme du COVID-19, concluent les chercheurs.

Microscopie électronique à balayage montrant les changements de l’épithélium olfactif après infection par le SARS-CoV-2. A la périphérie de la photo, les cellules ciliées sont normales. Au centre : perte de cils 2 jours après infection. Les particules virales bourgeonnent à la surface des cellules infectées ayant perdu leurs cils. © Unité Perception et Mémoire – Institut Pasteur

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape. Adapté par Aude Lecrubier.

Crédit photo Une. Design Cells, iStock / Getty Images Plus

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