POINT DE VUE

Photographies au cœur du bloc : « J’ai été très impressionné par le rendu du livre »

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

11 mai 2021

Clermont-Ferrand, France – C’est une première médicale et artistique qu’a réalisé le service de chirurgie cardiovasculaire du CHU de Clermont-Ferrand en accueillant la photographe Natacha Sibellas dans ses locaux pendant plus de 2 ans. De ses allées et venues au cœur des trois blocs opératoires, armée de son appareil, a émergé un ouvrage « Au coeur du bloc » regroupant en une petite centaine de pages des clichés en noir et blanc, comme un hommage au travail des équipes soignantes et un témoignage de la beauté du geste chirurgical. Cette première, restée relativement confidentielle, a pu voir le jour aussi grâce au chef du service de chirurgie cardiovasculaire, le Pr Lionel Camilleri, qui a accepté de laisser entrer un « œil étranger » dans un espace peu connu du grand public et relativement secret qu’est le bloc opératoire. En complément du point de vue de la photographe (à lire ici + voir les 10 photographies qu’elle nous a autorisées à publier), il nous livre sa vision du projet.

Medscape édition française : Comment avez-vous eu vent du projet de Natacha Sibellas et pourquoi avez-vous accepté ?

Pr Lionel Camilleri : A l’origine du projet, il y a une discussion entre Natacha Sibellas et l’un de ses voisins, lui-même fan de photographie et… chirurgien cardiaque [Nicolas d’Ostrevy, NDLR]. Elle lui montre son premier livre en noir et blanc autour de la boxeuse Farida El Hadrati et lui fait part de son désir de réaliser des photographies médicales. Emballé par le travail pour « Du cœur dans les poings », ce chirurgien du service lui propose de me rencontrer. Comme j’ai moi-même un goût pour la photographie – bien que je n’ai pas suffisamment de temps pour m’y adonner – j’ai accepté l’idée de réaliser des photographies au bloc.

Est-ce facile de s’intégrer à une équipe soignante, de ne pas gêner ?

Pr Camilleri : Je l’ai présentée à l’ensemble du personnel, soit environ 60 à 80 soignants. Par la suite, elle a appris à se préparer pour entrer au bloc et elle a pris l’habitude de venir, à plusieurs reprises, pendant 2 ans. Extrêmement discrète, elle a su s’acclimater de façon à ne pas gêner. Ainsi, elle a pu aller et venir entre les 3 blocs, en s’intégrant parfaitement à l’équipe. Elle disparaissait aux regards, et l’on entendait souvent plus que le « clic clic » de son appareil. Il a fallu un peu de temps pour prendre ses marques, mais cela s’est vraiment très bien passé.

Photographier au bloc pose-t-il des problèmes en termes d’asepsie ?

Pr Camilleri : Les salles d’opération sont équipées d’un flux horizontal qui permet à l’air d’être en mouvement. Elle a donc appris à ne pas s’approcher des pieds du patient, ni des zones stériles. Beaucoup de photos ont été prises du côté de la tête du patient (où un champ vertical protège de la zone d’anesthésie), et parfois en montant sur des estrades derrière le chirurgien. Cela n’a donc posé aucun problème d’asepsie.

Qu’avez-vous pensé du résultat ?

Pr Camilleri : En toute franchise, j’ai été déçu par les photos en format numérique, j’ai du mal à y voir de la beauté. Mais en tant que chirurgien, j’ai clairement un biais dans ma façon de regarder ces images car cela correspond à ce que je vois tous les jours. En revanche, je trouve les impressions sur papier très belles, car elles confèrent aux scènes chirurgicales la chaleur et la douceur que leur enlève, selon moi, le numérique. Mais, il est clair que je suis ravi du résultat et très impressionné par le rendu du livre.

Quel retour avez-vous eu sur ces photographies ?

Pr Camilleri : L’impression de l’ouvrage a été financée suite à un appel à souscriptions auprès des collègues, des patients, de la famille et des amis. Les patients ont été nombreux à participer, ce qui est très valorisant pour nous et ils ont été très satisfaits du résultat, de même que l’équipe soignante. En revanche, étonnamment, les collègues de la société française de chirurgie thoracique et cardiovasculaire n’ont pas semblé très concernés par le projet. Quelques laboratoires de matériel médical ont souhaité acquérir des photographies pour décorer leurs bureaux. Mais, à ce stade, la connaissance de l’ouvrage est restée relativement confidentielle, et centrée sur la région Auvergne. Je précise, par ailleurs, que la souscription ayant dépassé le budget nécessaire à l‘impression du livre, le surplus a été versé au fonds de dotation Marc Laskar dont l’action est principalement destinée à financer la formation des jeunes chirurgiens thoraciques et cardiovasculaires. De la même façon une partie de la vente des livres sera reversée à ce fonds (voir encadré ci-dessous).

La vente du livre « Au cœur du bloc » est seulement possible sur le site de Natacha Sibellas.

Un coffret réunit une double collection de photographies réalisée sur plus de deux ans au CHU de Clermont-Ferrand.

L’un contient 96 pages d’images sur des gestes infiniment techniques, l’autre, un petit format relie 80 pages d’ambiances au premier opus.

A noter : 6€ par livre vendu sont reversés au fonds de dotation Marc Laskar de la SFCTCV (fonds destiné à la formation des jeunes chirurgiens).

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