5G et risques sanitaires : beaucoup d’incertitudes, d'après l'Anses

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

5 mai 2021

France – Le déploiement de la 5G – pour 5ème génération – est synonyme d'hyperconnexion mais soulève également des inquiétudes, en particulier pour la santé. Deux questions sont au cœur d'une controverse grandissante : a-t-on vraiment besoin de cette nouvelle technologie ? Quels sont les risques sanitaires associés à la 5G ?

Le 20 avril dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu un rapport d'expertise relatif à l’« exposition de la population aux champs électromagnétiques liée au déploiement de la technologie de communication « 5G » et effets sanitaires associés » dans un contexte de controverse (Lire Faut-il avoir peur de la 5G ?). Fait rare, ce document est assorti d'une consultation publique, qui se déroulera jusqu'au 1er juin, avec pour but de recueillir données et commentaires supplémentaires.

Dans son rapport, l'agence conclut qu'au vu des données actuellement disponibles il n'y a pas de nouveaux risques pour la santé mais elle souligne aussi la nécessité de poursuivre les recherches. Un rapport ni alarmiste ni rassurant qui pointe surtout d'immenses incertitudes en particulier des nouvelles bandes de fréquences utilisées par la 5G. Car il n'y a pas une seule 5G, il y en a trois. Explications.

La 5G, « faire tout plus vite »

La promesse de la 5G ? « Faire tout plus vite » résume Matthieu Schuler, directeur général délégué du pôle « Sciences pour l'expertise » de l’Anses. Il explique qu'échanger une quantité de données beaucoup plus importante en un temps record va permettre également l'essor des objets connectés. «On [l'Anses]est au carrefour entre ce que la technologie permet et la façon dont les consommateurs se saisissent des opportunités de la technologie » note-t-il.

Les fréquences des ondes utilisées pour la 5G se trouvent dans trois bandes :

  • la bande dont les fréquences s'échelonnent entre 700 MHz – 2,1 GHz, qui inclut des fréquences utilisées depuis plusieurs années par les générations actuelles de communication mobile, 2G, 3G et 4G ;

  • la bande autour de 3,5 Ghz

  • et la bande 26 GHz

Aujourd'hui, le déploiement de la 5G s'appuie sur la première bande, celle pour laquelle des données ont été accumulées depuis des années. Le réseau 3,5 GHz reste marginal, tandis que la bande 26 GHz, elle, n'est pas encore attribuée en France.

D'un point de vue sanitaire, le saut technologique représenté par la 5G s'accompagne-t-il des risques spécifiques ? « La 5G se développe dans d'autres bandes de fréquence que celles utilisées aujourd'hui. Or, la fréquence des ondes magnétiques est importante quant à ses effets sur le vivant » indique Olivier Merckel, responsable de l’unité d’évaluation des nouvelles technologies de l’Anses.  

Quels effets sur l'organisme ?

Plus la fréquence augmente et moins les ondes pénètrent la peau.

« Entre 700 MHz – 2,1 GHz, l'énergie électromagnétique pénètre relativement jusqu'à plusieurs centimètres. Il y a une interaction potentielle avec la plupart des organes du corps. Pour 3,5GHz, il y a une diminution de 40 % de la profondeur (environ un centimètre). » détaille Olivier Merckel. Pour la bande 26GHz, il semblerait que les ondes pénètrent à une très faible profondeur, de l'ordre du millimètre, c'est-à-dire qu'elles s'arrêtent au niveau des couches superficielles de l'organisme, peau et œil.

Ces effets biologiques ont-ils un effet sur la santé ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre le groupe de travail « Technologies 5G » de l’Anses, présidé par Alicia Torriglia. Car, rappelle la chercheuse Inserm, « pour évaluer une technologie, il faut répondre à plusieurs questions : y a-t-il des effets biologiques ? Si oui, entraînent-ils des effets sur la santé ? Si oui, à quels niveaux d'exposition ».

26 GHz : l'inconnu de la bande

Pour évaluer les effets sanitaires liés à l'exposition d'ondes de la bande 700 Mhz-2,1GHz, déjà utilisée par les plus anciennes technologies mobiles, le groupe de travail « Technologies 5G » a pu s'appuyer sur de nombreux rapports d'expertise antérieurs et des rapports internationaux récents. Le groupe de travail ayant considéré que « les niveaux d'exposition ne varieront pas à priori », les experts concluent dans leur avis « qu’il n’existe à l’heure actuelle pas de preuve d’effet sanitaire lié à des expositions à des sources de champs électromagnétiques correspondant aux usages numériques courants. L’examen d’effets éventuels, comme le développement de cancer, l’altération du fonctionnement cérébral ou de la fertilité, continue cependant de faire l’objet de travaux de recherche et d’évaluation. »

Concernant la bande autour de 3,5 GHz, l'Anses considère comme peu probable que le déploiement de la 5G dans cette bande constitue à l’heure actuelle de nouveaux risques pour la santé. Une affirmation sans recul liée à l'expérience et sans donnée scientifique. Pour parvenir à cette conclusion, le groupe de travail a apprécié le niveau d'exposition à partir de mesures expérimentales et des mesures de terrain dans des pays (Royaume-Uni et Corée du Sud). Concernant les effets sanitaires, il a adapté les résultats obtenus avec la bande 700 Mhz-2,1GHz considérant que la bande 3,5GHz n'était pas très éloignée de celle de 2,1GHz.

Concernant la bande autour de 26GHz, Alicia Torriglia indique que « les données ne sont pas suffisantes pour conclure à l'existence ou non d'effets sanitaires liés à l'exposition aux champs électromagnétiques dans cette bande de fréquences ».

D'ailleurs, les experts ont fait de nombreuses recommandations en faveur de la poursuite de travaux de recherche. Il s'agit de caractériser les expositions et approfondir les connaissances sur les liens entre expositions et effets biologiques ou sanitaires pour les fréquences nouvelles, incluant des études expérimentales.

 

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