COVID-19: vitamine D, multivitamines, probiotiques et oméga-3 semblent réduire le risque d’infection chez les femmes

Becky McCall

Auteurs et déclarations

27 avril 2021

Londres, Royaume-Uni – Les probiotiques, acides gras oméga-3, complexes multivitaminés et suppléments en vitamine D sont associés à un risque réduit d’infection par le coronavirus chez les femmes mais pas chez les hommes, alors que la vitamine C, l’ail et le zinc ne montrent pas de bénéfice particulier chez l’un ou l’autre, selon une vaste étude intitulée COVID-19 Symptom Study basée sur l’utilisation d’une application Web.

Plus de 400 000 utilisateurs de l’application

Cette étude est l’étude observationnelle la plus vaste portant sur l’infection Covid-19 et les compléments alimentaires à ce jour, réunissant les données de plus de 400 000 utilisateurs de l’application COVID Symptom Study au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Suède. Les résultats ont été publiés dans le BMJ Nutrition Prevention and Health[1] et ils sont similaires pour les trois pays étudiés.

Spécialisée dans l’étude du microbiote intestinal au sein du service d’épidémiologie génétique (King’s College, Londres) et à la tête de l’étude, la chercheuse Christina Menni a affirmé à Medscape News UK : «  Nous disposons d’un très large échantillon pour analyser la corrélation entre les suppléments alimentaires et le Covid-19, et nous avons trouvé que la vitamine D, les probiotiques, les multivitamines et les acides gras oméga 3 entrainent une réduction modeste du risque d’attraper le Covid-19 ».

« Nous ne pouvons pas établir de recommandations sur la base de ces seuls résultats, mais ils posent les bases pour une grande étude randomisée et contrôlée. »

Nous avons trouvé que la vitamine D, les probiotiques, les multivitamines et les acides gras oméga 3 entrainent une réduction modeste du risque d’attraper le Covid-19  Christina Menni

67% des consommateurs de suppléments sont des femmes

Toutes les données proviennent donc de l’application sur l’étude des symptômes du Covid-19 qui collige des informations auto-rapportées liées à l’infection Covid-19 comme le lieu, l’âge, les principaux facteurs de risques, une mise à jour des symptômes, des consultations chez des professionnels de santé, les résultats des tests au SARS-CoV-2, les quarantaines et toutes recherches de soin. Des individus asymptomatiques ont aussi utilisé l’application. Un total de 372 729 utilisateurs au Royaume-Uni, 45 757 aux Etats-Unis et 27 373 en Suède ont utilisé l’application.

Les informations analysées dans cette étude concernent des utilisateurs âgés de 16 à 90 ans, qui ont utilisés régulièrement (>3 fois par semaine pendant au moins 3 mois) des compléments alimentaires au cours des mois de mai, juin et juillet 2020 (première vague de la pandémie), et disposaient de résultats de tests Covid sur écouvillon (confirmés par PCR). Il était demandé aux utilisateurs de remplir un questionnaire sur leur consommation de compléments alimentaires, tandis que le groupe contrôle n’en prenait lui, aucun. 67% des consommateurs de suppléments étaient des femmes, et la moitié était en surpoids (IMC > 27).

Les données ont été ajustées sur l’âge, le sexe, l’IMC et l’état de santé à l’inscription, les comorbidités (diabète de type 2, cancer, asthme, pathologies cardiaques, ezcéma, rhume des foins, pathologies rénales et/ou pulmonaires), à l'indice de privations multiples (indice de pauvreté), au tabagisme, à l’origine ethnique, au statut de professionnel de santé ou du soin et à la qualité de l’alimentation.

Protection plus élevée chez les femmes

La chercheuse a ajusté les résultats sur l’alimentation, qui peut naturellement affecter les résultats. Néanmoins, « il semble que les effets des complexes multivitaminés, de la vitamine D, des oméga-3 soient complétement indépendants de l’alimentation. L’association avec les probiotiques après ajustement subsiste, même si l’effet est faible » explique-t-elle.

La réduction du risque persiste chez les femmes quel que soit l’âge et l’index de masse corporel (IMC) pour les probiotiques, les oméga-3, les complexes multivitaminés et la vitamine D.

Pour les probiotiques, le rapport de risque (odds ratio) s’étale entre 0,73 (IC95% : 0,63 et 0,85) chez les femmes de moins de 40 ans ; à un OR de 0,91(IC95% : 0,86 et 0,96) chez les femmes âgées de 40 à 60 ans.

Dans le détail, et en ne s’en tenant qu’aux utilisateurs britanniques, ceux qui prenaient des probiotiques, oméga-3, complexe multivitaminé et suppléments en vitamine D avaient un risque abaissé d’infection à SARS-Cov-2 de 14% (IC95% : 8% à 19%), 12% (IC95% : 8% à 16%), de 13% (IC95% : 10% à 16%), et de 9% (IC95% : 6% à 12%), respectivement, après ajustement sur de potentiels biais.

La réduction du risque d’être testé positif au SARS-CoV-2 avec les acides gras oméga-3 était de 21% dans la cohorte américaine et de 16% dans la cohorte suédoise. Les probiotiques ont protégé de façon modeste, offrant une baisse de 18% chez les américains, et de 37% chez les suédois.

Avec les complexes multivitaminés, le risque de SARS-CoV-2 était réduit de 12% aux Etats-Unis et de 22% dans la cohorte suédoise. Avec la vitamine D, la réduction, la réduction du risque s’élevait à 24% et 19%, respectivement.

« Nous avons trouvé que les femmes semblent bénéficier d’une protection plus élevée », rapporte la chercheuse. « Mais les femmes sont généralement celles qui achètent les suppléments alimentaires pour la famille, et habituellement celles qui les prennent ».

Nous avons trouvé que les femmes semblent bénéficier d’une protection plus élevée  Christina Menni

 

Ventes records de compléments alimentaires

Des ventes records ont montré un pic dans la prise de suppléments vitaminés, avec des augmentations des parts de marché britannique de 110% pour la vitamine C et de 93% pour les complexes multivitaminés pendant la période du premier confinement (mars 2020).

Aux Etats-Unis, les ventes de suppléments à base de zinc ont augmenté de 415% la première semaine de mars, c’est-à-dire au plus haut de la peur vis-à-vis du Covid-19. Etant donné ce bond des ventes, les chercheurs ont cherché à savoir si de telles hausses de vente se justifiaient en se traduisant par un effet bénéfique sur l’infection à Covid-19.

Néanmoins, « sur la base de ces seuls résultats, nous ne pouvons pas encourager les gens à se ruer dans les pharmacies », considère Christina Menni.

Sur la base de ces seuls résultats, nous ne pouvons pas encourager les gens à se ruer dans les pharmacies Christina Menni

Plusieurs biais possibles

Les résultats sur la vitamine C, sans effets visibles sur les taux d’infection, peuvent s’expliquer par la façon de consommer, ajoute la chercheuse. « Les gens ont potentiellement commencé à consommer de la vitamine C quand ils étaient déjà malades plutôt qu’en routine tous les jours. La façon de consommer la vitamine C est différente de celle de prendre d’autres types de compléments. »

Les facteurs comportementaux, en particulier ceux liés à la santé, peuvent aussi avoir eu un impact sur les résultats. « S’il est vrai que nous avons trouvé que les probiotiques, oméga-3, complexe multivitaminé et suppléments en vitamine D sont associés à un risque réduit d’infection, il se peut qu’il y ait un biais d’ « utilisateur sain » en ce sens que les gens qui rapportent leur consommation sur l’application sont plus conscients de leur santé », ajoute-t-elle.

Il se peut qu’il y ait un biais d’ « utilisateur sain » Christina Menni

Rôle du microbiome intestinal

Interrogée sur l’effet modeste des probiotiques sur la réduction du risque, Christina Menni indique qu’avoir un régime alimentaire sain peut avoir créé un biais.

« Une étude récente associe le microbiome intestinal avec la réponse immunitaire dans l’infection à Covid-19 et nous savons aussi que la sévérité du Covid-19 est associée au microbiote intestinal », indique Christina Menni.

Concernant les probiotiques, ils améliorent la diversité du microbiome, qui est bénéfique au système immunitaire et ainsi, un individu est moins susceptible de tomber malade, ajoute-t-elle.

« Les résultats sur les probiotiques ouvrent tout un champ de recherche et encouragent la mise au point d’études cliniques dans ce domaine ».

Pour le Pr Sumantra Ray (NNEdPro Global Centre for Nutrition and Health) : « Il y a à l’heure actuelle peu de preuves sur le fait que prendre des suppléments nutritionnels a un intérêt autre que de maintenir le système immunitaire a un niveau normal » « Que dire de plus alors que l’étude n’a pas été dessinée pour répondre à des questions sur l’effet des suppléments dans le Covid-19. »

Les chercheurs reconnaissent qu’il s’agit d’un domaine émergent de la recherche et préviennent qu’il faudra des études rigoureuses randomisées et contrôlées pour évaluer les éventuels effets protecteurs, mais aussi les risques d’effets secondaires des suppléments sur l’infection et sa sévérité avant d’émettre des conclusions sur le rôle des compléments nutrionnels dans la prévention de l’infection à SARS-CoV2. Ils mentionnent aussi que l’étude repose sur des données auto-rapportées et qu’aucune information n’était donnée sur les doses ou les ingrédients des suppléments.

L’article a été publié initialement sur Medscape.com sous le titre Vitamin D, Multivits, Probiotics and Omega-3 Reduce COVID in Women, Not Men. Traduit par Stéphanie Lavaud.
 

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