Le poids majeur de la FA sur la santé publique

Serge Cannasse

Auteurs et déclarations

26 avril 2021

France – Une étude de Santé publique France confirme le poids important de la FA sur la santé publique : en 2018, 225 747 nouveaux patients ont bénéficié d’un traitement par anticoagulants oraux (ACO) motivé par cette pathologie [1] ]. Mais aussi du nombre de patients à risque d’AVC. Les départements du nord de la France présentaient une incidence plus élevée que le reste de la France pour cette pathologie.

Algorithme

L’incidence de la fibrillation auriculaire (FA) est mal connue, surtout en médecine de ville. Une équipe de Santé publique France a construit un algorithme permettant d’identifier les patients nouvellement traités pour cette pathologie par ACO, à partir du système national des données de santé. Celui-ci collecte des informations sociodémographiques et médicales individuelles exhaustives pour l’ensemble des personnes résidant en France.

Une incidence élevée

Les résultats confirment le poids important de la FA sur la santé publique : en 2018, 225 747 nouveaux patients ont bénéficié d’un traitement par ACO motivé par cette pathologie (en prévention d’un accident vasculaire cérébral ou pour une autre raison). Soit un taux standardisé sur l’âge de 410 pour 100 000 habitants.

La proportion de femmes était de 47,1%. La moyenne d’âge était de 76 ans ± 10,2 ans. Elle était plus élevée chez les femmes (79,2 ± 9,2 ans) que chez les hommes (73,2 ± 10,5 ans). Les personnes de moins de 65 ans représentaient 16,1% des patients (21,6% chez les hommes et 10,0% chez les femmes). La proportion de patients appartenant au quintile de désavantage social le plus défavorisé était plus importante que celle appartenant au quintile de désavantage social le moins défavorisé (21,6% vs 17,1%). Parmi les patients de moins de 60 ans, 12,5% bénéficiaient d’une CMUc, avec un taux plus élevé chez les femmes que chez les hommes (13,8% vs 12,0%).

Le rôle majeur des anticoagulants oraux directs

Le taux des nouveaux patients traités par ACO a connu un pic en 2012 (455,2/100 000). Il a continué sa croissance les années suivantes, en particulier chez les femmes, les personnes de moins de 65 ans et celles âgées de plus de 85 ans. L’introduction des anticoagulants oraux directs (AOD) a en effet permis de proposer un traitement anticoagulant autre que les antivitamines K à des personnes ayant un risque hémorragique plus élevé et surtout beaucoup facilité la prise et le suivi du traitement. Il est également possible que l’amélioration du diagnostic de FA (notamment par monitoring) ait joué un rôle.

Chez les personnes de moins de 65 ans, la hausse est sans doute due à un rapport bénéfices/risques supposé meilleur chez les femmes. Chez elles, c’est l’utilisation du score CHA2DS2-VaSc en remplacement du score CHADS2 qui expliquerait cette augmentation : il apportait un point de risque supplémentaire au sexe féminin. De nouvelles recommandations ont été publiées en 2016 et ont suggéré de ne plus considérer le sexe féminin comme facteur de risque d’AVC supplémentaire en présence d’une FA. Les tendances selon le sexe pourraient donc à nouveau se modifier. “Les tendances selon le sexe pourraient donc à nouveau évoluer dans les années à venir” écrivent les auteurs.

De fortes disparités départementales

Il existe de fortes disparités départementales. Le Nord et le Pas-de-Calais avaient des taux de plus de 20% supérieurs à la moyenne nationale. D’autres départements du quart nord-est (Meuse, Moselle, Haute-Marne, Bas-Rhin, Haute-Saône) et sud-ouest (Landes, Aude, Pyrénées-Atlantiques) avaient des taux élevés, entre 10 et 20% supérieurs à la moyenne nationale. Ils sont le reflet des disparités de prévalence des facteurs de risque de FA (hypertension artérielle, obésité, diabète).

En revanche les taux standardisés étaient bien plus bas en Guyane (124,4) et en Martinique (266,9). C’est a priori surprenant, la prévalence de ces mêmes facteurs de risque étant plus élevée dans ces départements qu’en France métropolitaine. Cette discordance s’explique sans doute par un sous-diagnostic de FA et/ou une moindre initiation du traitement par ACO.

Les auteurs notent que les cas de FA qu’ils ont relevés étaient principalement traités en ville. Ils soulignent que le système de données qu’ils ont utilisé ne permet pas d’identifier tous les cas de FA : une partie d’entre eux n’est pas traitée par ACO, notamment ceux à très bas risque d’AVC, ceux à risque hémorragique élevé et ceux ayant une maladie rénale avancée. Ils estiment à environ 15% la proportion de ces FA non traitées par ACO.

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt au regard du contenu de cet article. Le Pr. Yannick Béjot a reçu des honoraires de la part d’AstraZeneca, Pfizer, MSD, Medtronic, BMS, Amgen et Boehringer-Ingelheim en dehors du travail soumis ici.

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....